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Boom-Chika-Boom décembre 10, 2008

Posted by jay2go in Élections Québec 2008, Politique canadienne.
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Décidément, il s’en passe des choses sur la scène politique en cette fin de 2008! Autant à Québec qu’à Ottawa, les rebondissements et autres dénouements spectaculaires ne manquent pas.

Du résultat des élections provinciales

Ça y est, Jean Charest vient d’écrire (une autre!) page d’histoire dans les annales de la politique québécoise. Après le prix «premier chef de gouvernement minoritaire depuis 1878», il remporte maintenant le prix «premier chef de gouvernement élu pour un troisième mandat consécutif depuis Maurice Duplessis en 1952». Si Jean Charest reste jusqu’à la fin, il aura été au pouvoir 10 ans. Depuis la Révolution tranquille, la durée de vie moyenne d’un gouvernement est de deux mandats. Lesage, Bourassa première mouture, Lévesque, Bourassa deuxième mouture, le PQ des Parizeau-Bouchard-Landry… tous sont restés en poste deux mandats consécutifs avant d’être foutu à la porte par l’électorat. Ceci étant dit, si M. Charest part avant la fin, il pourra le faire la tête haute, avec la satisfaction du devoir accompli. Les libéraux ont quatre ans devant devant eux pour faire mentir la loi de l’alternance politique, qui devrait favoriser le PQ lors du prochain scrutin, et convaincre les électeurs de les réélire pour un 4e mandat (un autre record duplessiste à battre ; M. Duplessis a été élu pour la dernière fois en 1956). Mais comme on l’a vu dans les derniers jours, 24h en politique, c’est long. Dans ces circonstances, spéculer sur un événement qui se produira dans quatre ans peut s’avérer périlleux. Je m’en tiendrai donc à ce qui précède.

En ce qui a trait au Parti québécois, une seule chose : voilà Mme Marois bien en selle jusqu’au prochain scrutin. Si elle s’y rendait, elle serait la première chef depuis Jacques Parizeau dont le PQ, alias le Parti-mangeur-de-chefs, n’aurait pas fait qu’une bouchée. Lévesque et Parizeau ont été sans contredit les chefs les plus influents du PQ. Le premier a créé le parti et adopté la proposition de soumettre la souveraineté à la population par voie référendaire ; le second a remis la souveraineté à l’avant-plan après les égarements péquistes sous Pierre-Marc Johnson, refusant même de gouverner la province après la défaite crève-coeur de 1995. Tous deux, et seulement eux, ont résisté à plus d’une élection à la tête du PQ. Mme Marois semble en voie de répéter cet exploit, et elle a de surcroît réussi à enlever l’épine référendaire du pied péquiste sans y laisser sa peau. Sera-t-elle reconnue plus tard comme une tête forte du PQ et évaluée selon les même standards réservés aux deux anciens chefs péquistes? Quoi qu’il en soit, Mme Marois a elle aussi écrit une page d’histoire hier. Quoi qu’il advienne.

L’ADQ maintenant. Si l’on accepte le fait que les élections de 2007 ne soient qu’un accident de parcours et que la subite montée de l’ADQ eût plus à voir avec la conjoncture (en pleine crise des accomodements raisonnables) qu’avec la substance du parti, voilà les choses revenues à la normale. Avec sept députés, l’ADQ revient à ce qu’elle a toujours été : un parti marginal. Heureusement pour la démocratie, elle n’a pas été rayée de la carte. Elle continuera de représenter le 16% d’électeurs qui lui est resté fidèle.Je veux bien croire que le départ de Mario Dumont infligera une profonde blessure à son ex-parti, mais de là à prédire que l’ADQ va finir au cimetière des partis politiques québécois dans un avenir rapproché, il y a une marge que je refuse de franchir. L’ADQ survivra. Il y a de la place pour ce parti au Québec, et aujourd’hui la droite québécoise se retrouve légèrement mise en sourdine. C’est une frange d’électeurs qu’on aurait tort de négliger. D’autant plus que, comme le faisait remarquer Marie Grégoire du Club des Ex, l’ADQ dispose encore d’un certain niveau d’organisation. Les ex-députés adéquistes pourront faire rayonner le parti en dehors du cercle auquel il était précédemment circonscrit.

Enfin, un mot sur l’élection d’Amir Khadir dans Mercier : sublime. Ce fut la cerise sur le sundae électoral. Un député c’est peu, ça ne change pas grand chose. c’est certain. D’autant plus que le droit de parole de M. Khadir à l’Assemblée nationale ne sera pas assez important pour changer durablement la dynamique du Parlement québécois. N’empêche. Québec solidaire est représentée à l’Assemblée nationale et c’est un beaume sur le taux de participation le plus anémique de l’histoire du Québec. Et il faut également noter que QS a été en bonne position dans Hochelaga-Maisonneuve et dans Gouin (le comté de la co-porte-parole de QS) en plus de faire mal assez mal au PQ dans Laurier-Dorion pour que le député libéral Gerry Sklavounos soit élu. À surveiller.

Des suites de la crise politique à Ottawa

C’est finalement hier, le lundi 8 décembre, que Stéphane Dion choisissait de démissionner. Sans tambour ni trompette, sous forme d’une simple conférence de presse. Il a répondu à l’appel de son caucus, qui réclamait son départ à hauts cris. John Manley est même intervenu directement pour réclamer publiquement sa démission dans une lettre au Globe & Mail parue samedi dernier. Dominic Leblanc s’est retiré de la course lundi (hier), et Bob Rae l’a fait aujourd’hui, pavant la voie au couronnement de Michael Ignatieff à la tête du PLC dès demain. Voyons s’il saura redresser la situation désespérée – et désespérante – des libéraux. Et s’il pourra offrir une opposition digne de ce nom à M. Harper. On aura l’occasion de l’entendre grogner et de le voir montrer les dents pendant un mois et demi. D’ici là, la perspective d’un scrutin général au printemps 2009 se fera plus présente. Faudra s’y faire…

Un mot en terminant à propos de Bob Rae. Son discours de retrait de la course à la direction du PLC fut flamboyant. Cet homme a fait preuve d’une verve extraordinaire. Pas de chichis, pas d’hésitations. Il a répondu franchement et directement aux questions, sans chercher à patiner, laissant échapper une blague ici, un sourire par là. Cet homme a définitivement une place dans un éventuel Cabinet Ignatieff. J’ai admiré la façon avec laquelle il a fait face à l’adversité, la maturité qu’il affichait lors de son point de presse, la sagesse de ses propos. Vraiment, j’ai été impressionné. J’espère de tout coeur qu’il saura se tailler une place de choix auprès du futur-nouveau chef libéral.

ADQ : chronique d’un effondrement annoncé novembre 27, 2008

Posted by jay2go in Élections Québec 2008, Politique québécoise.
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Si la tendance se maintient, le navire adéquiste frappera de plein fouet l’iceberg électoral québécois le 8 décembre prochain, emportant dans son sillage une bonne trentaine de ses 41 matelots.

Il faut dire que le ciment sur lequel l’ADQ a noué avec les Québécois – la crise identitaire et les accomodements raisonnables – était plutôt friable. Que Mario Dumont et ses députés adéquistes se rendent à l’abattoir la tête haute, je trouve cela noble. D’autant plus que Mario Dumont est l’artisan de son propre malheur ; il n’a que lui à blâmer pour l’effondrement annoncé de son parti. Mais de là à signer l’avis de décès de l’ADQ et de son chef, il y a une marge que je ne suis pas prêt à franchir.

Je m’explique.

Depuis que le débat constitutionnel a polarisé le Québec et monopolisé l’attention médiatique, la droite québécoise s’est vue privée de sa voix. On n’était ni de droite ni de gauche : on était souverainistes ou fédéralistes. La gauche avait cependant son véhicule politique, puisque le PQ est depuis toujours le berceau de la social-démocratie au Québec. Et la droite elle? Elle fut pendant longtemps la laissée-pour-compte politique de la province. Et qu’on ne vienne pas me dire que le terreau québécois n’est pas fertile pour les idées de droite, rien n’est plus faux. On tend à l’oublier, mais si ce n’était pas de la campagne de peur du Bloc québécois contre Stephen Harper (Harper = Bush, nos jeunes de 14 ans en prison, anéantissement de la culture québécoise, on s’en souviendra) et de l’entêtement idéologique des conservateurs, M. Harper gouvernerait majoritairement à Ottawa en ce moment en grande partie grâce au Québec. Et la montée de l’ADQ en 2007, bien qu’elle ne fût qu’un feu de paille, témoigne très bien du potentiel qu’ont les idées de droite au Québec. Comme je le disais, Mario Dumont a été en très grande partie l’artisan de la défaite qui attend l’ADQ au tournant de ces élections. S’il avait été plus sérieux, s’il s’était doté d’une équipe digne de ce nom, Mario Dumont serait en excellente posture aujourd’hui pour à tout le moins prétendre au poste de premier ministre.

Il y a sans contredit de la place pour l’ADQ au Québec. Il y a eu le Parti conservateur jusqu’en 1936 ; puis l’Union nationale jusqu’en 1989. Or depuis 1970, les Québécois n’ont plus jamais voté pour un parti de droite, et c’est ce que l’ADQ représente aujourd’hui. Sur le fond donc, les idées de droite ont bel et bien un espace viable sur la scène politique québécoise. Là où le bât blesse, c’est que l’ADQ n’est tout simplement pas, pour le moment, une alternative sérieuse et crédible. Un « one-man party » qui critique sans proposer de solution valable, un chef qui simplifie grossièrement les faits et la réalité et qui est passé maître dans la démagogie et le populisme, on le voit présentement, ça ne prend pas. Les électeurs veulent d’abord et avant tout avoir confiance en ceux qu’ils élisent, et l’ADQ inspire en ce moment tout sauf de la confiance. Après avoir persuadé la population qu’il s’était dangereusement approché du pouvoir, Mario Dumont a solidement entaché sa réputation de politicien crédible.

À mon avis, M. Dumont a tout intérêt à abandonner la politique, à s’exiler, à se faire oublier pour quelque temps. Robert Bourassa a été premier ministre pendant 6 ans, puis est parti à l’étranger 10 ans avant de revenir pour un autre 8 ans. Sans tomber dans l’historicité, je ne crois pas que les chances de M. Dumont d’être porté au pouvoir soient anéanties, malgré ses récents déboires. Il a tout intérêt à laisser les « vieux partis » se châmailler entre eux encore quelques années. On l’a vu, de toute façon, le PLQ et le PQ ne semblent pas portés sur la prise de ces décisions qui sont difficiles, peu payantes électoralement mais qui s’imposent néanmoins. Les réformes nécessaires se feront criantes dans le futur, et alors le terrain québécois sera à nouveau fertile pour un parti de droite comme l’ADQ. À condition toutefois que M. Dumont apprenne de ses erreurs et qu’il se mue en un politicien on ne peut plus sérieux et crédible. J’y crois fermement : un jour, Mario Dumont reprendra les rênes de l’ADQ et sera porté au pouvoir. On aurait tort d’enterrer le « p’tit gars d’Rivière-du-Loup ».

D’ici là, qu’il se fasse donc oublier quelque temps. Qu’il laisse libéraux et péquistes se couler mutuellement. Qu’il abandonne l’ADQ à son sort : si un chef peut prendre la relève, tant mieux, sinon il la retrouvera dans l’état où il l’aura laissée – vivotant entre la vie et la mort dans une Assemblée nationale hostile, ou encore pratiquement éradiquée de la carte. Parce qu’avec 12% d’intentions de vote et un mode de scrutin comme le nôtre, on ne fait pas de miracles. Loin s’en faut.

Mme Marois et la Santé : ça va faire! novembre 24, 2008

Posted by jay2go in Élections Québec 2008.
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S’il y a une chose qui m’horripile de la campagne des libéraux, c’est la bassesse des attaques de Jean Charest à l’encontre de Pauline Marois.

Non mais attendez, il la blâme encore pour les ratés du système de santé! Après 6 ans au pouvoir, c’est encore la faute au PQ… pauvre Jean Charest. Il n’a pas hérité d’une situation facile, une chance qu’on a portés les libéraux au pouvoir! Hum. Décevant. Si après toutes ces années Jean Charest n’a pu réparer les erreurs de Mme Marois, eh bien! peut-être devrait-il laisser sa place? Un aveu d’échec, c’est humiliant, mais enfin, c’est pas la fin du monde… De deux choses l’une : ou bien il avoue qu’il n’a pas su livrer la marchandise, ou bien il avoue que Mme Marois n’est pas responsable de TOUS les problèmes actuels, mais qu’il arrête, comme elle le disait elle-même lors de son passage à Tout le monde en parle, de s’essuyer les pieds sur elle! Ç’en est indécent, et c’est me prendre, moi et mes concitoyens, pour des valises – et je déteste!

Parce que dans la situation financière du Québec des années 1990 – le pays sortait d’une récession, il y avait un énorme déficit budgétaire, Jean Chrétien à Ottawa réduisait les transferts fédéraux et la cote de crédit du Québec était menacée d’être abaissée – même Jean Charest aurait sabré dans les budgets en santé et aurait envoyé des infirmières et des médecins à la retraite! Et de toute façon, les infirmières qu’on a jadis remerciées, elles auraient 70 ans aujourd’hui… alors quoi, en dépit des nouvelles infirmières fraîchement formées depuis 10 ans ET des augmentations budgétaires allouées à la santé, on n’a pu corriger le tir? Force est d’admettre que Mme Marois est loin d’être l’unique et entière responsable des aléas du système de santé, comme se plaît à le marteler Jean Charest sur la place publique…

Et de toute façon, je ne crois pas que Mme Marois doive regretter quoi que ce soit. Il fallait faire ce qu’il fallait, et n’importe quel gouvernement au pouvoir à l’époque aurait pris des décisions impopulaires. Qu’aurait fait Jean Charest pour remédier à la situation, lui?

Plus la campagne passe, plus j’ai envie de donner (Ô hérésie…) mon vote au PQ. Pas seulement pour protester contre les attaques sales des libéraux, mais également parce que j’ai foi en Mme Marois. Avec l’expérience dont elle jouit, je crois qu’elle s’acquitterait très bien de son poste de Première ministre. Comme je le disais, si M. Charest n’a pas su réparer les « erreurs » du PQ, qu’il laisse sa place! Et la seule alternative possible, crédible et souhaitable, c’est le PQ. De toute façon, au point où on en est, c’est presque comme si c’était Mme Marois qui avait été élue en 2003 et qui devait défendre son bilan…

Qui sait, peut-être me boucherai-je le nez le 8 décembre, peut-être que j’oublierai que le Parti québécois est un parti souverainiste quand je cocherai le nom du candidat péquiste de Laurier-Dorion – ma circonscription, vous l’aurez compris… À ce propos, je ne suis même pas certain qu’il y ait un candidat déjà! En tout cas, il n’y a que des affiches de Pauline Marois dans mon coin. Ça en dit long sur les possibilités de victoire du PQ (une victoire péquiste? je n’y crois pas du tout). Mais bon, si elle peut au moins ravir son siège de Chef de l’Opposition à Mario Dumont, ce qui ne sera pas bien difficile à faire j’ai l’impression, j’aurai amplement gagné mes élections! Que la tendance se maintienne… ou pas 🙂

7 millions d’Ouzbeks? novembre 18, 2008

Posted by jay2go in Élections Québec 2008, Politique canadienne, Politique québécoise.
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carte-ouzbekistan

Je n’en peux plus d’entendre certains hurluberlus chialer qu’ils ne veulent pas d’élections et ensuite se justifier de ne pas aller voter parce qu’ils n’en voulaient pas…

D’abord, mettons quelque chose au clair : ce ne sont pas les pays autoritaires et non-démocratiques qui manquent, on s’entend là-dessus?! Ceux qui ne veulent plus d’élections, qu’ils déménagent en Ouzbékistan, en Libye ou bien en Birmanie, tiens! Ou en Syrie ou en Arabie Saoudite! Au Yémen peut-être? En Azerbaïdjan? Ils ont l’embarras du choix. Ou encore des élections truquées, c’est peut-être ça qu’il nous faudrait, puisque la plupart des gens semblent de toute façon croire que les élections sont arrangées d’avance.

Ces mêmes gens qui se sont évertués toute l’année 2007 à sortir dans les auditions de la Commission Bouchard-Taylor pour dire aux immigrants « si vous n’êtes pas contents, retournez-donc chez vous »… Eh bien voilà, chers amigos, je vous le renvoie en pleine face : si vous n’êtes pas contents, câl***ez donc votre camp ailleurs. Pas compliqué, pourtant. Laissez la démocratie à ceux qui savent l’apprécier, puisque de toute façon vous en êtes la pire menace. Car ce ne sont pas les élections à répétition qui sont une menace à la démocratie, ce sont les faibles taux de participation. Et s’il y a un argument qui m’horripile, c’est bien celui du pauvre petit pou qui boude parce qu’il ne voulait pas d’élections. Ugh! Au secours, réveillez-moi quelqu’un… et ce sont ces mêmes gens qui ensuite vont passer les quatre prochaines années à pester contre un gouvernement qu’ils auront de toute façon contribué à élire en n’allant pas voter? Qui ne dit mot consent, pas vrai? Du moins en démocratie. Non vraiment, je n’en peux tout simplement plus de cette déresponsabilisation de masse. Les taux de participation atteignent des bas niveaux records, et certaines personnes sont quand même fières de ne pas aller voter. Et ce n’est pas leur faute, c’est celle des politiciens qui déclenchent les campagnes électorales! Et pour quelles raisons ces personnes n’iraient-elles pas voter?

1) Oui, les libéraux ont été opportunistes en déclenchant cette campagne électorale. So what? De un, c’est le propre de la politique que d’être opportuniste : on cherche une fenêtre d’opportunité et on la saisit, sans plus de chichis! Ne me dîtes pas que vous n’aviez pas encore compris? De deux, quoi, est-ce moins révoltant quand le parti au pouvoir ne contrôle pas l’agenda? Une élection printannière où les sondages auraient été favorables à l’un des deux partis d’opposition aurait-elle été moins opportuniste? Poser la question, c’est y répondre. Et de trois, de toute façon, imaginons un instant que l’état catastrophique des finances publiques oblige le gouvernement à adopter des mesures impopulaires – augmenter les impôts, pourquoi pas? Serait-il plus responsable d’être défait sur cette question par un parti d’opposition ayant le vent dans les voiles, alors que la situation financière du gouvernement serait en crise? La légèreté de l’argument des libéraux – il faut un mandat fort en temps de crise –  n’enlève rien à sa véracité…

2) Oui, c’est la troisième élection en 2008, en comptant la campagne américaine. So what? D’abord, parlons-en, de la campagne américaine! Serions-nous devenus des citoyens américains? Ah bon, parce qu’il me semble que la campagne américaine, on n’y a pas voté, alors comment peut-on l’évoquer lorsqu’on parle de la campagne québécoise comme d’une campagne de trop? Oui, c’est vrai, il y a eu la fédérale. Cela dit, pourquoi M. Harper, qui a en passant violé sa propre loi sur les élections à date fixe, a suscité moins de grogne (j’y reviendrai plus tard, sur cet accroc à la loi) que M. Charest? D’autres évoqueront la pâleur de nos candidats au poste de premier ministre en comparaison avec le charisme de Barack Obama. Là-dessus, je comprends la déception, mais bon, il faut bien revenir sur Terre : nous ne sommes PAS Américains. S’il fallait attendre un Barack Obama québécois pour aller voter, on pourrait attendre encore longtemps. Alors rien ne sert de rêver, le retour à la réalité n’en sera que plus dur. Et pourquoi l’électeur n’en profiterait-il pas pour voir d’un autre oeil les politiciens québécois? Ils n’ont pas tous des défauts quand même…

La vérité, c’est qu’il n’y a jamais de raison assez bonne aux yeux des électeurs qui justifie une élection. D’ailleurs ne nous l’a-t-on pas assez répété : 70% des Québécois n’en voulaient pas d’élections… Pouahah, non, c’est pas sérieux… 70% ? Parce qu’il y a déjà eu plus que, disons pour être généreux, 30% de Québécois qui eussent jamais voulu d’une élection, de toute façon? Ben non, les Québécois n’en veulent pas, d’élections… les Québécois n’en veulent JAMAIS, d’élections! Jean Charest l’a dit, une élection, c’est comme un rendez-vous chez le dentiste. Avez-vous déjà vu un sondage où la majorité des sondés voulaient une élection? Surement pas plus qu’un sondage où la majorité des gens voulaient subir un traitement de canal ou une extraction de leurs dents de sagesse! Même après des mandats de 15 ans et avec Ronald McDonald comme premier ministre, nous n’en voudrions pas, d’élections… Trop d’efforts pour s’informer, pour prêter une oreille attentive à la campagne. Trop d’efforts pour sortir et aller voter. Un rapide coup d’oeil et hop! on décide que cette élection n’en vaut pas la peine. Une chance que les politiciens ne s’arrêtent pas toujours aux sondages lorsqu’ils gouvernent et doivent prendre des décisions parce qu’en ce moment, on serait en train de passer la Loi sur le beau temps, pour interdire la neige en hiver, tiens.

Se peut-il que l’on prenne notre système politique légèrement pour acquis? Non, nous ne sommes pas près de nous le faire enlever… un coup d’État au Québec? L’idée a de quoi faire sourire (nous ne sommes après tout que des « ti zamis », dixit Pierre Falardeau). Mais néanmoins, peut-être nous insurgerions-nous un peu moins contre la tenue d’élections si on en était privé pendant un certain temps… je dis ça comme ça. À ce qu’il paraît, le meilleur moyen d’apprécier quelque chose est de le perdre. Et si, donc, tant qu’à faire sécession du Canada, on s’annexait à l’Ouzbékistan quelques années? Histoire de voir comment ça fonctionne, un pays sans élections régulières. Sept millions d’Ouzbeks de plus, n’est-ce pas là un projet excitant? Partons à la découvert de l’autoritarisme! Peut-être qu’à notre retour, nous envisagerons la société différemment. Nous en aurions bien besoin car de plus en plus, c’est la culture du droit que l’on voit à l’œuvre, avec l’aberrant « j’ai le droit qu’on me fiche la paix » que de plus en plus de gens semblent revendiquer et qui remporte la palme en cet automne 2008. Les gens veulent la paix, ils n’en peuvent plus de ces élections.

Peut-être qu’à force d’avoir des droits et des privilèges, on devient des citoyens ingrats? C’est facile chialer, quand on mange à sa faim et qu’on a un toit pour dormir. On a tellement de droits que nous ne savons même plus quoi en faire. Maintenant attention, j’adore la Charte des droits et libertés de la personne, je trouve qu’elle nous a donné l’un des pays les plus progressistes sur la planète. Sans ironie. Bon nombre de pays gagneraient à s’en inspirer. Mais ce n’est pas non plus un gage de la santé d’une société. À preuve, est-ce que cela nous empêche de laisser pourrir nos immigrants dans des ghettos, faute d’emplois à leur offrir? Non. Est-ce que cela nous fait apprécier le régime politique dans lequel nous vivons? Non. Est-ce que cela conscientise davantage le citoyen à la vie en société? Non. La Charte des droits n’éduque malheureusement pas le citoyen, elle ne fait que l’endormir dans son petit confort. Et cette culture du droit, dont nous sommes imprégnés, ne fait que cautionner un certain individualisme égoïste dont nous faisons déjà énormément preuve.

Sérieusement, à quand une Charte des devoirs et des responsabilités de la personne? Peut-être que cela formerait des citoyens un peu plus « politiques », et j’entends par là « qui s’impliquent dans la vie en société ». Des citoyens plus respectueux de leur régime politique, plus consciencieux quoi. Ne serait-ce que pour aller voter sans chialer, en remerciant le ciel d’habiter le pays le plus ennuyant au monde…

***

P.S.: Au sujet de l’accroc à la Loi sur les élections à date fixe fait par M. Harper, qui a décidé de demander la dissolution de la Chambre des Communes un an avant son échéance en octobre 2009 :

1) Attendu que M. Dion a parcouru le Canada tout l’été en disant sentir un appétit de la part des Canadiens pour une élection automnale (sous-entendu : le gouvernement pourrait être défait à l’automne).

2) Attendu que MM. Layton et Harper n’ont eu de cesse de clamer qu’ils déferaient le gouvernement dès la première occasion à la rentrée parlementaire.

3) Attendu que la rentrée parlementaire allait s’effectuer – pour rien semble-t-il – le 15 septembre

4) Attendu que des élections partielles allaient être tenues dans trois comtés le 21 septembre…

Y a-t-il eu accroc à la loi? Certainement. Mais il aurait été tout aussi certainement amusant d’entendre les partis d’opposition se déchaîner contre le gouvernement (je les entends d’ici…) qui aurait agi de façon irresponsable en gaspillant doublement les fonds publics, c’est-à-dire à la fois en laissant les élections partielles avoir lieu et en convoquant le Parlement pour quelques jours uniquement, alors qu’il savait de toute évidence qu’il serait renversé (on aurait même pu l’accuser d’avoir manqué de flair!)

Avec M. Harper, comme avec M. Charest, le gouvernement a pris le contrôle de l’agenda politique : il a refusé d’être à la merci du bon vouloir – tout aussi partisan – des partis d’opposition. Les électeurs semblent avoir du mal à digérer et à accepter ce principe. On dirait qu’ils préfèrent un bon vieux renversement de gouvernement à une banale dissolution volontaire. Il est vrai que dissoudre soi-même la chambre est un peu moins spectaculaire, mais c’est de l’hypocrisie que de prétendre être offusqué d’un déclenchement soi-disant partisan et d’une même voix reconnaître que le gouvernement n’aurait pas survécu à l’opposition dans un délai relativement très court. Il faut quand même être cohérent!

Aux urnes! (Notes sur la 39e élection générale québécoise) novembre 16, 2008

Posted by jay2go in Élections Québec 2008.
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Si la tendance se maintient, le Québec va élire un gouvernement libéral majoritaire le 8 décembre. Et si la tendance se maintient toujours, l’ADQ risque de se retrouver confinée au poulailler, au fin fond de l’Assemblée nationale.

Personnellement, après avoir vu Mario Dumont à l’oeuvre depuis mars 2007, je ne peux que me réjouir que le Québec puisse enfin corriger son erreur de propulser l’ADQ dans l’antichambre du pouvoir. Après avoir voulu renverser le gouvernement sur un budget qu’il n’avait même pas encore vu (s’opposer parce qu’on est l’opposition et qu’il faut s’opposer), après avoir voulu renverser le gouvernement sur la question du faible taux de participation des citoyens aux élections scolaires, après avoir multiplié les critiques contre le gouvernement sans présenter d’alternative valable, en multipliant les attaques incendiaires non fondées (comme si les sapins de Noël étaient tous retirés des écoles!) et empreintes de démagogie, Mario Dumont a prouvé qu’il était tout sauf prêt à devenir premier ministre.

Par contre, il faut avouer que la compétition qu’a livrée l’ADQ au PLQ et au PQ a eu un effet énormément bénéfique sur la vie politique québécoise, en cassant la polarisation souverainistes/fédéralistes qui régnait depuis 40 ans. Mais avec le retrait de l’article 1 de la plateforme du PQ (la tenue d’un référendum sur la souveraineté dès le premier mandat d’un gouvernement péquiste), il n’est pas certain que cette polarisation reprendra de plus belle, du moins pas pour le moment. L’ADQ peut donc retourner faire ses devoirs le temps d’un mandat majoritaire, j’ai la conscience tranquille : le bon vieux débat gauche/droite auquel on a goûté depuis 2007 pour la première fois depuis l’avènement de la Révolution tranquille pourra continuer d’être.

La décision de M. Charest de foncer dès maintenant pour en découdre avec ses adversaires est digne de Machiavel. D’une part, l’ADQ est en déroute et même deux de ses députés ont fait défection vers les libéraux il y a deux semaines. Rien ne va plus pour le parti de Mario Dumont. D’autre part, le retrait de la clause référendaire de la plateforme péquiste a semé la discorde au sein des troupes, dressant les orthodoxes (les purs et durs) contre les nationalistes (les souverainistes mous). Comme on dit, diviser pour mieux régner… Même si les libéraux n’en sont nullement responsables, devant la faiblesse chronique des deux partis d’opposition, Jean Charest ne pouvait faire autrement que de déclencher ces élections tant honnies, d’autant plus que l’opposition se serait vraisemblablement liguée contre le gouvernement lors du vote sur le budget du printemps prochain. C’est d’ailleurs assez comique d’entendre M. Dumont et Mme Marois s’insurger contre l’opportunisme de M. Charest et son mauvais timing, puisque Mme Marois (et M. Parizeau) ont parlé du printemps comme d’un moment propice. Comme si nous n’allions plus être en récession au printemps! Mieux valait y aller maintenant donc. D’ailleurs, Jean Charest semble sur la voie de gagner son pari : la grogne des électeurs à propos de la campagne électorale semble s’être complètement dissipée. Cynisme, quand tu nous tiens…

Se réveillera-t-on le 9 décembre au matin avec un gouvernement majoritaire? Il est permis d’y croire. Il est permis de rêver qu’ENFIN, nous aurons la paix au moins pour les quatre prochaines années (du moins du côté provincial). Parce qu’avec six campagnes électorales en six ans, franchement, on peut dire que l’élastique a été passablement étiré!