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Chronique électorale avril 29, 2010

Posted by jay2go in Politique canadienne.
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Le dernier sondage EKOS donne cinq points d’avance aux conservateurs (32% contre 27% aux libéraux). Non seulement les libéraux sont-ils de retour à la case départ des intentions de vote mais en plus, ils ont perdu leur avance en Ontario et dans l’Atlantique.

Avec de tels chiffres, je ne serais pas surpris que le gouvernement décide tout bonnement d’aller jouer sa plus récente partie de bras-de-fer avec l’opposition directement devant l’électorat   – là où selon lui réside sa plus grande chance de remporter la joute.

Les deux prochaines semaines s’annoncent intéressantes. Deux semaines, c’est en effet le délai qu’a donné le président du parlement aux deux parties (gouvernement et parlement) pour s’entendre sur la question des dossiers des détenus afghans.

Pour faire une histoire courte, le gouvernement refuse de montrer des documents concernant les détenus afghans à l’opposition, qui elle a passé une motion au parlement pour forcer le gouvernement à les lui montrer.  Bref, une partie de souque-à-la-corde procédural qui endormirait probablement n’importe quel citoyen si ce n’était qu’il est question ici de deux principes fondamentaux à notre système politique : séparation des pouvoirs entre exécutif et législatif et primauté de la souveraineté du parlement sur les prérogatives royales (encore!).

Décidément, le droit constitutionnel est à la mode depuis un peu plus d’un an. Le gouvernement Harper a repoussé nos institutions jusqu’à la limite de leur constitutionnalité et forcé des juristes à dépoussiérer leurs manuels de droit constitutionnel. Voyez à quel point tout part de la constitution. Si on la modernisait un peu, on pourrait éviter beaucoup de problèmes. Mais bon, en droit coutumier britannique, le droit s’écrit chaque jour. Et d’ici à ce que l’on se dote d’une constitution qui s’inscrirait dans la tradition du droit civil français, les crises politiques vont continuer de dégénérer en crises constitutionnelles. Le Canada n’est quand même pas si ennuyant, finalement…

Pour en revenir à la coutume britannique, la campagne électorale en Grande-Bretagne entre dans sa dernière semaine. Si la tendance se maintient, les Britanniques éliront un gouvernement minoritaire dans exactement sept jours. Nos lointains cousins par alliance (si je peux dire ainsi) sont en train de revivre le scénario de 2007 au Québec : deux vieux partis qui s’échangent la balle et qui, n’ayant pas vu venir un troisième joueur, se retrouvent complètement déstabilisés (et menacés) par la montée de cet underdog.

Au début de la campagne, il y a trois semaines, en raison de l’impopularité du gouvernement travailliste de Gordown Brown, le chef des Tories, David Cameron, s’attendait tout bonnement à se faire remettre les clés du 10 Downing Street (le 24 Sussex Drive britannique). Or la montée des Liberal-Democrats de Nick Clegg a réduit son avance. Désormais, les Tories se situent environ à 34%, les Lib Dems à 30% et le Labour Party du premier ministre traîne de la patte avec de 26% à 28% des intentions de vote selon les sondages. Tout peut arriver dorénavant, incluant une victoire du Labour causée par une division des votes anti-gouvernement entre Lib-Dems et Tories. Aucun des trois protagonistes ne peut donc prétendre aujourd’hui avec certitude qu’il sera premier ministre élu le 7 mai au matin.

En soi, ce n’est pas complètement inintéressant mais ce qui devrait retenir l’attention, c’est ce qui pourrait se produire si les travaillistes de Gordon Brown remportaient moins de sièges que les Tories de David Cameron mais que les Lib-Dems de Nick Clegg (qui arriveront fort probablement  en troisième place en termes de sièges remportés à cause du mode de scrutin) décidaient d’accorder leur confiance aux travaillistes… les deux étant de centre-gauche, une telle alliance est plus probable qu’une alliance « contre-nature » entre Lib-Dems et Tories.

Dans un tel cas, je suis curieux de voir qui la Reine nommerait comme premier ministre. Probablement Gordon Brown, si vous voulez mon avis, puisque le principe dominant de notre système est la confiance de la chambre, et non la pluralité des sièges. Or c’est là tout un précédent qui serait ainsi créé par Son Altesse : le premier ministre ne serait pas le chef du parti majoritaire en chambre!

Cela va de soi dans notre système, certes, mais disons que ça clouerait le bec à notre premier ministre à nous, qui était parti en campagne à travers le Canada à l’issue de la crise parlementaire de 2008 pour clamer à quel point il serait inconstitutionnel de nommer comme premier ministre le chef d’un parti ne détenant pas la pluralité des sièges mais davantage susceptible de s’assurer de la confiance de la chambre. Comme rien de tout cela ne s’est produit auparavant, la question reste nébuleuse.

Il est vrai par contre que  la situation en 2008 était particulière, c’est sûr. Et probablement que la réaction aurait été moins virulente si les libéraux n’avaient pas obtenus le PIRE score de leur histoire seulement deux mois auparavant. Disons juste que, comme je le mentionnais, le droit britannique s’écrit chaque jour et en ce sens, si la Reine crée un tel précédent, cela ne peut qu’être bénéfique à la fois à la santé de nos institutions (qui ne gagnent rien à être dotées de mécanismes flous et incertains antérieurs au XVIIIe siècle) et à celle de la population (qui ne gagne rien à se faire abreuver de demis-vérités par un gouvernement en furie).

En attendant une vraie réforme qui ne viendra probablement jamais, je me contenterai de ces petites clarifications à la pièce.

La fin de la démocratie canadienne? janvier 7, 2010

Posted by jay2go in Politique canadienne.
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On peut décrier  ce qui semble un geste hautement disgracieux de la part d’un gouvernement  dans l’eau chaude soucieux d’échapper aux enquêtes des partis d’opposition dans le cadre de l’«affaire » des détenus afghans, mais il n’en demeure pas moins que le geste lui-même, soit de proroger le parlement, est un geste totalement légal et constitutionnel.

La question à se poser est plutôt celle-ci : peut-on en vouloir au gouvernement de refuser de  se plier au cirque des comités d’enquête parlementaires? Il est facile de s’indigner de la fuite en avant des conservateurs, mais à voir le « travail » accompli par les députés d’opposition lors de la commission Oliphant, où le but n’était pas tant d’enquêter que d’embarrasser le gouvernement, il fallait s’attendre au moins un peu au refus du gouvernement de répéter cet exercice stérile. Après tout, c’était aux députés d’opposition de montrer qu’ils étaient capables de prendre au sérieux un tel exercice et, surtout, de le sortir du cadre strictement partisan dans lequel les honorables membres du Parlement baignent constamment. Or, ils ont échoué sur toute la ligne.

Aujourd’hui, certains hurlent à l’abus de pouvoir comme d’autres hurlent au loup (et franchement, le résultat est le même). Abus de pouvoir? Allons donc! Proroger le parlement est une prérogative royale garantie par la constitution et qui, selon les us et coutumes, revient de fait au cabinet. C’est sûr qu’il doit être décevant, pour tous ceux qui souhaitaient voir le gouvernement s’empêtrer dans ce dossier et se noyer dans la controverse entourant le transfert des détenus afghans, de voir les conservateurs s’en tirer aussi facilement. C’est vrai, après tout, qu’il aurait été beaucoup plus noble et vital pour la démocratie canadienne de voir les députés en scène dans un « freak show » destiné à couler le gouvernement. Si un tel souhait est légitime chez la part des opposants aux conservateurs, il est toutefois plutôt médiocre et hypocrite de voir ces mêmes personnes se cacher derrière un faux plaidoyer en faveur de la démocratie pour justifier leur prise de position. Et comme si ce n’était pas assez, ces bien-pensants osent s’ériger en élites auto-proclamées et condamnent l’indifférence du bon peuple devant cet état de fait en adoptant un ton paternaliste à outrance. S’il faut en croire ces militants anti-Conservateurs, si la population refuse d’acheter leur discours alarmiste, c’est simplement parce qu’elle n’est pas éduquée et qu’elle accorde plus d’importance à Occupation Double qu’à la politique! Voilà qui ne manque pas de toupet.

Car c’est bien de cela qu’il s’agit ici : une frustration de voir le gouvernement conservateur de Stephen Harper refuser de se prêter à un cirque parlementaire. Rien à cirer, pour ces bonzes de la démocratie, que le parlement n’est aujourd’hui qu’une institution bancale à la merci de la partisanerie des partis politiques, non. Le problème de la démocratie canadienne est évidemment du côté conservateur, pas des partis politiques en général. Et quand le gouvernement exerce sa prérogative de demander la prorogation du parlement, on nous parle de « conventions » qui voudraient que… que quoi, exactement? Que le premier ministre ne demande la prorogation du parlement que quand ça fait l’affaire de l’opposition? Oubliez les conventions en ce qui concerne la prorogation, il n’y en a pas. Ce n’est qu’un argument des opposants au gouvernement qui ne savent plus quoi invoquer pour nous persuader qu’un gouvernement qui agit en toute légalité et en toute constitutionnalité est, dans le fond, en train de faire exactement l’inverse. Et après on s’étonnera du cynisme de la population!

Nos « chiens de garde » de la démocratie devraient s’employer à proposer des réformes au système politique (le véritable responsable d’une si grande concentration des pouvoirs au cabinet du premier ministre) plutôt que de gaspiller tant d’énergie à essayer d’orienter l’opinion publique et de tenter d’imputer la responsabilité d’un tel état de fait à l’indifférence générale de la population, qui refuse de gober leurs prises de position alarmistes. Mais il est vrai qu’il est plus facile de hurler au loup, surtout quand on se retrouve privés d’un « freak show » qui pourrait avoir pour résultat de faire mal au gouvernemet auquel on est hostiles. Je comprends votre frustration, chers démocrates en puissance, mais de grâce, arrêtez de nous prendre pour des valises et avouez le caractère purement anti-Conservateurs de vos opinions. Cessez de vous targuer de défendre la démocratie et admettez plutôt que tout ce que vous défendez, ce sont les intérêts des opposants au gouvernement en place. Rien de plus, rien de moins. Assumez et cessez votre hypocrisie.

Le fantôme de Stéphane Dion novembre 14, 2009

Posted by jay2go in Politique canadienne.
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Le vent souffle en faveur des conservateurs! Les partielles de lundi dernier ont débouchés sur la victoire inattendue du candidat conservateur dans Montmagny-L’Islet-Kamouraska-Rivière-du-Loup (MIKRDL).

Ce qui était un peu plus attendu, par contre, c’était la piètre performance du parti libéral du Canada.

En moyenne, le PLC a obtenu 14% des suffrages pour les quatre circonscriptions disputées lundi dernier. Pas de quoi fêter. Ça ne vous rappelle pas septembre 2007, lorsque Stéphane Dion s’était carrément planté aux partielles, perdant notamment la circonscription d’Outremont? Rien d’aussi dramatique ici la semaine dernière, non, mais quand même, le fantôme de Dion ne rôde pas très loin…

Les troupes libérales ont décapité leur chef en décembre dernier. «Tasse-toi Stéphane, tu n’es plus l’homme de la situation ». Force est de constater que son successeur ne l’est pas plus. Alors que sous Dion le PLC stagnait dans la mi-vingtaine en termes d’intentions de vote, aujourd’hui son plafond n’est plus 25% mais bien… 30%. Ça va prendre plus que ça pour détrôner les conservateurs.

Question : la prochaine fois que Michael Ignatieff devra trancher à savoir s’il défait, oui ou non, le gouvernement,  le verra-t-on achever sa complète dionisation? S’écrasera-t-il pour laisser le gouvernement sauf, ou bien précipitera-t-il le pays dans une campagne dont personne ne veut (pour faire changement!) et dont les sondages prédisent à son parti au mieux une défaite, au pire une raclée?

Parce qu’avec 28% des intentions de vote et un peu de chance, le PLC obtiendrait, dans le meilleur des cas, eviron 90 sièges. Ce n’est pas aussi mauvais que les 77 obtenus sous Dion mais tout de même, nous sommes loin du messie tant attendu, du Sauveur avec un grand S, d’un Pierre Trudeau seconde mouture qui mènerait le parti au pouvoir et l’y garderait pour 15 ans…

Même Frank McKenna, ancien premier ministre libéral du Nouveau-Brunswick, a dit auc médias cette semaine que personnellement, il ne voyait pas comment les libéraux, dans les circonstances actuelles, pourraient être reportés au pouvoir. Du moins pas dans un avenir rapproché. Quant à Peter Donolo et tous les changements au BCO (Bureau du Chef de l’Opposition), je doute que cela change beaucoup de choses.

Quant au dernier sondage en lice : 18% des Canadiens le voient comme premier ministre, contre 35% pour Stephen Harper. Ou si vous préférez : 29% des intentions de vote pour les libéraux contre 38% pour les conservateurs. Les appuis aux conservateurs s’érodent tout doucement (finis les sommets de 40% des dernières semaines) mais malgré tout, les libéraux glissent ou stagnent, selon la semaine.

Mais sait-on jamais. Les conservateurs nous ont prouvé qu’ils sont passés maîtres dans l’art de se nuire à eux-mêmes. Suffit d’une seule et grosse gaffe pour que tout puisse basculer.

Parlant des conservateurs, on dirait que le froid entre eux et les libéraux de Jean Charest est en voie de se résorber. Jean Charest a mis la «Big Red Machine» libérale provinciale au service du candidat conservateur dans MIKRDL et j’ai l’impression qu’elle pourrait à nouveau être mise à profit, lors du prochain scrutin fédéral, disons, le printemps prochain.

L’héritage de Jean Chrétien octobre 13, 2009

Posted by jay2go in Politique canadienne.
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Décidément, Jean Chrétien ne se doutait certainement pas, lorsqu’il a quitté le pouvoir en 2003, que son héritage politique allait conduire ses successeurs à la tête du PLC tout droit en enfer et qu’il faciliterait du même coup l’accès au pouvoir aux conservateurs.

Mais on ne peut le blâmer : les jeux de coulisses entre les progressistes-conservateurs et les réformistes-alliancistes qui se tramaient durant les derniers mois au pouvoir  de Jean Chrétien sont passés totalement sous le radar de son flair légendaire. En effet, les cartes du jeu ont été rebrassées immédiatement après son départ et ce qui était bon pour les libéraux à l’époque où le mouvement conservateur était en pleine guerre civile l’est un peu moins  maintenant que la droite a été réunifiée. Ce qui a fait la fortune (ou plutôt, les majorités) de Jean Chrétien a mené les libéraux de Paul Martin, Stéphane Dion (et Michael Ignatieff?) vers une longue traversée du désert sur les banquettes de l’opposition.

Le plus dramatique dans cette histoire (du moins pour les libéraux), c’est que  la donne est en train de changer complètement et  pas nécessairement en faveur du parti libéral. Les conservateurs vont bientôt laisser leur marque sur les institutions politiques canadiennes et si les libéraux ne se reprennent pas rapidement en main, ils seront contraints de regarder le train passer. Exit, le «parti naturel de gouvernement», place aux conservateurs!

Natural Governing Party

Un brin alarmiste, vous dites? Pas tant que ça!

De 1896 à 1996, les Conservateurs ont occupé le pouvoir durant seulement 31 ans. La cause? Un Québec indéfectiblement libéral, ce qui assurait aux rouges un avantage d’une cinquantaine de sièges en moyenne sur leurs adversaires conservateurs. Pour accéder plus facilement au pouvoir, les conservateurs ont cru bon pencher un peu plus vers la gauche et dorloter davantage le Québec, ce qui était relativement facile avec le vide créé par le rapatriement de la constitution et la désaffection dont souffraient les libéraux. Mauvaise stratégie, qui a fait perdre aux conservateurs leur appui dans les provinces de l’Ouest. Et voilà : le Parti réformiste était né, et durant 10 ans ils ont livré une bataille sans merci au parti progressiste-conservateur.

Tout ça pour dire qu’à l’époque de Jean Chrétien, les forces de droite étaient davantage occupées à mettre leur composante sœur en échec qu’à livrer une vraie bataille aux libéraux. Or aujourd’hui ce n’est plus le cas, et l’avantage Rouge a été complètement décimé. Aujourd’hui, les Québécois appuient massivement non pas le parti libéral mais bien le Bloc québécois. Les conservateurs n’ayant jamais bénéficié de cet avantage québécois, cela ne change rien pour eux, mais les libéraux, eux, se retrouvent privés des 50 sièges que leur assuraient jadis la Belle Province.

Dans l’Ouest, les libéraux ne sont tellement plus compétitifs que dans la majorité des circonscriptions, la bataille se joue à deux entre le NPD et les conservateurs. Aujourd’hui, les libéraux peuvent prétendre à un maximum de 20 sièges à l’ouest de l’Ontario sur les 92 que compte la région. Les conservateurs? Environ 70. Voilà pour l’avantage Bleu.

Les conservateurs et les institutions

En ce qui a trait aux institutions, comme je le mentionnais, les conservateurs sont sur le point de se conférer un avantage stratégique majeur.

D’une part, le Sénat a perdu sa majorité libérale mardi dernier, lorsque la sénatrice Joan Cook a tiré sa révérence. Le 29 novembre 2010, lorsque le sénateur Peter A. Stollery prendra à son tour sa retraite, les conservateurs seront plus nombreux que les libéraux et les indépendants réunis (un Sénat conservateur minoritaire, si on peut dire), pour finalement obtenir leur majorité sénatoriale le 13 mai 2011. Si les conservateurs se maintiennent en poste jusque-là, donc, la Chambre haute leur sera acquise.

Mais l’élément le plus fondamental dans le changement des institutions, c’est à la Chambre des Communes qu’il se produira, avec le projet du gouvernement d’augmenter à 342 le nombre de sièges à la Chambre basse. Ces 34 sièges supplémentaires seront ajoutés en Ontario, en Alberta et en Colombie-Britannique. Rien de spécial là, sauf qu’il s’agit de circonscriptions rurales, disons, plus favorables aux conservateurs qu’aux libéraux. Ou du moins, le genre de circonscriptions où la lutte se fera à deux entre le NPD et le PCC, plutôt que d’éventuels fiefs libéraux comme dans les régions métropolitaines de Vancouver et Toronto.

L’héritage Chrétien

Et Jean Chrétien dans tout ça?

Il est en partie responsable de la situation actuelle. Comment? C’est lui qui a modifié les règles du financement électoral de manière à favoriser le Bloc québécois. Simple, disait-il. Tant que le Bloc dominera le Québec et que la droite sera divisée partout ailleurs, le parti libéral est assuré de remporter une majorité. En effet, Chrétien se doutait bien que sur 75 députés, jamais il n’en ferait élire plus de  la moitié, et où iraient les autres? Aux conservateurs, évidemment. Mais la stratégie s’est maintenant retournée contre les libéraux, et ce sont des députés qui font cruellement défaut aux libéraux qui se retrouvent à mordre la poussière devant des candidats bloquistes.

Quant à son autre héritage, eh bien, Jean Chrétien en a lui-même fait la démonstration au cours des dernières semaines : le grenouillage interne au PLC n’est pas une chose passée et n’était pas propre uniquement au tandem Chrétien-Martin. Après les guerres Chrétien-Turner et Chrétien-Martin, voici maintenant la guerre Chrétien-Ignatieff! Jean Chrétien est en effet très actif dans les coulisses du parti libéral et son clan de partisans – dont font notamment partie Bob Rae et Martin Cauchon – aiguise ses couteaux dans l’ombre… Essayez maintenant de convaincre la population canadienne que vous êtes prêts à diriger le pays, quand vous n’êtes pas capable de diriger votre parti!

Le temps se fait de plus en plus rare pour les libéraux. Les changements qui sont sur le point de s’opérer pourraient les confiner à l’opposition  pour encore de longues et pénibles années…

Les élections et l’économie septembre 15, 2009

Posted by jay2go in Politique canadienne.
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Depuis que les rumeurs d’élections circulent, c’est-à-dire depuis maintenant bientôt trois semaines, le seul et unique refrain qu’on entend, c’est «Ah non! Pas des élections en pleine crise économique, ça coûte cheeeer!»

Ahem… quel mauvais argument!

Entendons-nous bien, 300 millions de dollars, ça peut paraître beaucoup comparé avec le budget d’un particulier mais dans le budget de l’État, c’est une pécadille. Une miette.

D’autant plus qu’il s’agit là d’une dépense qui crée des emplois. Un stimulus de 300 millions de dollars dans une économie en pleine reprise. pourquoi pas? On peut rejeter du revers de la main la pertinence du keynésianisme, il n’en demeure pas moins que ce sont des milliers d’emplois qui seront créés le temps d’une élection. Des élections étant nécessaires et inévitables, aussi bien y aller maintenant, alors que les libéraux sont en position de faiblesse relative.

Quant à l’argument des conservateurs voulant que cela nuise à la reprise de l’économie, il a été démenti par… voyons voir : le Globe & Mail, le CD Howe Institute (qui est pourtant de droite), l’économiste en chef de la banque TD Canada Trust, d’autres économistes de tout acabit… Une élection nuirait à la reprise de l’économie telle que les conservateurs l’envisagent, point. Grosse différence.

Ceci étant dit, on peut donc voir un (des) point(s) positif(s) à une élection cette automne.

Nous sortons d’une crise économique : voilà une bonne occasion de choisir qui nous voulons avoir à la tête de l’État pour les trimestres à venir! La vision des libéraux ou la vision des conservateurs?

Avec la crise parlementaire de décembre dernier, M. Harper a perdu de facto la confiance de la Chambre, qu’il a évité de perdre de jure avec la prorogation dela Chambre. Résultat : crise de confiance majeure à la Chambre des Communes. C’est le temps d’en finir.

La Coalition (des Trois Stooges, comme on dit en anglais)

Parlant de «la Coalition», dont les conservateurs voudraient bien faire leur cheval de bataille… je suis partagé entre «c’est une excellente stratégie» et «c’est la pire stratégie au monde».

C’est une excellente stratégie car il n’y avait guère qu’au Québec et dans l’Atlantique que l’idée d’une coalition était populaire. Une majorité pour les conservateur sur ce thème reste donc très possible, si l’Ontario embarque dans son jeu.

La pire stratégie du monde parce que c’est cynique. On a vu l’an dernier, le Canada était divisé en deux sur cet enjeu : Western Canada contre Eastern Canada. Les conservateurs veulent-ils vraiment s’arroger une majorité sur le dos d’une telle politique de division? Ça pourrait faire très mal, après coup…

Tout ceci dans l’hypocrisie la plus crasse : pour illustrer, disons que si la Coalition est Frankenstein, et bien Stephen Harper est le savant fou qui l’a créé.

Quand on a un premier ministre minoritaire qui gouverne comme s’il était majoritaire (on appelle cela un abus de mandat, soit dit en passant), que fait l’opposition pour lui bloquer la route? Elle forme une alliance. Qu’ont fait les puissances centrales européennes pour contrer les visées expansionnistes de la France napoléonienne? Elles ont fait une alliance. Ce n »est pas interdit. Ce n’est ni illégal ni illégitime. Notre constitution ne l’interdit pas. Beaucoup de pays le font. Dois-je en rajouter?

Stephen Harper est l’artisan de cette «créature» qu’est la coalition. Qu’il tâche de ne pas l’oublier.

Plus «quand» que «si»? septembre 3, 2009

Posted by jay2go in Politique canadienne.
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Si la tendance se maintient…

Les hostilités seront déclenchées sous peu.

Alors, quand voterons-nous? Le 26 octobre? Le 9 novembre? Le 16?

Les libéraux sont compétitifs pour la première fois depuis 2004, et c’est Paul Martin qui l’avait emporté à cette occasion. On aura l’occasion de vérifier si la victoire conservatrice de 2006 était bel et bien une victoire conservatrice, ou si c’était plutôt une défaite libérale. Idem pour 2008. : était-ce simplement l’effet Dion? L’intermède conservateur tire-t-il à sa fin, où la percée conservatrice est-elle au contraire en pleine expansion?

J’ai hâte de voir l’issue de cette «bataille des titans» dont il est désormais évident que Jack Layton ne veut pas. Avouez que tendre autant la main au gouvernement conservateur, c’est quelque chose que l’on n’a pas vu souvent, et qui ne semble pas très naturel.

Donc, les libéraux peuvent-ils reprendre le pouvoir aux conservateurs? Certainement. Le feront-ils? C’est une autre paire de manches. Les conservateurs sont prêts, ils n’ont pas peur d’une élection et sont bien préparés. L’économie va mieux et c’est Ignatieff le premier qui a signifié son intention de provoquer des élections à l’automne, il portera donc très fort probablement l’odieux du déclenchement des élections… au moins pour 5 jours.

Le pire dans tout ça, c’est que mon petit doigt me dit que la tendance ne se maintiendra pas. J’ai comme une vague intuition que le NPD va appuyer le gouvernement, ou à la limite, s’abstenir de voter pour le défaire en chambre. Au-delà de la rhétorique néo-démocrate, je suis certain que Layton n’est pas plus emballé que ça à l’idée d’envoyer ses 39 députés au champ de bataille. En politique, les gestes parlent plus que les discours et autres déclarations, et les agissements du NPD des derniers jours sont révélateurs à l’égard de leur appétit pour une élection. Mais je me trompe peut-être…

A win is enough

Je désirerais protester contre une allusion récente de Mme Chantal Hébert dans le Toronto Star (Even a win might not be enough for Harper) qui déclare que, survenant un résultat serré en termes de sièges aux Communes le soir du vote, la Gouverneure générale pourrait , malgré qu’une majorité de sièges soit octroyée aux conservateurs, demander au chef libéral de former le gouvernement avec l’appui du NPD.

Absolument pas.

La constitution canadienne oblige le gouverneur général à nommer comme premier ministre le chef du parti ayant fait élire le plus de députés en chambre.

Comme une coalition PLC-NPD en bonne et due forme est hors de question pour les libéraux, Mme Jean aura l’obligation constitutionnelle de nommer Stephen Harper chef du gouvernement si c’est son parti qui fait élire le plus de députés. Si et seulement s’il échoue à recevoir la confiance de la chambre Mme Jean pourra demander à Michael Ignatieff de tenter à son tour de former un gouvernement bénéficiant de la confiance de la chambre. Si et seulement si.

Et comme on l’a vu l’an dernier, la fenêtre d’opportunité pour un changement de gouvernement sans passer par de nouvelles élections est très étroite.

Nos intégristes laïcistes (ajout) mai 12, 2009

Posted by jay2go in Politique canadienne, Politique québécoise.
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La Fédération des femmes du Québec vient récemment de prendre position contre l’interdiction du port du voile dans la fonction publique. Il n’en fallait pas plus pour qu’on se mette à dénoncer de part et d’autres ce que Djemila Benhabib (Ma vie à contre-Coran) appelle la «gangrénisation» de la FFQ par les mouvements islamistes. Rien de moins! La révolution islamique est à nos portes…

Que des musulman(e)s aient fuit les intégristes islamistes dans leur pays natal pour venir s’établir dans un pays laïc est tout à fait normal. Mais quand ces personnes viennent ici nous dire sans rire qu’il faudrait piétiner les libertés religieuses des musulmans sous couvert qu’eux n’ont pas pu gagner leur «combat contre la liberté» chez eux, c’est une autre paire de manches.

Tant mieux si Mme Benhabib a pu, pour le bien de son développement personnel, fuir son pays. Oui, les extrémistes islamistes oppressent les femmes. Oui, la société québécoise/canadienne est laïque.

Or, d’une part, tous les musulmans ne sont pas intégristes, comme aimerait bien le croire Richard Martineau, qui les met tous dans le même bateau, et d’autre part, je crois que M. Martineau et Mme Benhabib ne comprennent pas bien le concept de laïcité.

Ce que n’ont pas compris nos intégristes laïcistes, c’est qu’une société laïque n’est pas une société dans laquelle on interdit les pratiques religieuses et le port de symboles religieux, c’est une société où l’on n’impose aucune religion comme étant une religion d’État. Laïcisme veut dire neutralité : l’État ne dicte aucune religion et chacun est libre de vivre sa religion comme bon lui semble. Si une femme désire porter le voile, c’est son droit le plus strict. Et n’en déplaise à ces frileux de la religion, toutes les femmes ne portent pas le voile en guise de soumission. Un État laïc peut très bien permettre (permettre N’est PAS obliger) le port du voile sans aliéner son caractère de neutralité à l’égard de la religion.

Mais nos intégristes québécois, qui se sentent menacés par ces « dangereux musulmans qui veulent contrôler le monde » préfèrent une forme plus rigide, plus radicale, de laïcité : l’interdiction des pratiques religieuses dans la sphère publique. À part la nôtre, s’entend. Il ne viendrait à l’idée de personne de commettre l’hérésie de décrocher le crucifix de l’Assemblée nationale, par exemple! Et qu’importe si Noël est un congé férié catholique : si un musulman souhaite travailler à Noël et prendre son congé férié, disons, le 14 avril, nenni! Pas question! Tu prends ton congé catholique ou bien rien. Ce n’est pas de la laïcité, c’est l’imposition du christianisme d’État. Je suis désolé, mais ce n’est pas exactement pécher par ouverture d’esprit…

Mais que voulez-vous, le Québec profond se sent menacé et se croit donc justifié de casser du sucre sur le dos des méchants-immigrants-intégristes-islamistes-qui-veulent-dominer-le-monde-et-voiler-nos-femmes. Quant à Mme Benhabib, que l’on voudrait croire pourtant nuancée étant donné son bagage personnel, elle ne semble pas réaliser qu’il y a une marge entre le voile et la sharia, et qu’interdire le port du voile n’est guère plus noble que l’obliger.  Elle va même jusqu’à justifier sa prise de position par l’affaire Parvez! (Aqsa Parvez est une jeune torontoise de 16 ans assassinée par son père parce qu’elle refusait de porter le voile). Et de conclure : « Que vaut le sang de ces jeunes filles et de ces femmes? ».

Réponse : la même chose que le sang de ces millions d’Africains qui meurent du Sida chaque année. Et que je sache, les bons petit Québécois catholiques ne jurent pas tous que par le pape, qui va raconter en Afrique que le port du condom ne change rien aux chances de contracter le Sida. Le christianisme est meilleur que l’islam, vraiment? Sans rire?? Mais bon, les intégristes, qu’ils soient islamistes ou laïcistes, ne font pas dans la nuance. Mieux vaut s’appuyer sur une minorité qui étaye bien nos propos que sur la majorité silencieuse, et tant pis si cela a des conséquences néfastes pour cette dernière.

Et c’est bien connu, un musulman est beaucoup plus dangereux qu’un chrétien ou qu’un juif, s’empressent de nous dire sur un ton paternaliste ces mêmes illuminés qui appuient les opérations israéliennes contre des civils palestiniens sous couvert d’éradiquer le terrorisme du Hamas et du Hezbollah… mais je m’égare.

Là où je veux en venir, c’est pourquoi ne pas accepter le libre choix en la matière? Pourquoi ne pas accepter que des femmes puissent avoir envie de se voiler en toute liberté, si cela convient à leurs croyances religieuses? Et si on interdit le voile, pourquoi pas interdire les foulards par la même occasion? Ah oui, parce que c’est religieux. Tu parles d’un dogme!

La Turquie est un État laïc qui permet très bien le port du voile en public et dans les institutions. Si la Turquie, par sa position géopolitique et son héritage géo-historique, est capable d’y arriver, pourquoi le Québec/Canada ne le pourrait-il pas? Si la Turquie, qui a bien plus à craindre que nous la menace d’une révolution islamique, accepte de donner cette liberté aux musulmans, pourquoi ne le pourrions-nous pas? Désolé, aucune excuse valable ne me vient à l’esprit. La peur non justifiée, pas plus que la paranoïa, ne sont des excuses valables. 

Bref, dans cette histoire, la FFQ a au moins le mérite d’adopter la position qui s’inscrit le mieux dans le soi-disant caractère d’ouverture qui caractériserait notre société : pas d’obligation, pas d’interdiction.

L’obligation porterait atteinte aux libertés des non musulmans ; l’interdiction porterait atteinte aux libertés des musulmans. Le libre choix, il ferait mal à qui?

Je veux dire, à part à nos intégristes à nous, cette bande de paranos qui se sentiraient bafoués par un palmier…

En ce qui me concerne, être conservateur, c’est refuser de cautionner l’action de l’État dans un domaine qui relève du privé ; c’est refuser que l’État endosse une religion d’État particulière, et refuser à plus forte raison qu’il le fasse tout en  laïc d’une seule et même voix ; c’est laisser le plus de liberté possible et le plus d’opportunités de libre-choix possibles à l’individu. L’État n’a pas à dicter son comportement à un individu, tant qu’il soit en respect du cadre juridique établi. Porter le voile ne viole aucune loi, et il ne devrait y avoir de lois pour restreindre la liberté des individus en la matière. 

Mais pour certains «conservateurs» sociaux, les mêmes qui justifient cette aberration juridique qu’est la prétention de hiérarchiser les droits et rendre le principe de l’égalité homme-femme supérieur de quelque façon à celui de la liberté religieuse ; pour certains conservateurs sociaux donc, il est du devoir de l’État d’imposer une certaine normativité morale en ce qui touche aux prérogatives des individus.

Objection, votre honneur. Militer pour l’intervention de l’État, quelle qu’elle soit, c’est de l’étatisme. Et l’étatisme se situe à gauche de l’échiquier politique.

MM. Martineau et Benhabib, vous me faites honte! En fait, c’est toute une branche de la droite qui me fait honte dans toutes ces histoires de religion et en particulier d’islam. Cette droite populiste qui est pro-israélienne jusque dans les orteils et qui fait montre de l’intolérance la plus crasse sur tout ce qui touche de près ou de loin la religion musulmane.

Islamophobie? Pas loin. Vraiment pas loin…

 


Bye bye mon cowboy avril 27, 2009

Posted by jay2go in Politique canadienne.
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Grâce aux «excellents» stratèges du premier ministre, les conservateurs n’ont jamais été moins certains d’être réélus qu’aujourd’hui, et ce depuis qu’ils ont pris le pouvoir en 2006. La moyenne des cinq derniers sondages nationaux, selon le site ThreeHundredEight.com révèle qu’une élection tenue aujourd’hui donnerait, sur la base de ces cinq sondages, un gouvernement libéral minoritaire. Faut voir l’euphorie qui anime les libéraux ces temps-ci…

Seul baume sur la plaie : les libéraux ont récemment perdu leur avance de 10 à 15  points (selon les sondages) en Ontario à cause de la maladresse de Michael Ignatieff à propos d’une éventuelle augmentation de taxes.

Mais c’est sans importance. Ce qui est primordial ici, c’est de se demander pour qui travaille le Bureau du premier ministre exactement? Vous savez cette armée de conseillers qui entourent le premier ministre et l’assistent dans ses décisions – le «ministère» du premier ministre qui se trouvent être ses yeux et ses oreilles? Qu’est-ce qui se passe donc au PMO (Prime Minister’s Office)?

Voici un extrait d’une chronique de L. Ian Macdonald, chroniqueur pour The Gazette, datée du 24 avril dernier.

« Having lost a majority in October, Harper proceeded to nearly lose the government in December with the economic update that would have ended public subsidies to political parties and the right to strike in the public service. This resulted in the opposition coalition that took the country to the brink, and which Harper characterized in the House and in a TV address as « the separatist coalition, » which worked for him in English-speaking Canada but blew him up in Quebec.

Then, just as the Conservatives started to climb out of that hole in Quebec, they dug another one around the question of whether Brian Mulroney was still a member of the Conservative Party. This was an operation run out of the Prime Minister’s Office, and Paul Wells has the goods on that, the whole tick-tock, in a takeout in the current issue of Maclean’s, which revived the story of the Mulroney-Harper feud for a third week running. The PMO stepped on its own message going into the G20 and NATO summits, and then Harper spent the two-week Easter recess, normally a good-news window for the government and the PM, largely dodging questions about Mulroney.

And then there’s the stupid economy, which would take a toll on the voting intention of any government and the approval rating of any prime minister.

All of which is to say that at 11 per cent in Quebec, the Conservative vote has shrunk by half in only six months, and fallen from first to fourth place.

Quite an achievement, when you think of it. »

Les gaffes du PMO

Depuis qu’il a été assermenté pour son second mandat, rien ne va plus pour le premier ministre, aujourd’hui plus impopulaire que son parti au Québec.

Récapitulons.

Il y a d’abord eu la campagne électorale, désastreuse au Québec. Les stratèges du premier ministre n’ont jamais flairé, semble-t-il, qu’il serait suicidaire pour les conservateurs que de la jouer «tough on crime» et anti-artistes. Oui, le Bloc a fait montre d’une propension à la démagogie crasse. Mais le Bloc n’aurait pas saisi la perche si les conservateurs ne la leur avaient pas tendue, et on aurait été en selle pour une campagne où le Bloc aurait dû tourner en rond à justifier son existence. On aurait pu lui enlever une bonne part d’un vote populaire qui se cherche un parti fédéraliste, quitte à lui porter le coup fatal aux prochaines élections.

À la place, on a eu droit à une campagne de salissage sans merci de la part du Bloc que les conservateurs ont, avouons-le, bel et bien cherchée. À quoi pensait le PMO pendant cette campagne? Ne pait-on pas les stratèges pour justement éviter de telles embrouilles?

Il y a ensuite eu le psychodrame de l’automne dernier, qui a complètement modifié le rapport de forces en présence à Ottawa et qui, en plus d’avoir failli coûter le gouvernement aux conservateurs, leur a coûté leur avantage stratégique aux Communes. Un parti conservateur ragaillardi, devant une opposition plus faiblarde que jamais et un chef de l’opposition en sursis et sans autorité morale sur ses troupes… M. Harper aurait pu tourner le 40e parlement à son avantage. Or de qui provenait l’Énoncé économique de novembre dernier qui a mis le feu aux poudres? Eh oui, du PMO. Et depuis, les libéraux sont unis derrière leur chef comme jamais ils ne l’ont été durant les vingt dernières années. Comme dommage collatéral, on ne trouve pas mieux! Stephen Harper n’avait sûrement pas envie de leur dire merci, à ses stratèges…

Et finalement, il y a cette stupide histoire à propos du leadership de M. Mulroney. Non mais est-ce que de savoir si l’ancien premier ministre conservateur est toujours membre en règle du parti conservateur ne pourrait pas être encore plus futile? Alors dans ce cas, pourquoi diviser le caucus sur une question aussi stupide? Pourquoi le PMO a-t-il approuvé qu’une telle histoire soit coulée dans les journaux? Aujourd’hui, ex-réformistes/alliancistes et ex-progressistes-conservateurs se font la gueule dans un soap opéra qui n’est pas sans rappeler les guerres fratricides des années 1990 qui ont permises à Jean Chrétien de régner en maître sur la colline parlementaire pendant 10 ans. Les proches du premier ministre veulent-il vraiment faire revivre au conservatisme canadien les mêmes divisions que jadis? Peut-on rêver que le parti conservateur soit uni pour de bon, ou ne serait-ce qu’un mirage en voie d’être briser par des stratèges qui ne mériteraient pas ce titre?

C’est une série de mauvaises décisions de la part du PMO qui a définitivement scellé le destin des conservateurs de Stephen Harper au Québec. On aura donné, à l’issue (prévisible) du prochain scrutin, les 50 sièges du Bloc québécois à Gilles Duceppe sur un plateau d’argent.

Récapitulons : le PMO a uni les libéraux et divisé son propre caucus, en plus de s’être privé de toute chance de faire élire d’autres députés au Québec. Si le PMO avait voulu travailler pour les libéraux, il ne s’y serait pas pris mieux!

J’ai hâte aux prochaines élections. Harper v. Ignatieff, un duel à finir. Et si Harper, par miracle, réussissait à conserver le pouvoir, j’espère qu’il ne ratera pas sa sortie.

Qu’il laisse la chance à un nouveau chef de reconstruire les ponts entre le parti conservateur et le Québec, ou avec le parti conservateur et l’Ontario, le Québec et les Maritimes, pour être plus exact. Et qu’il laisse ainsi au prochain chef conservateur une réelle chance de former un gouvernement majoritaire, pour une fois.

Je n’ai rien contre Stephen Harper, il a bien servi son pays durant les trois années qu’il a passées à la tête du gouvernement. Mais il est temps de passer à autre chose. Des ponts ont été brisés dans les derniers mois par M. Harper (pas nécessairement lui mais c’est lui qui se retrouve aujourd’hui avec les pots cassés) qu’un autre devra réparer, et cela ne surviendra pas une semaine trop tôt. Même si ce n’est pas de sa faute, M. Harper doit payer le prix des mauvaises décisions du PMO. À moins qu’il ne mette ses stratèges dehors et qu’il n’effectue une véritable résurrection, mais je n’y crois pas : son image est à jamais entachée. Il lui sera à jamais accolé cette image de conservateur pur et dur de l’Ouest, de ce cowboy digne du Midwest américain, de ce républicain à la sauce canadienne.

Pour le bien supérieur du mouvement conservateur, M. Harper doit partir dès le lendemain des prochaines élections, peu importe le résultat. Il doit assumer les décisions du PMO et faire passer les intérêts de son parti avant les siens.

C’est plate à dire, mais le PMO a sacrifié le premier ministre.

Dynamiques régionales au Canada mars 14, 2009

Posted by jay2go in Politique canadienne.
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Prédiction : les gouvernements minoritaires ne sont pas finis à Ottawa. Nous sommes plongés dans une ère d’instabilité gouvernementale qui est là pour perdurer tant que le Bloc québécois existera. Chantal Hébert parle même d’une «série de premiers ministres jetables», dont Paul Martin aurait été le premier exemplaire mis en marché.

Depuis qu’il existe, le Canada n’a jamais autant été en proie au régionalisme que maintenant. Le pan-canadianisme des partis politiques du XXe siècle a laissé sa place de façon spectaculaire à un système où les partis politiques sont circonscrits à des régions géographiques spécifiques du pays, possédant leur clientèle électorale exclusive et dont les portes des autres régions leur sont fermées.  D’un océan à l’autre? Révolu! Malheureux à constater, mais de tous les partis politiques présents sur la scène fédérale, aucun ne peut prétendre aujourd’hui représenter l’ensemble des régions du Canada, et donc l’ensemble des Canadiens.

L’exemple le plus frappant de l’anémisme du paysage politique canadien nous a été donné par le psychodrame national de décembre dernier à propos de la coalition libéraux-NPD-Bloc québécois. L’antagonisme était frappant : conservateurs contre « progressistes », Western Canada contre Central Canada. L’ouest du pays était tellement choquée que les «socialistes», les «séparatistes» et des libéraux réduits à leur plus simple expression vienne leur enlever leur gouvernement, dûment élu et si chèrement acquis après de longues années d’aliénation. West Is In! clamait-on en janvier 2006. Enfin! l’un des leurs s’installait au pouvoir.

Aujourd’hui, suite à une campagne désastreuse au Québec et la séance de separatist-bashing qu’a suscité l’appui bloquiste à la coalition, les conservateurs ne sont même plus compétitifs sur la scène québécoise. Le Bloc québécois a resserré son emprise sur le Québec, dominant  de loin libéraux et conservateurs dans les sondages. L’Ouest, quant à lui, s’est regroupé autour de Stephen Harper, bien que la tendance activiste du gouvernement irrite de plus en plus la base conservatrice du parti. Mais malgré la grogne, il est très peu probable que, de Winnipeg à Vancouver, on vote massivement pour les libéraux. La région est, bon vent mal vent, acquise aux conservateurs. Reste donc l’Ontario.

Traduisons maintenant cela en chiffres. L’ouest détient, selon la représentation actuelle des sièges aux Communes, 92 sièges. Sur ces 92, les libéraux peuvent prétendre de manière sûre à, tout au plus, de 10 à 15 sièges (dans la grande région de Vancouver). Les portes de l’ouest sont donc fermées aux libéraux, sauf à Vancouver (fait intéressant : cinq sièges sur 92, dont quatre à Vancouver et un à Edmonton sont «prenables» par les conservateurs, leurs députés ayant été élus par une très mince majorité). Au Québec, ni l’un ni l’autre ne peut se vanter de détenir un avantage comparatif, ce qui fait qu’en additionnant les deux, nous obtenons une vingtaine de sièges sûrs pour les libéraux contre 80 pour les conservateurs. L’Atlantique est plutôt hostile aux conservateurs (jamais plus d’un tiers des sièges depuis 2004), ce qui réduit l’écart stratégique entre libéraux et conservateurs à 40 sièges. Où se joue la lutte? En Ontario. Or les conservateurs sont, grosso modo, égaux aux libéraux dans les intentions de vote, tantôt légèrement en tête, tantôt légèrement en recul, et sont de surcroît en train d’augmenter leur popularité en banlieue de Toronto, là où se trouve un énorme bassin d’électeurs.

Le corolaire de cette situation, c’est que les partis politiques sont complètement déphasés l’un par rapport à l’autre. Disons que les avantages comparatifs sont loin d’être équitables. Avec l’appui de l’ouest, les conservateurs peuvent raisonnablement espérer former un gouvernement majoritaire même sans l’appui substantiel du Québec, voire même, à la limite, sans appui du tout. Suffit de bien performer en Ontario et convenablement dans les Maritimes, et la nécessité de sièges québécois devient plus symbolique que pratique. (Harper le sait : regardez-le bouder le Québec comme jamais auparavant il ne l’avait encore fait).

Pour les libéraux, par contre, la situation est toute autre. Les libéraux ont non seulement besoin d’un très fort appui en Ontario, au Québec et dans les Maritimes pour parvenir à se faire élire, mais comme il y a très peu de chances que l’Ontario donne 98% de ses sièges aux libéraux comme dans le temps de Jean Chrétien (faute de la division de la droite canadienne), une victoire libérale passe obligatoirement par le Québec (Ignatieff le sait : regardez-le positionner son parti comme le parti des francophones). Second constat : sans l’appui de l’ouest,  les libéraux seront vraisemblablement réduits à un gouvernement minoritaire, quoi qu’ils fassent. Ceci est vrai aujourd’hui, et le sera d’autant plus qu’avec la nouvelle représentation des sièges aux Communes, l’Ontario, l’Alberta et la Colombie-Britannique se verront attribués 28 ou 33 sièges (dépendant des rumeurs) de plus. Inutile de dire que les conservateurs seront fortement avantagés.

Récemment, j’ai procédé à une petite vérification empirique. Je me demandais à quoi aurait ressemblé le paysage électoral si les conservateurs et les réformistes ne s’étaient pas divisés le vote au profit des libéraux de 1993 à 2003. Résultat? En 1993, on aurait élu un gouvernement libéral minoritaire. En 1997, ç’aurait été un gouvernement conservateur minoritaire, et en 2000 un gouvernement libéral minoritaire. Que des gouvernements minoritaires! J’ai ensuite effectué les mêmes calculs en octroyant aux conservateurs la totalité des votes bloquistes pour ces trois élections (ce qui n’est pas insensé puisqu’en 1984 et 1988 nous avons envoyé respectivement 58 et 63 députés à Ottawa. Comme les Québécois n’ont jamais voté en majorité pour les libéraux depuis 1980, il n’est pas insensé de croire qu’en l’absence du Bloc, les votes aujourd’hui boquistes auraient été davantage aux conservateurs qu’aux libéraux). En effectuant ces calculs, donc, je suis arrivé au résultat suivant : conservateur majoritaire en 1993, 1997 et 2000.

Ironiquement, Jean Chrétien a passé la loi sur le financement des partis politiques en constatant qu’avantager le Bloc au Québec favorisait les libéraux au détriment des conservateurs (il le dit lui-même dans son auto-biographie). Ce que M. Chrétien n’avait toutefois pas compris, c’est que cela était vrai lorsque la droite était partagée entre les conservateurs et les réformistes. Aujourd’hui, les deux sont réunis et c’est l’inverse qui est vrai : le Bloc avantage les conservateurs au détriment des libéraux.

Depuis l’apparition du Bloc québécois et la réunification de la droite canadienne, le paysage politique canadien s’est profondément modifié, avec comme dommage collatéral l’exclusion de chaque grand parti «national» d’au moins deux régions du pays : l’Atlantique et le Québec sont fermés aux conservateurs, l’Ouest et le Québec sont hors d’atteinte pour les libéraux. On devrait ainsi parler de deux grands partis régionaux : l’Ouest pour les conservateurs et l’Est pour les libéraux ; la balance du pouvoir revient à l’Ontario et le Québec se retrouve marginalisé, peu importe la couleur du gouvernement fédéral, à moins qu’un messie ne vienne convaincre les Québécois d’envoyer un nombre suffisamment élevé de députés au fédéral pour espérer avoir une chance de tirer la couverte de son bord. Belles perspectives d’avenir.

Où sont passées les grandes coalitions du XXe siècle? Le Canada est-il à ce point ingouvernable?

La bataille sur la Bataille février 22, 2009

Posted by jay2go in Politique canadienne, Politique québécoise.
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« Pas question qu’on célèbre la défaite française de 1759! » Les souverainistes peuvent célébrer la victoire : la Commission nationale des champs de bataille a annulé la reconstitution de la bataille des Plaines d’Abraham prévue pour l’été prochain.

Je peux comprendre que la défaite de 1759 représente le point de départ de la mythologie souverainiste. Après tout, si les Français avaient vaincus en ce fatidique jour il y a 250 ans, si on avait vaincu les Anglais, le Québec n’aurait jamais été assujetti au Canada, il aurait toujours été libre et maître de son destin, bla bla bla…

Or il me semble qu’on fait une grossière erreur d’interprétation en analysant les choses comme cela. Peut-on sortir du cadre habituel et envisager les choses autrement que par la dichotomie victoire/défaite pour une fois?

1759 en soi représente la défaite de la Nouvelle-France aux mains des troupes britanniques. Or c’est la défaite de la France aux mains de l’Angleterre dans la Guerre de Sept-Ans, en 1763, qui a scellé le destin de notre petite nation francophone en Amérique. Ce n’est donc pas la défaite française en Amérique du Nord qui est responsable du fait que la Nouvelle-France soit passée aux mains de la Couronne britannique, c’est plutôt la défaite française globale, consacrée en 1763 par le Traité de Paris.

Cette bataille est l’une des batailles les plus décisives de la Guerre de Sept Ans, qui fait partie du «top 50» des guerres ayant le plus façonné le monde tel que nous le connaissons. Ceci transcende largement le simple orgueil des ultra-nationalistes québécois, à mon avis. Des tas de gens de partout sur la planète, passionnés d’histoire ou non, seraient intéressés par une telle reconstitution, et on ne parle même pas des retombées économiques pour la ville de Québec – et donc le Québec. Mais il a fallu annuler tout cela, pourquoi? Pour ne pas froisser les nationalistes enragés…

L’argument que ces Chevaliers de la Nation Québécoise nous ont le plus fourni, c’est qu’il est INACCEPTABLE  de célébrer «la défaite de notre nation». Il n’est pas question, disait-on, qu’on danse sur les tombes de nos ancêtres! Question : qui, lorsqu’il fête l’Armistice chaque 11 novembre, danse sur les tombes des Allemands et des Autrichiens (et des Turcs, des Bulgares, …)? Faudrait-il que ces mêmes Allemands, les Italiens et les Japonais se lancent dans un psychodrame national s’il l’on décidait de reconstituer le débarquement de Normandie, qui a mis fin à la Seconde Guerre mondiale? C’est d’un ridicule consommé. Il ne s’agit pas de faire un pied-de-nez aux Français-devenus-Canadiens-devenus-Québécois, il s’agit de revivre l’un des épisodes les plus marquants du monde contemporain. Orgueil quand tu nous tiens…

Sans vouloir chercher à réécrire l’histoire, ce qui peut s’avérer plutôt risqué puisque l’on entre dans la sphère de la pure spéculation, que serait-il arrivé à ces Canadiens français si nous avions gagné les Plaines d’Abraham? Si la France avait quand même perdu la Guerre de Sept Ans, sûrement pas grand chose. Ou imaginons un instant que la France ait vaincu. Napoléon Bonaparte n’a-t-il pas vendu la Louisiane, l’une des dernières possessions françaises en Amérique, aux Américains en 1803? Qu’est-ce qui nous dit qu’il n’aurait pas également vendu la Nouvelle-France? Ou supposons qu’il ne l’ait pas fait : la Nouvelle-France, sans l’assistance de l’armée de la nation la plus puissante du monde (en l’occurrence l’Angleterre) aurait-elle pu résister aux assauts américains de 1775 et 1812? Rappelons-nous : ils ont tenté d’envahir le Canada deux fois, les Américains… Rien ne laisse donc croire qu’une victoire sur les plaines d’Abraham, ou qu’une victoire française dans la Guerre de Sept Ans, aurait assuré un avenir prospère à la Nouvelle-France.

Le problème central, la caractéristique fondamentale de ce petit peuple francophone en Amérique, c’est sa démographie. Au-delà de la victoire/défaite des Plaines d’Abraham, au-delà de l’indépendance du Québec, nous avons toujours été et serons toujours une nation minoritaire au sein d’un continent anglophone. Avoir gagné la Bataille des Plaines (ou la Guerre de Sept Ans) n’y aurait rien changé, pas plus que de se séparer du Canada n’y changera quoi que ce soit. L’indépendance aurait pour seule conséquence de faire d’un peuple minoritaire au sein de son pays un peuple ‘majoritaire chez lui’. Sans plus. Le problème fondamental resterait le même, tout comme si la France avait conservé sa colonie de Nouvelle-France.

Notre ennemi, d’hier comme d’aujourd’hui, c’est donc la démographie, pas les Anglais, comme le voudraient certains ultra-nationalistes. Malheureusement, la défaite de Montcalm, dans la mythologie souverainiste, restera toujours «la défaite des Français aux mains des Anglais». C’est la genèse de la bible séparatiste. Et hélas! au Québec, les fédéralistes sont trop frileux pour s’élever contre le discours victimisant dominant auquel s’abreuvent les souverainistes. Électoralement parlant, mieux vaut ramer dans le sens du courant (c’est plus payant) et dénoncer le «manque de jugement» entourant cette «propagande fédéraliste» que de se raisonner et sortir du lot.

Bêêêêê.