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Le véritable point tournant de la Seconde Guerre mondiale (modifié) juin 24, 2010

Posted by jay2go in Histoire.
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Il y a exactement 69 ans (22 juin 1941), l’Allemagne nazie déclarait la guerre à l’Union soviétique. Après une guerre éclair couronnée de succès au cours de laquelle la majorité des nations européennes avaient été écrasées ou absorbées par l’Allemagne – Autriche, Tchécoslovaquie, Pologne, Norvège, France – Hitler, sans le savoir, venait de donner le coup de grâce à ses chances de remporter la victoire. C’était le début de la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Quoi, vous pensiez que c’était le débarquement de Normandie qui avait changé la donne en faveur des Alliés? Vous croyiez que c’étaient les Américains qui avaient remporté la Seconde Guerre mondiale? Eh bien non. Vous avez tort. Il faudrait rouvrir vos livres d’histoire les amis! On ne peut pas vraiment vous blâmer, remarquez. Après tout, c’est la version « officielle », ou du moins telle que relayée par nos médias occidentaux. Vous n’êtes pas les seuls à avoir adhéré à la version « américaine » de l’histoire!

Avec l’antagonisme idéologique et militaire mis en place par la Guerre froide dans l’immédiat d’après-guerre, il était de bonne guerre (sans jeu de mots) de blâmer les « méchants Soviétiques ». Comment ces infâmes bolchéviques, ces ignobles communistes, auraient-ils pu accomplir quoi que ce soit de bien?

Malheureusement pour la propagande d’après-guerre, c’est bel et bien l’Union soviétique qui a remporté la Seconde Guerre mondiale.

Quelle armée a été la première à marcher sur Berlin? L’Armée rouge.

Qui a fait signer la capitulation à l’Allemagne, le 9 mai 1945? L’URSS.

Qui a planté son drapeau sur le Reichstag allemand? L’Union soviétique.

Vous ne me croyez pas? Vérifiez par vous-mêmes.

Le moment décisif quant à l’issue de la guerre s’est produit sur le front Est. Après 18 mois de succès militaires consécutifs (sauf brève interruption avec la victoire soviétique lors de la bataille de Moscou de l’automne 1941), après un an et demi à conquérir le territoire soviétique et à faire reculer les positions ennemies, la Wehrmacht frappe un mur du nom de Stalingrad. La victoire de l’Armée rouge dans la bataille de Stalingrad (septembre 1942 à février 1943) constitue le début de la fin pour l’Allemagne nazie. Pour la première fois depuis septembre 1939, l’Allemagne perdait l’avantage stratégique : le rapport de forces se trouvait dès lors inversé en faveur des troupes soviétiques – et par extension, des Alliés. Stalingrad représente donc le point culminant de l’avancée allemande sur le front oriental : à partir de là, ses troupes ne firent que tenter de limiter les dégâts.

Pourquoi l’Allemagne a-t-elle perdu l’avantage stratégique? Pour deux raisons.

D’abord, l’objectif derrière l’offensive allemande vers une région aussi éloignée de Moscou que Stalingrad (pour les non-initiés, Moscou se trouve au nord du pays et Stalingrad à l’extrémité sud) était de mettre la main sur les riches gisements pétroliers de Bakou (aujourd’hui en Azerbaïdjan) et de la mer Caspienne. À défaut de pouvoir prendre la capitale, Hitler pourrait au moins assurer son ravitaillement en pétrole pour toute la durée de la guerre – et éliminer de ce fait toute possibilité pour l’Union soviétique (son plus coriace adversaire, rappelons-le. Les États-Unis ne sont pas encore activement engagés contre l’Allemagne, la France est écrasée et la Grande-Bretagne seule ne peut pas faire grand-chose) d’assurer le sien. En outre, couper la Volga en deux aurait permis à l’Allemagne de couper les vivres à l’URSS (autrement dit, à affamer l’ennemi).

D’autre part, bien que la bataille de Stalingrad ait été désastreuse en termes de vies humaines tant chez les Allemands que chez les Soviétiques, ces derniers disposaient d’un bassin démographique beaucoup plus imposant que les premiers. Le rapport de forces était, ni plus ni moins, de deux soldats soviétiques pour un soldat allemand. Le coût de ces pertes était donc beaucoup plus important pour Berlin que pour Moscou. En tout, 330 000 soldats allemands ont perdu la vie. Par ailleurs, et c’est dans cet aspect que réside la véritable inversion du rapport de forces, les pertes de matériel de guerre furent si importantes que la production de guerre allemande ne parvint jamais à produire plus d’équipement que ce qui était détruit. C’est l’Union soviétique qui allait désormais jouir de cet avantage stratégique et ce, jusqu’à la fin de la guerre.

Il faut également noter qu’après cette « guerre de tranchées » échelonnée sur environ six mois, les troupes soviétiques ont lentement acquis une expertise militaire de taille. De novice au départ, l’Armée rouge s’est transformée en une véritable machine de guerre.

En mars 1943 donc, avec des troupes décimées et un avantage matériel anéanti, les capacités militaires de l’Allemagne ne sont plus les mêmes que six mois auparavant. L’objectif de Berlin suit la même trajectoire descendante : d’offensive, la stratégie devient défensive. (Hitler a bien tenté une dernière offensive, à Koursk, en juillet 1943, mais il essuie là une cuisante défaite, qui consacre l’infériorité des forces allemandes face aux puissants Soviétiques). Le but de la Wehrmacht : conserver les acquis. Cette  « stratégie » échouera lamentablement.

À 13 mois du débarquement de Normandie, c’est le début de la fin pour l’Allemagne nazie.

Au même moment, un peu plus au sud…

En juillet 1943, coup de théâtre en Italie! Le gouvernement de Mussolini est renversé. Bien qu’il annonce qu’il continuera à se battre aux côtés de Hitler, le nouveau gouvernement italien amorce des négociations secrètes avec les Alliés. Le 3 septembre, l’Italie signe l’armistice. Le 8 septembre, les Alliés opèrent un premier débarquement… à Salerno, sur la pointe sud de la péninsule italienne. Hitler envoie ipso facto ses troupes protéger son flanc sud désormais à découvert.

Les Alliés s’embourbent en Italie : c’est la plus amère et la plus sanglante bataille des Alliés contre la Wehrmacht de tous les fronts de la Seconde Guerre mondiale. Ils n’atteindront la Gustav Line que le 15 janvier 1944, et ne la franchiront que le 11 mai. Les Alliés marchent finalement sur Rome le 4 juin 1944, plus de 10 mois après le débarquement de Salerno!

Entre-temps, les Soviétiques opèrent un véritable nettoyage des plaines soviétiques et est-européennes. À partir d’août 1943, et ce jusqu’en décembre, plus de 500 km sont parcourus par l’Armée rouge en direction de Berlin. L’Ukraine est libérée et en janvier 1944, les troupes atteignent la frontière polonaise avant de remonter vers le nord pour « nettoyer » la Biélorussie. Les troupes soviétiques sont maintenant aux portes de Varsovie. Au moment où les Alliés marchent sur Rome et que le débarquement de Normandie s’opère, à l’été 1944, les troupes soviétiques sont à 100 km du quartier général de Hitler.

Huit mois plus tard, le 20 avril 1945, les Soviétiques marchent sur Berlin.

C’est la fin.

Dix jours plus tard, Hitler se donnait la mort dans son bunker, situé sous le Reichstag allemand, laissant à ses généraux le soin de conclure la guerre au nom du Troisième Reich.

« At 3 pm on the afternoon of 2 May Soviet guns ceased to fire on Berlin. A great enveloping silence fell. Soviet troops cheered and shouted, breaking out the food and drink. Along what had once been Hitler’s parade route, columns of Soviet tanks were drawn up as for inspection, the crews jumping from their machines to embrace all and sundry at this new-found cease-fire.» *

En rétrospective

Pour être honnête envers l’Histoire, la bataille de Stalingrad à elle seule n’aurait peut-être pas réussi à infliger la défaite à l’Allemagne. Plusieurs autres facteurs entrent en ligne de compte. À ce titre, l’été 1943 représente un tournant majeur à plusieurs égards. Pour Hitler, c’est la fin de sa « lune de miel » militaire.

En plus de la défaite de Stalingrad, les bombardements aériens anglo-américains sur les villes allemandes s’intensifient considérablement et la Luftwaffe n’est pas de taille contre la Royal Air Force (la bataille aérienne contre l’Angleterre l’avait démontré trois ans plus tôt – l’Angleterre étant la seule nation que l’Allemagne n’a pu mettre à genoux lors de la guerre éclair).

La guerre dans l’Atlantique tourne au vinaigre pour la Kriegsmarine, dont les U-Boats (sous-marins de guerre) sont anéantis à un rythme plus rapide que la capacité de la prodution allemande à les remplacer.

Pour ajouter au tableau, la capitulation italienne constitue un mal de tête de plus pour les stratèges allemands, qui doivent dès lors retirer des troupes des fronts oriental et occidental pour empêcher les Alliés de remonter la péninsule italienne.

Pour toutes ces raisons, l’attention de Hitler n’était pas à son maximum pour l’offensive de Koursk, qui devait confirmer avec éclat la déconfiture allemande.

Cependant, s’il est certain que la bataille de Stalingrad n’est pas l’unique responsable de la défaite allemande, il est néanmoins encore plus évident que le débarquement de Normandie n’a joué qu’un rôle, somme toute, secondaire. D’ailleurs, la plupart des historiens s’entendent sur le rôle décisif qu’a joué Stalingrad dans la suite de la guerre.

La majeure partie de la Wehrmacht ayant été décimée au sacrifice de nombreux soldats soviétiques (dont les pertes lors de cette guerre dépassent de loin celles de tout autre pays allié) ; le débarquement de Normandie étant survenu alors que les troupes soviétiques étaient déjà pratiquement aux portes de Berlin, tout ceci fait en sorte que ce sont les Soviétiques, et non les Occidentaux, qui ont « remporter » la Seconde Guerre mondiale.

Tout le reste n’est que restants de propagande guerre-froidienne.

*John Keegan, The Second World War, New York: Penguin Books, 1989

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