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Israël : prélude à une guerre ouverte? juin 1, 2010

Posted by jay2go in Moyen-Orient.
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L’État d’Israël n’a, pour ainsi dire, jamais véritablement connu la paix.

Son indépendance a été proclamée dans la guerre, au terme de saisies de territoires et de déplacements de populations, avec l’aval plus ou moins tacite d’une communauté internationale encore en train de s’auto-flageller pour les horreurs de la Shoah. Par la suite, de guerres de frontières en migrations palestiniennes, les contours du conflit israélo-palestinien qui fait encore rage aujourd’hui commencent à émerger de plus en plus distinctement.

Un État pacifique, Israël? Les circonstances ne l’ont malheureusement pas voulu ainsi.

Entouré de puissances hostiles, Israël a plaidé dès le départ la légitimité de ses actions au nom de son droit d’existence, et de fait, la volonté maintes fois affichée des États arabes avoisinants de l’anéantir ont donné du poids et ajouté une bonne dose de véracité à ses arguments. Si on poussait une telle logique jusqu’au bout, il fallait donc qu’Israël se dote de tous les moyens nécessaires pour assurer sa survie. C’est peut-être pour cela d’ailleurs que l’on a toléré qu’il se dote de l’arme nucléaire au mépris du droit international (Israël n’a jamais ratifié le Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires). Je ne sais pas, je suppose.

Le problème, c’est qu’aujourd’hui, plus de 60 ans après sa naissance, Israël n’est plus la pauvre petite victime qui doit tout mettre en œuvre pour se protéger. Le mythe de David contre Goliath avait peut-être une forte résonnance à l’époque mais aujourd’hui, il ne tient plus la route. David s’est transformé en Goliath mais semble refuser de le constater. Et pour cause : c’est dans cette représentation, cette dichotomie de puissance, qu’Israël a plaidé la justification de ses actes pour la majeure partie de son histoire. Trouver une autre source de légitimation est une tâche qui relève, disons, d’un autre niveau. En effet, une fois que l’on a évacué le mythe de cette menace intrinsèque, comment justifier le siège de Gaza? Comment justifier des actes comme ceux de dimanche dernier? De toute façon, il faudrait une bonne dose de subtilité à Israël pour réorienter sa rhétorique de défense et de toute évidence, on n’en est pas encore rendus là.

Le mythe défensif ne tient donc plus la route. Israël est aujourd’hui la puissance militaire la plus imposante du Moyen-Orient, et écrase de loin ses adversaires les plus près. Même un Iran nucléaire ne saurait en rien faire compétition aux forces militaires conventionnelles dont dispose l’État hébreu, sans oublier la frappe de retour qui accompagnerait nécessairement une attaque nucléaire iranienne (Téhéran serait incapable de détruire toutes les installations nucléaires israéliennes en une seule frappe et s’exposerait donc à une frappe de retour de la part d’Israël probablement beaucoup plus destructrice). La bombe nucléaire, c’est impressionnant, mais sa capacité de destruction est telle que son efficacité réelle demeure non pas dans son emploi en tant que tel mais dans la peur de son utilisation. Si votre adversaire croit que vous l’utiliserez à la première occasion, il sera beaucoup plus docile…

Le plus intéressant dans l’« incident » de dimanche dernier au large des côtes israéliennes, ce sont les répercussions qu’il aura sur toute la région. Le conflit israélo-palestinien est, en effet, LE conflit qui structure la région arabo-musulmane. À peu près tout ce qui s’y passe trouve sa source, à un degré ou à un autre, dans ce conflit.

Comme première répercussion, notons que les relations entre la Turquie et Israël sont au point mort. Déjà que le premier ministre turc n’avait pas aimé la façon dont Israël avait conduit ses opérations lors du conflit contre Gaza en décembre 2009 (il s’était emporté publiquement contre le président israélien au forum de Davos), aujourd’hui il vient d’annoncer le retrait de l’ambassadeur turc à Tel-Aviv. Traduction : il rompt les relations diplomatiques. La Turquie, membre de l’OTAN, était jusqu’à présent l’un des rares alliés d’Israël au sein de la région. Plus maintenant.

Je ne sais pas si le temps donnera raison à Israël ou non mais une chose est sûre : ce dernier est aujourd’hui beaucoup plus isolé sur la scène internationale qu’il ne l’était il y a trois jours. Mais bon, Benyamin Netanyahu peut toujours compter sur le soutien indéfectible… d’Ottawa, cette fois-ci. (Après quatre ans, je ne comprend toujours pas la ligne directrice de la politique étrangère de notre premier ministre Harper. Mais ça, c’est un autre débat…)

Mon analyse

D’une part, le premier ministre d’Israël, Benyamin Netanyahu, est on ne peut plus conscient de la fragilité de la position diplomatique de son pays sur la scène internationale. Les distances qu’a prises l’administration Obama et ses « gestes d’ouverture » envers le monde musulman ont fait prendre conscience au gouvernement en poste à Tel-Aviv de la précarité de leur position diplomatique, laquelle a été exacerbée par les indignations de la communauté internationale lors du conflit à Gaza de décembre 2009.

D’autre part, les dirigeants israéliens s’attendent à une guerre ouverte contre le Liban, la Syrie, voire même l’Iran, dans les prochains mois. Le Hezbollah, qui contrôle toute la partie sud du Liban, est désormais armé jusqu’aux dents (les armes proviendraient de la Russie et de l’Iran). C’est donc toute la frontière nord d’Israël qui vit sous une menace potentielle. La Syrie a récemment (depuis le conflit contre Gaza) intensifié sa rhétorique anti-Israël et la menace de représailles militaires de plus en plus ouvertement. Téhéran, de son côté, a récemment annoncé que dans le cas où le Liban serait attaqué par Israël, il ne resterait pas les bras croisés. Lire : intervention militaire probable. Pour ajouter au tableau, l’Iran serait, selon les experts internationaux, sur le point de finalement acquérir la bombe nucléaire : au plus tôt à l’été, au plus tard l’an prochain. À tort ou à raison (les menaces ne sont tout de même que des mots, et words are cheap comme on dit), Israël craint un Iran nucléaire et se disait même, il y a quelques mois, prête à considérer une action militaire unilatérale préventive pour empêcher Téhéran de devenir une puissance nucléaire.

C’est là, à mon avis, le principal motif de l’action a priori irrationnelle d’Israël de dimanche dernier. Sentant le temps lui manquer et sentant l’appui américain, jadis indéfectible, lui faire de plus en plus défaut, se pourrait-il que le principal motif d’Israël soit de provoquer la communauté arabe dans le but de déclencher la guerre ouverte qu’elle appréhende? À défaut d’une guerre préventive, qui présente les meilleures chances de succès mais qui pourraient isoler davantage Israël sur la scène internationale (puisque ce serait lui l’agresseur), se pourrait-il que le gouvernement israélien tente d’exacerber les tensions dans la région pour conduire, par exemple, le Hezbollah à déclencher les hostilités par soutien envers les Palestiniens? Si l’on se fie aux discours récemment prononcés par les différents protagonistes, une attaque du Hezbollah contre Israël conduirait automatiquement l’Iran à entrer en guerre… seule opportunité pour Israël de frapper militairement Téhéran et ainsi l’empêcher de mettre à terme son projet de se doter de la bombe nucléaire.

Israël est coincé. Le temps joue en faveur de ses ennemis. Peut-être souhaite-t-il simplement accélérer les choses afin de profiter d’une fenêtre d’opportunité? Sachant que la guerre est de toute façon très probable, pourquoi attendre que le Hezbollah augmente encore ses capacités militaires, que le Hamas se réorganise et coordonne peut-être ses activités avec les autres protagonistes (ouvrant ainsi une guerre sur deux fronts, voire trois fronts avec l’entrée en guerre probable de la Syrie) et que l’Iran se dote de la bombe nucléaire? Les choses pourraient alors très mal tourner pour Israël.

Sans l’appui américain, dans une guerre sur trois fronts face à un Iran nucléarisé… si un tel scénario devait se produire, Goliath ferait face à un adversaire de taille.

Le temps nous dira si les actions d’Israël de dimanche dernier étaient brillamment stratégiques… ou incroyablement stupides.

Révolution verte en Iran? juin 24, 2009

Posted by jay2go in Moyen-Orient.
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Au 12e jour du bras-de-fer engagé entre le régime iranien et ses opposants, peut-on (espérer? craindre?) qu’une révolution pointe le bout de son nez, renverse le président Ahmadinejad et déstabilise le régime du Guide suprême, Ali Khamenei? Assiste-t-on à une répétition du scénario de 1979 qui a vu le shah d’Iran renversé et la république islamique d’Iran proclamée?

Absolument pas.

D’abord, ce que nos médias occidentaux nous rapportent est loin d’être fidèle à la réalité sur le terrain. On se rappellera que les médias occidentaux ne sont pas autorisés à couvrir les manifestations. Ne peuvent donc en filtrer que quelques bribes partielles d’informations, rapportées dans la plupart des cas par des Iraniens anglophones et pro-Occident, davantage portés vers Moussavi et l’Occident  que vers Ahmadinejad et le régime de Khamenei.

Ensuite, parce que les images que l’on voit ne nous montrent qu’une partie  de la réalité : oui, il y a des manifestants, mais ces derniers sont des citoyens «progressistes», des étudiants, des «urbains», loin d’être la majorité au pays des mollahs. Rien à voir avec  le reste du pays, de la même manière que Toronto n’est absolument pas représentative de la campagne saskatchewanaise.

Autrement dit, la «révolution», le mouvement populaire,  ne s’est pas étendu à d’autres couches de la société, il ne s’est pas généralisé.

Et c’est précisément ce qui explique que le régime iranien résistera au mouvement d’opposition :  les forces armées du régime, ce que l’on appelle en science politique l’appareil de sécurité, reste loyal au régime en place. Et  tant que le régime garde le contrôle sur ses appareils de sécurité (et de répression), il est en mesure de se maintenir.

C’est ce qui ne s’est pas produit à St-Pétersbourg en 1917 :  la révolution s’est étendue à d’autres couches de la société, elle s’est généralisée et l’armée, se retrouvant isolée du reste de la société, a cessé d’obéir aux ordres du pouvoir en place. Résultat : le régime tsariste a été renversé et les bolchéviques se sont emparés du pouvoir, établissant le régime communiste. On peut citer beaucoup d’autres exemples : la guerre civile algérienne, la fin des régimes communistes en Europe de l’Est… dans chacun de ces cas, les appareils de sécurité et de répression ont échappé au contrôle du régime et se sont retournés contre celui-ci, qui se retrouve ainsi sans défense et est, plus souvent qu’autrement, renversé.

C’est également ce qui s’est produit à Tiananmen en Chine en 1989, mais à l’inverse : les protestataires n’ont pas pu rallié ni l’armée ni d’autres segments de la population, aussi ont-ils été sévèrement réprimés.

Or que se passe-t-il aujourd’hui en Iran? Non seulement la révolution, loin de s’étendre aux autres couches de la société, ne reste confinée qu’aux mêmes cercles qu’au départ mais en plus, les Gardiens de la Révolution (l’armée iranienne), pour des raisons idéologiques (ils restent fidèles aux principes de la révolution islamique de 1979) sont loyaux au régime de Khamenei – et donc d’Ahmadinejad.

Fraude électorale?

Ce qui est frappant dans cette histoire, c’est que l’Occident a cru dès le départ que le scrutin était frauduleux, et ce sur la base de sondages auxquels ont répondu cette minorité iranienne dont je parlais plus-haut, qui est aujourd’hui dans les rues de Téhéran, qui parle anglais et est ouverte à l’Occident. À titre d’exemple, les sondages qui donnaient Moussavi vainqueurs, rapportés ici par nos médias, n’étaient pas en farsi (la langue que parlent les Iraniens) mais bien en anglais, et  du coup ne pouvaient rejoindre l’immense majorité des électeurs iraniens. Ces données étaient tout simplement faussées et aucunement représentatives de la situation sur le terrain.

La vérité, c’est que s’il y a très fort probablement eu fraude, il n’en demeure pas moins qu’Ahmadinejad, largement plus populaire que Moussavi dans les régions qui comprennent l’immense majorité des électeurs iraniens, l’aurait probablement tout de même emporté. Autrement dit, l’Occident a été induit en erreur sur la base d’un mauvais échantillonnage des données recueillies auprès de la population iranienne. S’il est de plus en plus clair aujourd’hui que le scrutin a bel et bien été fraudé, il n’en reste pas moins qu’Ahmadinejad était le plus populaire chez une large frange de la population iranienne.

Il ne faut pas oublier que les élections n’opposaient pas un Ahmadinejad pro-clergé à un Moussavi anti-clergé, loin de là. Ahmadinejad est celui qui a promis à la population de s’attaquer à la corruption des mollahs qui, disait-il, minent les principes de la révolution de 1979. Et 1 à 0 pour Ahmadinejad.

Je ne suis pas le seul à défendre cette théorie. Voici ce qu’en dit George Friedman, de Stratfor Global Intelligence :

« Tehran in 2009, however, was a struggle between two main factions, both of which supported the Islamic republic as it was. There were the clerics, who have dominated the regime since 1979 and had grown wealthy in the process. And there was Ahmadinejad, who felt the ruling clerical elite had betrayed the revolution with their personal excesses. And there also was the small faction the BBC and CNN kept focusing on — the demonstrators in the streets who want to dramatically liberalize the Islamic republic. This faction never stood a chance of taking power, whether by election or revolution. »

Les médias occidentaux n’ont tout simplement pas réussi à comprendre les subtilités du régime iranien, entre autres parce qu’ils ne s’abreuvent qu’à une seule source. Un peu comme si le Globe & Mail couvrait les festivités de la St-Jean en ne parlant qu’aux patriotes enragés. Très loin de représenter la nation entière, non?

Bref, ce bras-de-fer entre régime et opposition en Iran ne fera, à mon avis, que renforcer le régime, qui va petit à petit convaincre la population de sa légitimité face à une opposition qui ne lève pas. Il y a bien sûr l’Occident qui prend le parti des manifestants mais, depuis la révolution de 1979, l’Iran a toujours fait la sourde oreille aux pressions internationales. M’est avis que ce n’est pas demain la veille qu’elle commencera à s’en faire pour ce que l’Occident pense.

Et on aura, une fois de plus, raté une belle occasion de comprendre la république islamique.

Adieu Palestine mai 24, 2009

Posted by jay2go in Moyen-Orient.
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Barack Obama et Benjamin Nétanyahou se sont vus, se sont parlés, ont convenu de ne pas insister sur le fossé qui les divise. «Le temps n’est pas encore venu pour ces deux hommes», a commenté un ancien conseiller de Clinton. Et cela n’augure pas bien pour les Palestiniens.

Difficile d’imaginer deux hommes politiques aussi différents. Obama est un intellectuel, un homme posé et réfléchi, un homme de droits et de principes qui considère la puissance militaire comme le dernier recours. «Bibi» est un baroudeur, un manipulateur, un homme qui s’est souvent tiré dans le pied, un guerrier sans scrupules, un petit politicien de bas étage. Pas d’atomes crochus.

Difficile aussi d’imaginer deux pays dont la psyché soit aussi différente et même antagoniste. Aux États-Unis, c’est le grand retour sur soi, une sorte de psychanalyse collective, une remise en question de tous les dogmes et même du rêve américain, qui s’effiloche en même temps que les banques et les constructeurs d’automobiles. La puissance ne garantit pas la sécurité. La négociation et la paix garantissent la stabilité et la sécurité mondiale.

En Israël, c’est la fuite en avant. On va de guerre en guerre. Le Liban, Gaza, et on souhaiterait bien blesser à jamais l’Iran. La puissance militaire dans ce pays demeure le premier recours, la colonisation des territoires palestiniens reste la règle de droit, même si elle est illégale. Les Américains tendent la main aux Européens, tentent aussi de rétablir des relations plus harmonieuses avec le monde musulman. Israël et son gouvernement actuel n’entretiennent que mépris pour ces rêveurs et faiseurs de paix et d’État palestinien que sont les Nations Unies, l’Union européenne et, depuis Obama, les États-Unis. C’est mal parti pour la paix.

Ce n’est pas moi qui le dis, c’est Tzipi Livni, ancienne ministre des Affaires étrangères, qui a déclaré le 2 avril dernier: «Israël n’est plus un partenaire pour la paix.» Elle réagissait aux propos de son successeur, Avigdor Lieberman, qui la veille avait ridiculisé le processus d’Annapolis qui créait un cadre de négociations avec les Palestiniens. Il faut dire un mot de ce politicien sulfureux. Il ne croit pas que les citoyens arabes d’Israël doivent jouir des mêmes droits. Il fait l’objet d’une enquête policière pour escroquerie, fraude, abus de confiance et blanchiment d’argent. Avec lui, dans ce gouvernement de coalition bancal, des extrémistes religieux, des ultranationalistes et le travailliste Éhoud Barak, qui a planifié l’attaque meurtrière contre Gaza. Gouvernement pléthorique, plus de la moitié des membres de la coalition sont ministres, on ne se préoccupe que des petites luttes d’influence. On lutte pour arracher des concessions qui avantagent sa clientèle électorale. Alors, le pays s’enfonce de plus en plus dans une sorte de conservatisme social et religieux, dans un cynisme dangereux pour la démocratie israélienne, qui devient de moins en moins exemplaire.

Tous les colons de la Cisjordanie (de la Palestine) appuient cette coalition médiocre et à courte vue. Alors, on multiplie les colons. On ne sanctionne pas les colonies illégales et on permet l’expansion «naturelle» des colonies existantes. Depuis quelques années, le nombre des colons en Palestine est passé de 200 000 à 500 000. Les réseaux de communication entre les établissements israéliens en Palestine charcutent le territoire, empêchent son développement économique et entravent la libre circulation des Palestiniens dans leur pays.

Le président Obama a réclamé la fin de la colonisation, position classique, unanimement répétée par la communauté internationale depuis des dizaines d’années. Bibi lui a peut-être répondu: «Vous voulez que j’expulse 500 000 citoyens israéliens, que je les ramène de force en Israël. Vous n’êtes pas sérieux, ce serait la guerre civile.» Il ne l’a pas dit ainsi, mais c’est l’hypothèse qu’on évoque en Israël et, comme cette solution n’est pas envisageable, elle annonce que l’idée d’un État palestinien est obsolète. Cette idée relève d’une autre époque, pour le gouvernement actuel. C’est une chimère. Peu importe que la désespérance palestinienne alimente continuellement l’anti-occidentalisme des pays arabes et musulmans, Israël n’en a cure.

Il faut regarder une carte de la Cisjordanie pour constater à quel point le fait accompli par des décennies de mépris des lois internationales et de la population palestinienne a créé une situation quasiment irréversible. Le territoire est une peau de léopard parsemée de quelques villes palestiniennes et de quelques villages. Plantées un peu partout, les colonies légales ou illégales grugent les terres, monopolisent les ressources en eau. Impossible de créer un véritable État, puisque cet État n’aurait pas de territoire et ne contrôlerait pas les déplacements de population. Oublions la Palestine pour longtemps, probablement pour toujours.

Mais les États-Unis? Ne peuvent-ils pas inverser le processus? On a toujours exagéré l’influence du gouvernement américain sur Israël. Après tout, cela fait douze ans au moins que Washington propose deux États indépendants, sans aucun succès. Les Américains pourraient cesser d’aider Israël, se livrer à une sorte de chantage. Cette partie de poker, elle se déroule depuis des décennies et les champions du bluff sont les Israéliens. Ils savent que Washington n’abandonnera jamais Israël et ils en profitent pour créer une situation inextricable qui fera de la Palestine une piètre collection de petites mairies. Certainement pas un pays.

***

Chronique de Gil Courtemanche parue dans l’édition de samedi-dimanche derniers du Devoir.

Ils sont rares, les textes qui ne sont pas aveuglément pro-Israéliens, je trouvais qu’il méritait d’être souligné, d’autant plus que cet article a le mérite de donner l’heure juste sur l’évolution de la situation israélo-palestinienne. Oui, Israël poursuit illégalement la colonisation des terres palestiniennes. Oui, Israël tente d’enrayer la possibilité de la création d’un État palestinien. Ceci n’est pas un «torchon partisan antisémite» comme certains seront tenter de le caractériser. On ne peut en dire autant des torchons partisans islamophobes qui, malheureusement pour la qualité du débat, pullulent.

La mouche et le canon janvier 5, 2009

Posted by jay2go in Moyen-Orient.
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Le Hamas ne reconnaît pas à Israël le droit d’exister et c’est, de surcroît, une organisation terroriste. Israël est ainsi totalement justifiée de maintenir le blocus contre la bande de Gaza et de poursuivre son offensive contre le Hamas, d’autant plus que c’est lui-même qui n’a pas respecté les accords de cessez-le-feu qui venaient à échéance le 19 décembre dernier.

Ça, c’est le discours d’Israël. Or, après quelques recherches, il apparaîtrait que le premier à avoir rompu la trêve soit bel et bien Israël. Le 4 novembre 2008, le jour même de l’élection présidentielle américaine, Israël bombardait la bande de Gaza.

Selon Rachad Antonius, « Contrairement à ce qui a été répété ad nauseam dans les éditoriaux ainsi que dans les entrevues télévisées, ce n’est pas le Hamas qui a brisé la trêve, mais bien Israël. C’est le 4 novembre 2008 que la trêve, qui durait depuis quatre mois, a été brisée par Israël lors d’un bombardement qui a fait six morts parmi les Palestiniens. C’est seulement après ces assassinats ciblés que les tirs de roquettes ont repris, pas avant. Le 17 novembre, les Israéliens bombardaient à nouveau et tuaient quatre autres Palestiniens, amenant le total de morts palestiniens à 15 depuis le bris de la trêve par Israël. Ces faits sont solidement documentés (voir par exemple les textes de l’ancien correspondant du Jerusalem Post, Joel Greenberg, dans le Chicago Tribune du 17 novembre 2008). Dès le lendemain du 4 novembre, Israël a décidé de boucler complètement Gaza et de ne pas permettre la circulation de nourriture et de médicaments. Entre le 5 novembre et le 30 novembre 2008, seuls 23 camions de vivres ont pu entrer à Gaza alors qu’en moyenne, ce sont 3000 camions par mois qui peuvent répondre aux besoins de la population qui se chiffre à 1,5 million. La situation humanitaire déjà désastreuse, et dénoncée comme telle par les représentants de l’ONU, est devenue encore plus catastrophique à la suite de ce blocus. Mais ni les bombardements israéliens ni le blocus ne sont considérés comme des actes d’agression. »

Eh non, ce ne sont pas des actes d’agression que de bombarder la Palestine ou d’effectuer un blocus complet d’un territoire où habitent 1,5 million de Palestiniens. Ce n’est que légitime défense! Vous avez bien compris : on n’est pas d’accord avec un gouvernement donc on lance des représailles contre la population civile. Ce sont tous des Palestiniens, donc c’est pareil, pas vrai? Et d’une même voix on affirme que c’est inacceptable que les populations israéliennes soient constamment prises en otage par le Hamas! Deux poids, deux mesures?

Jusqu’où Israël croit-il qu’il peut aller contre la bande de Gaza sans que ce ne soit considéré comme criminel? La situation dans la bande de Gaza frôlerait la catastrophe humanitaire selon plusieurs spécialistes et la Maison-Blanche, bien sûr, apporte son soutien indéfectible à Israël et accuse le Hamas de tous les maux. Mais pourquoi Israël n’a-t-il pas respecté la trêve? Pourquoi s’est-il a priori senti obligé de bombarder la bande de Gaza le 4 novembre dernier? Peut-être y a-t-il une obscure raison que je n’ai pas vue…

De même, je ne comprends pas la position d’Israël dans le conflit israélo-palestinien. Le gouvernement israélien refuse de discuter avec le Hamas puisque celui-ci « ne reconnaît pas à Israël le droit d’exister ». Je veux bien. Israël a tout à fait le droit d’exister, comme n’importe quel État sur la planète. Cependant, Israël n’est pas plus d’accord avec l’idée d’un État palestinien. Du moins, s’ils appuient la création d’un État palestinien, ils le cachent bien. Or qui leur enlève le droit de négocier en leur propre nom? Certains seront tentés d’effectuer le parallèle avec Hitler, Mussolini, Staline… vous savez, ces dictateurs qui ont tous été démocratiquement élus par leur population dans la vague totalitaire qui a emporté une bonne partie des pays d’Europe dans les années 1930? Le parallèle est bon. (Comme quoi la démocratie peut être responsable de la pire des dérives autocratiques mais c’est un autre débat…) Or, on semble oublier que tous ces dictateurs ont été légitimés par le reste de la communauté internationale au départ. Ils ont été considérés comme des interlocuteurs au même titre que les chefs d’État qui détenaient le pouvoir avant eux. Et pourquoi aurait-il fallu qu’il en soit autrement? Quand on veut éviter le pire, on s’assoit à table et on discute! Boycotter son interlocuteur ne fera que très rarement avancer les dossiers, je peux le garantir.

Mais non. Israël est un bon gouvernement, le Hamas non. Israël ne pointe pas ses missiles directement sur les civils, le Hamas si. Israël ne refuse pas le droit à la Palestine d’avoir son État (ça c’est discutable…), mais le Hamas refuse à Israël le droit d’exister. De même, on ne saurait tenir des populations israéliennes en otage, mais tenir des populations palestiniennes en otage ne pose pas problème puisque c’est leur faute, ils n’avaient qu’à ne pas élire un gouvernement terroriste…

On a affaire ici à une logique de deux poids, deux mesures, d’autant plus que la Maison-Blanche est entièrement et aveuglément derrière Israël. Ce dernier peut dès lors invoquer une crise existentielle du genre « On ne veut pas que j’existe » pour justifier des opérations d’une envergure comme celle qui existe présentement depuis 10 jours au Proche-Orient. Et que nous dit-on au sujet des 400 civils palestiniens tués? « Vous savez, des morts accidentelles, il y en a toujours… ». Ahem. Oui bien sûr. Pourquoi ai-je l’impression que la réaction serait beaucoup plus virulente si les civils en question étaient israéliens?

Israël a le droit de se défendre. Des menaces comme celles de l’Iran doivent être prises au sérieux et pas un État ne devrait accepter de composer avec cela. Qu’un gouvernement, aussi démocratiquement élu soit-il (le Hamas a été élu en janvier 2006), se permette de ne pas reconnaître le droit à Israël d’exister, c’est inacceptable. Mais n’est-il pas tout aussi inacceptable que de tuer des centaines de civils palestiniens sous couvert « d’éliminer le terrorisme »? N’est-il pas tout aussi inacceptable que de prendre une population en otage pour détruire un gouvernement dont la saveur ne nous plaît pas? N’est-ce pas là exactement ce que Washington a fait avec l’Iraq, et qui trouve encore aujourd’hui que c’était justifié? En plus, Israël a une capacité militaire de beaucoup supérieure à celle du Hamas et il ne se gêne pas pour l’utiliser dans toute sa grandeur. Et ce n’est pas grave nous dit-on puisque « Israël ne vise pas délibérément des civils alors que le Hamas, si ».

Pourquoi employer un boulet de canon pour tuer une mouche? Pourquoi faire autant de victimes innocentes parmi les Palestiniens? Est-ce parce qu’une vie de Palestinien, on s’en fout alors qu’une vie d’Israélien c’est sacré? Une chose est certaine, ce n’est pas en rejetant systématiquement la faute sur les actions du Hamas qu’Israël pourra se  justifier des crimes qu’il commet à l’encontre des Palestiniens.

Le but d’Israël est de se débarrasser du Hamas. Est-ce pour cela le blocus de Gaza? Tenir la population dans des conditions misérables dans l’espoir qu’ils ne votent pas pour le Hamas aux prochaines élections législatives (prévues pour 2010) puisque ce dernier aura été impuissant à les secourir? N’empêche, si Israël continue ainsi, il ne va pas discréditer le Hamas, bien au contraire. Le Hamas va gagner en légitimité et il sera encore plus dur pour Israël de se débarrasser de ce mouvement terroriste. Quoique, pendant ce temps, les négociations en vue de la création d’un État palestinien stagnent. Ne serait-ce pas là dans l’intérêt d’Israël? Surtout qu’avec l’arrivée d’Obama, tous les signes pointent en direction d’une activité accrue de Washington sur le front israélo-palestinien. On dit qu’Obama veut une paix entre les deux protagonistes, et qu’il y travaillera sans relâche. Dans cette optique, Israël avait peut-être tout intérêt à agir maintenant, à consolider ses positions face au Hamas, de telle sorte qu’il puisse négocier une paix à son avantage.

Si Washington et Tel-Aviv veulent vraiment en arriver à un accord, ce sont eux qui devront faire en sorte que cela soit possible. Et comme les deux attendent de se débarrasser du Hamas avant de poursuivre les négociations, l’offensive israélienne ne semble pas être la meilleure stratégie au monde. Je dis ça comme ça…

« Les muscles d’Israël » janvier 1, 2009

Posted by jay2go in Moyen-Orient.
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Publié dans Le Devoir le lundi 29 décembre 2008.

***

On ne peut pas dire que les autorités israéliennes n’avaient pas prévenu qu’elles répliqueraient aux combattants de Gaza s’ils continuaient leurs harcèlements à la roquette contre les localités voisines. Depuis la fin de la trêve, le 19 décembre — et même un peu avant — les jets de roquettes avaient repris. Ces obus ont beau ne tuer ou ne blesser que très rarement — contrairement aux projectiles israéliens — ils maintiennent une pression énorme sur les citoyens de Sdérot et d’Ashkelon, les localités israéliennes visées.

Dès lors se pose la question de la mesure — ou de la démesure — de la réplique. Comme en 2006, lors de la guerre avec le Hezbollah libanais, les terribles images de la guerre et leurs statistiques macabres nous disent qu’une vie israélienne, dans cette arithmétique dantesque, vaut beaucoup plus — dix fois, cent fois, mille fois plus — qu’une vie de Palestinien ou de chiite libanais. Une variante de la loi du talion… mais avec un gros «facteur multiplicateur». On constate aussi cet impressionnant déséquilibre lors des échanges de prisonniers.

Les Israéliens répondent: mais nous sommes forcés de riposter; tout le blâme doit reposer sur le Hamas et ses provocations. Explication qui revient à dire qu’une fois Frankenstein réveillé par les harcèlements terroristes, on ne répond plus de rien… car la réplique est un automatisme dérivé de l’agression initiale, même beaucoup plus petite.

***

Question, donc: cette réplique d’Israël est-elle exagérée? Tentons un parallèle avec une situation imaginaire…

Un mystérieux groupe terroriste fait sauter des bombes de faible intensité dans Montréal-Nord. Elles explosent fréquemment, en général sans blesser personne, ni faire de très grands dégâts — à quelques exceptions près, puisqu’il y a quand même eu deux morts (dont un enfant en bas âge) et six blessés. Les dernières bombes auraient tendance à être un peu plus puissantes. Et puis, un flou existe sur les «réseaux» internationaux peut-être actifs derrière ce groupe local.

Ces attentats ont pour effet de faire monter la tension, de créer peu à peu une véritable psychose obsessionnelle dans une zone — Montréal-Nord — déjà fort touchée par la crise et le malaise social.

Pour épauler un corps policier dépassé, l’armée et les services secrets (y compris étrangers) se mettent peu à peu de la partie et «conseillent» la police locale. Ils en viennent à déterminer approximativement où se trouvent les membres de ce réseau qui maintient la ville sous la menace des attentats.

Une nuit, sans crier gare, ayant acquis la conviction que le gros de la bande terroriste se trouvait dans un périmètre circonscrit — un ou deux pâtés de maisons, mais sans savoir exactement dans quelles maisons — les autorités déclenchent une attaque foudroyante, à l’arme lourde, avec des hélicoptères et des centaines de soldats: des tirs de missiles contre tout le secteur, pour démolir les maisons suspectes et éradiquer la menace.

Le résultat est épouvantable: des dizaines de morts, des centaines de blessés, y compris des innocents, femmes et enfants. Deux cents maisons détruites, un quartier ravagé. Mais l’opération a «réussi», puisque parmi les tués et les blessés figurent d’authentiques terroristes, plusieurs dizaines, qui — les documents saisis le montrent — s’apprêtaient à passer à la vitesse supérieure dans de futurs attentats.

Question à développement: la réplique des autorités était-elle, oui ou non, «proportionnée»? Justifiée?

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Outre le questionnement moral sur le caractère démesuré ou non de la riposte israélienne, avec son cortège de victimes civiles et de jeunes «cadets» du Hamas tués en masse, cette nouvelle guerre frontalière soulève des questions stratégiques et politiques.

Les autorités israéliennes pensent-elles vraiment pouvoir éradiquer la menace contre Sdérot et Ashkelon en tuant des centaines, voire des milliers, de personnes et en tirant sur le Hamas, toutes tendances confondues? N’ont-elles pas le souvenir de la campagne de l’été 2006 au Liban, au cours de laquelle le déploiement de l’extraordinaire puissance de feu d’Israël n’avait abouti qu’à un match nul avec le Hezbollah?

Se pourrait-il que l’offensive actuelle ne réanime, justement, ce front nord avec le Hezbollah, qui lui aussi dispose de lance-roquettes… même si ces armes ne sont rien en comparaison avec celles de l’État juif? On y verrait, pour la première fois, un mouvement chiite faire alliance avec un mouvement sunnite…

Et puis, l’Iran, parrain de ces deux mouvements, peut se féliciter de cette diversion, car Israël, au cours des dernières semaines, avait tenté de mettre la pression sur Téhéran en réactivant la campagne contre «l’imminence» (supposée) du danger nucléaire iranien. Aujourd’hui, le monde regarde ailleurs pendant que les actions d’Israël peuvent paradoxalement faire le jeu de Téhéran.

Dernière observation: aujourd’hui, des innocents palestiniens meurent, non seulement (et indirectement) parce que des extrémistes du Hamas ne veulent pas reconduire la trêve… mais aussi parce que des politiciens israéliens se trouvent en pleine campagne électorale et que c’est à celui — ou à celle — qui montrera les plus gros muscles.

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François Brousseau est chroniqueur d’information internationale à Radio-Canada. On peut l’entendre tous les jours à l’émission Désautels à la Première Chaîne radio et lire ses carnets dans http://www.radio-canada.ca/nouvelles/carnets.