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Russie/Géorgie

L’agression conte la souveraineté géorgienne : les motifs de la Russie

Voici ici l’intégrale d’une conférence donnée M. Pierre Jolicoeur à l’Université de Montréal le 8 octobre dernier, par le biais du GERSI – groupe d’étude et de recherche en sécurité internationale – à propos du conflit russo-géorgien d’août 2008.

1° La situation avant le conflit

À l’époque de l’URSS, il y avait trois territoires autonomes en Géorgie : l’Ossétie du Sud (Югоосетинская), l’Abkhazie (Абхазская) et l’Adjarie (Аджарская).

La Géorgie a hérité de frontières qui furent dessinées arbitrairement à l’époque soviétique, et n’a jamais exercé son contrôle (sa souveraineté) sur ces républiques.

Le conflit d’Ossétie du Sud (1990-1992) a été déclenché par le président géorgien de l’époque, Zviad Gamsakhourdia, qu’on disait xénophobe et russophobe, lorsqu’il a supprimé le caractère autonome de l’Ossétie du Sud. Le conflit en Abkhazie (1992-1994) a également été déclenché par le président de l’époque, Edouard Chevardnadzé, pour des raisons similaires.

Dans ces deux conflits, les forces géorgiennes ont perdu face aux séparatistes ossètes et abkhazes.

Depuis son accession à l’indépendance, la Géorgie n’a donc jamais pu exercer sa souveraineté sur ces deux républiques autonomes, qui possèdent dès lors une souveraineté de facto.

Grâce aux efforts de maintien de la paix déployés depuis, le conflit a été gelé.

2° Survol des événements récents

Reprise des hostilités en Ossétie les 7 et 8 août 2008 : les Russes accusent les Géorgiens de génocide et dénoncent les frappes géorgiennes, d’où la légitimité de l’intervention russe. Les Géorgiens justifient pour leur part leur attaque contre l’Ossétie à l’effet que les Ossètes bombardaient la Géorgie depuis quelques temps. Il y a donc une polémique qui subsiste à ce sujet encore aujourd’hui. Selon toute vraisemblance, il semblerait que depuis quelques mois, les Ossètes et les Abkhazes multipliaient les provocations à l’encontre de Tbilissi. La Géorgie serait donc intervenue dans l’espoir d’asseoir son autorité sur des régions qui lui ont toujours échappées.

Le conflit a donné lieu à une importante opération militaire de la part de la Russie : l’ensemble de la Géorgie est occupé, et sa souveraineté s’en trouve ainsi menacée.

Le 12 août, un cessez-le-feu est négocié avec le président de l’Union européenne, Nicolas Sarkozy. Les Russes sont, en date d’aujourd’hui (8 octobre 2008) en train de se retirer du territoire géorgien, mais sont autorisés à rester sur les territoires ossète et abkhaze, à la demande de ces derniers. Une force de 7 500 militaires serait maintenue uniquement en Abkhazie, mais les chiffres sont loin d’être officiels.

La Géorgie n’est donc toujours pas capable aujourd’hui de contrôler ses territoires séparatistes, qui ont d’ailleurs toujours demandé à être rattachés à la Russie (ils sont peuplés majoritairement de citoyens russes) et ce, depuis la chute de l’URSS et l’éclatement des premiers conflits.

Le 26 août, et c’est là qu’on peut véritablement parler d’une agression contre la souveraineté géorgienne, la Russie brise le statu quo antérieur et reconnaît l’indépendance des deux républiques autonomes. Il est à noter que, bien que la Russie n’ait en aucun cas déclenché les guerres dans les deux républiques, elle les a néanmoins soutenues depuis les toutes premières heures du déclenchement des hostilités, entre 1990 et 1994 et depuis. C’est grâce à l’appui russe que les deux républiques ont pu survivre. La reconnaissance de l’indépendance de l’Ossétie et de l’Abkhazie démontre l’antagonisme de deux grands principes de droit international : le droit à l’auto-détermination des peuples et le droit au respect de l’intégrité territoriale des États.

1er octobre : l’Union européenne envoie des observateurs en Géorgie

10 octobre : date à laquelle le retrait des troupes russes doit être complété, en vertu de l’accord de cessez-le-feu du 12 août

15 octobre : si le retrait russe est complété, des pourparlers internationaux devraient débuter.

3° Contexte géopolitique du conflit russo-géorgien

La rivalité russo-américaine est un élément central du conflit : il est impossible de comprendre le conflit si l’on ne mesure pas bien l’importance de cet antagonisme.

Contexte général

La dissolution de l’URSS entraîne un important déclin diplomatique, économique, militaire et démographique de la Russie dans les années 1990. Il s’agit d’une contraction sans précédent en temps de paix dans l’histoire mondiale. Les années Eltsine sont caractérisées par un chaos énorme, tant sur les plans économique que diplomatique. Ces dix années de déclin (1990-2000) prennent fin avec l’accession de Poutine à la présidence, laquelle débouche sur huit années de reprise en main (2000-2008).

L’Occident, avec en tête les États-Unis, ne s’est pas adapté à la deuxième phase diplomatique de la Russie. Sur bon nombre de dossiers concernant directement les intérêts de la Russie, la voix de cette dernière n’a pas été prise en compte. L’Amérique ne tient pas compte de la Russie, et celle-ci, malgré son opposition, ne parvient pas à bloquer les initiatives unilatérales américaines :

Dossiers irritants immédiats

Deux événements irritants majeurs surviennent également au printemps 2008 :

Tous ces irritants mis ensemble ont été la goutte qui a fait débordé le vase. La Russie ne pouvait plus rester les bras croisés et considérait qu’elle devait réagir.

4° Buts de la Russie dans le conflit

La Géorgie est une alliée stratégique de l’Occident : futur membre de l’OTAN, membre de la coalition anti-terroriste, c’est aussi le plus gros récipiendaire de l’aide américaine per capita. Elle est également traversée par d’importants pipelines convoités par les États-Unis, dont le célèbre pipeline BTC – Bakou, Tbilissi, Ceyhan – qui part de l’Azerbaïdjan et traverse la Géorgie jusqu’au port de Ceyhan sur la Mediterrannée, en Turquie.

La Géorgie était donc le territoire tout désigné pour la Russie pour affirmer sa puissance retrouvée. Ce fut d’ailleurs un succès sur toute la ligne. La Russie a non seulement défié l’OTAN – sans grande conséquence – mais la Géorgie a également été abandonnée à elle-même. La Russie a clairement lancé son message : être l’allié de Washington, plutôt que de Moscou, n’est pas nécessairement un gage de sécurité. Ce message aux ex-républiques a été mis en exergue à cause du statut pro-Washington de la Géorgie (qui était de loin l’ex-république la plus virulemment opposée à l’influence de Moscou).

5° Conséquences du conflit

La principale conséquence du conflit a été le réalignement des politiques des ex-républiques vis-à-vis la Russie. Pour l’Ukraine, entre autres, il s’est ensuit une réévaluation de sa politique étrangère (il y a d’ailleurs eu morcellement de la coalition pro-occidentale au pouvoir : le président, de loin le plus pro-occidental, s’est retrouvé isolé. Il a été le seul à condamner les actions de la Russie en Géorgie).

Dès février 2008, on a assisté à une augmentation des troupes russes de maintien de la paix en Abkhazie et en Ossétie. En Abkhazie, le contingent de 1 500 soldats présents sur le territoire avant l’histoire du Kosovo a été doublé dans les semaines suivant l’incident. Il y eut d’importants exercices militaires russes dans le nord-Caucase dans les jours précédents le déclenchement du conflit russo-géorgien. D’ailleurs, nombre d’experts s’attendaient à ce que ce soit en Abkhazie, et non en Ossétie, que le conflit éclate.

La Russie émit des passeports russes aux Ossètes et aux Abkhazes et leur octroya la citoyenneté russe. Son action en Géorgie se trouva d’autant plus légitimée qu’elle intervenait directement pour protéger ses citoyens.

31 août : adoption et énonciation de la Doctrine Medvedev : désormais, la Russie protégera la population russe où qu’elle soit. Ceci suscita des craintes chez les pays baltes, à forte concentration russe.

Discussion – FAQ

Peut-on considérer la présence russe dans les républiques autonomes comme une agression contre l’intégrité territoriale de la Géorgie, considérant l’indépendance de facto de ces républiques?

Non. C’est la reconnaissance de l’indépendance des deux républiques par Moscou qui constitue une agression contre l’intégrité territoriale et la souveraineté géorgiennes. Moscou a par ailleurs violé sa tradition antérieure de toujours respecter l’intégrité territoriale de ses anciennes républiques. L’Ukraine craint le précédent instauré par la Russie de réviser les frontières des anciennes républiques à cause de la Crimée (territoire cédé par la Russie à l’Ukraine à l’époque de l’URSS en gage de bonnes relations entre les deux États).

Le Nicaragua a été le deuxième État à avoir reconnu l’indépendance des deux républiques. Le Sahara-occidental et la Somalie le feront avant la fin de l’année.

Pourquoi avoir agi par la force contre l’Ossétie et pourquoi en août 2008?

Saakashvili a fait un mauvais calcul : il a surestimé l’appui américain et sous-estimé la réaction russe. La responsabilité de la Géorgie dans le conflit tient a fait que la Géorgie a tenté de prendre le contrôle de l’Ossétie par la force.

Comment peut-on justifier, au niveau du droit international, que le Kosovo ait acquis son indépendance unilatéralement, mais que ce droit soit refusé aux Ossètes et aux Abkhazes?

C’est injustifiable. Le droit international est une vue de l’esprit. Les États-Unis et l’Occident ont décidé de créer un précédent juridique mais prétendent par la suite que ce précédent ne pourra s’appliquer de nouveau. On peut contester les similarités entre les histoires kosovare et ossète/abkhaze, mais il reste qu’il s’agit-là d’un paradoxe difficilement justifiable par l’Occident. C’est, encore et toujours, la loi du plus fort : les grandes puissances qui peuvent décider du droit international, les autres puissances devant s’y conformer.

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