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« Un coup d’État tranquille » novembre 30, 2008

Posted by jay2go in Chroniques externes, Politique canadienne.
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Chronique de Vincent Marissal publiée dans La Presse le 30 novembre 2008.

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Il s’est passé quelque chose d’exceptionnel, hier à Ottawa: Stephen Harper a reculé. Il est revenu sur sa décision d’abolir les subventions aux partis politiques.

Malgré tout, ce ne sera vraisemblablement pas suffisant pour permettre au gouvernement Harper de sauver sa peau parce que, depuis deux jours, il s’est passé quelque chose d’encore plus rare à Ottawa: les libéraux et les néo-démocrates, grisés par la perspective de prendre le pouvoir, parlent maintenant d’une coalition rouge-orange.

Les Anglais ont une expression parfaite pour décrire l’état d’esprit des libéraux et du NPD: They smell blood. Ils savent que leur adversaire est blessé, qu’il saigne, et, comme des requins, ils préparent l’attaque fatale.

Le vote crucial aux Communes ne doit avoir lieu que dans huit jours, mais hier après-midi, à Ottawa, peu de gens croyaient que Stephen Harper pourrait s’en sortir devant une opposition plus décidée que jamais à le renverser.

Même si les conservateurs reculent sur le financement des partis. Et même s’ils bonifient leur plan économique pour répondre à quelques demandes de l’opposition. Celle-ci en rajoutera, trop heureuse d’avoir trouvé une faille dans l’armure de Stephen Harper.

Voici comment un député libéral ontarien a résumé la situation hier après-midi dans un courriel: «Stephen Harper et Jim Flaherty ont perdu trop de crédibilité. Nous ne pouvons plus croire maintenant ce qu’ils disent, rien de ce qu’ils peuvent dire ou faire cette semaine ne changera la question fondamentale de leur crédibilité et de leurs motivations.»

L’enthousiasme des libéraux à la perspective de reprendre le pouvoir par une sorte de coup d’État tranquille enrage les conservateurs, évidemment. L’empressement suspect des néo-démocrates à accaparer la plus grosse part du gâteau ne fera qu’aggraver leur humeur.

Cela dit, c’est leur chef qui a semé les graines de la révolte.

Voici un premier ministre qui a renié sa propre loi sur les élections à date fixe, sous prétexte qu’il avait besoin d’un nouveau mandat pour affronter la crise économique.

Une fois réélu, il arrive avec de désagréables surprises, comme la fin des subventions aux partis politiques et la suppression du droit de grève dans la fonction publique, mais à peu près rien pour… l’économie.

Si M. Harper voulait lancer de telles réformes, pourquoi n’en a-t-il pas glissé un seul mot dans la récente campagne? Poser la question, c’est y répondre.

Stephen Harper croyait pouvoir enfoncer ces politiques dans la gorge d’une opposition désunie et épuisée. Il semble toutefois que son radar politique, cette fois, l’ait conduit vers un mur.

À en juger par les nombreux courriels de lecteurs, la perspective d’un gouvernement de coalition paraît viable, et même souhaitable (n’importe quoi sauf des élections!), mais ce scénario inédit soulève tout de même quelques questions.

Par exemple:

– Quelles sont les options et la marge de manoeuvre de la gouverneure générale?

La convention veut que le titulaire de ce poste symbolique acquiesce aux demandes du premier ministre.

Si le gouvernement est renversé, donc, la gouverneure générale devrait accepter de dissoudre le Parlement, ce qui entraînerait de nouvelles élections.

Elle pourrait toutefois juger que l’intérêt des Canadiens serait mieux servi par la formation d’un gouvernement de coalition. Mesure exceptionnelle, certes, mais nous sommes dans une situation exceptionnelle. S’il devait, de nouveau, y avoir des élections, ce serait la troisième fois en trois ans. Et le deuxième scrutin en trois mois.

Le contexte économique – les politiciens et Stephen Harper surtout nous l’ont assez répété – doit être pris en considération en politique. Cela vaut aussi pour la gouverneure générale, qui doit évaluer les risques que poseraient d’autres élections pour la stabilité de l’économie canadienne.

La prédécesseure de Michaëlle Jean, Adrienne Clarkson, a d’ailleurs écrit dans ses mémoires que, si le gouvernement minoritaire de Paul Martin était tombé, en septembre 2004, trois mois seulement après son élection, elle aurait demandé à l’opposition menée par Stephen Harper de former un gouvernement de coalition.

Stephen Harper lui-même avait milité en faveur d’un tel scénario, en 2004, dans une lettre adressée à Mme Clarkson et cosignée par Gilles Duceppe et Jack Layton.

– Qui sera le premier ministre?

M. Harper parle de Stéphane Dion, mais les libéraux, eux, ne sont pas chauds à cette idée. Un mouvement organisé dans le caucus libéral avance plutôt l’idée de remplacer Stéphane Dion par Michael Ignatieff.

– Quel rôle pour le Bloc (et pendant combien de temps)?

Le dilemme auquel fait face le Bloc est le suivant: jusqu’où un parti souverainiste peut-il aller pour faire fonctionner le gouvernement canadien? Dans un scénario de coalition, le Bloc est coincé: ou il devient l’allié d’un gouvernement rouge-orange ou il le fait tomber avec… les conservateurs.

À force de contorsions, le Bloc est devenu un serpent qui se mord la queue. Maintenant, le serpent risque de s’avaler lui-même.

– Peut-on envisager une alliance formelle et durable des partis de centre gauche?

La question a commencé à émerger durant la dernière campagne. Elle revient aujourd’hui comme un boomerang. Contre une droite unie, la gauche (centre gauche, soit le PLC et le NPD) doit-elle se souder en incluant les verts, qui ont récolté près d’un million de votes en octobre? Si oui, comment?

Pour finir, trois autres questions, en vrac:

– Quelle sera la réaction de la riche Alberta?

– Harper peut-il rester après un tel déshonneur?

– Le gouvernement de coalition se soumettrait-il à la loi sur les élections à date fixe?

La Chambre des communes est devenue, cette semaine, le plus grand laboratoire vivant de sciences politiques au Canada.

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Big Three : la suite novembre 26, 2008

Posted by jay2go in Économie et crise financière, Chroniques externes.
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Une autre chronique de Van de Walle, intitulée « Le Big Three et les coffres de l’État? » et qui reflète bien ce que je pense de GM & cie.

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General Motors fête cette année son centenaire. Mais ce qui fut pendant l’essentiel du dernier siècle le fleuron du secteur manufacturier américain est maintenant à l’agonie.

Depuis 2005, GM a perdu 70 milliards de dollars. Seulement depuis le début de l’année, ses pertes totalisent 14 G$. La compagnie brûle actuellement son « cash » au rythme d’environ 2 G$ par mois.

Celui qui préside ce désastre, le PDG Rick Wagoner, a dit que les liquidités fondaient à une vitesse telle qu’il n’y aurait plus assez d’argent à la fin de l’année pour faire rouler l’entreprise.

Il a profité de la situation pour faire du chantage et réclamer une aide urgente de Washington, invoquant le soutien de 700 G$ que l’administration Bush a mis en place pour sauver le secteur financier et bancaire.

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General Motors a commencé sa cure d’amaigrissement. Quelque 120 000 personnes ont été licenciées au cours des huit dernières années. De nombreuses usines ont été fermées, comme celle de Boisbriand au Québec. Malgré tout, le premier constructeur automobile américain demeure une grosse affaire. La multinationale emploie encore 250 000 personnes à travers le monde.

Et c’est sans parler des centaines de milliers d’emplois indirects qu’on retrouve chez ses sous-traitants, ses fournisseurs de pièces, ses concessionnaires, ses publicitaires, etc.

Avec les deux autres, Ford et Chrysler, on estime qu’environ trois millions d’emplois aux États-Unis seraient en péril dans l’industrie automobile.

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On ne s’étonne donc pas qu’en début de semaine, le président désigné Barack Obama ait demandé à celui qui est encore en exercice, George W. Bush, de faire adopter un plan de sauvetage de l’industrie automobile. Non seulement M. Obama est-il bien davantage sensible que l’autre aux répercussions du problème sur la vie de millions de familles ouvrières, mais encore un grand nombre d’usines sont situées dans des États, notamment le Michigan, représentés par des démocrates.

Washington a déjà offert 25 G$ en prêts en septembre. Les constructeurs réclament 50 G$ de plus.

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Si personne ne conteste l’urgence de la situation, la question est de savoir si l’État doit venir ou non à la rescousse de trois canards boiteux.

La crise financière et économique a accru les déboires des constructeurs américains (les ventes de GM ont chuté de 45 % en octobre). Mais ceux-ci sont les artisans de leurs malheurs. En misant sur les gros « trucks », les véhicules utilitaires sport 4×4 et des autos toujours énergivores, ils ont creusé leur propre tombe. Pendant que GM s’entêtait à construire des Hummer, Toyota misait sur ses petits véhicules, développait des hybrides et offrait des produits de qualité bien supérieure. Fabriqués eux aussi dans des usines aux États-Unis.

Brancher GM, Ford et Chrysler sur les coffres de l’État (donc des contribuables qui sont aussi des travailleurs) ne ferait que pelleter le problème en avant. Car dans six mois, un an, ils reviendront à la charge pour avoir plus d’aide.D’ailleurs, entre le sauvetage avec l’argent du peuple et la fermeture, il y a cette chose qui s’appelle le Chapitre 11 de la loi américaine sur les faillites. Elle permet aux entreprises de se placer sous la protection des tribunaux pendant qu’elles se réorganisent. Les compagnies aériennes y ont eu abondamment recours après les attentats de septembre 2001.

GM et les autres constructeurs doivent changer radicalement s’ils veulent répondre aux besoins actuels du marché. Dans ce processus, il est possible que certaines des usines fermées soient rachetées par des concurrents asiatiques ou européens. Les ventes d’autos reprendront, et beaucoup de travailleurs trouveront du boulot ailleurs.

Le désastre annoncé par Rick Wagoner ne sert qu’à faire monter les pressions politiques. S’il était de bonne foi, il pourrait commencer par remettre une partie des 14,4 M$ en compensations diverses obtenues en 2007. Ça sauverait déjà plusieurs dizaines d’emplois.

« Vers la déflation? » novembre 26, 2008

Posted by jay2go in Économie et crise financière, Chroniques externes.
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Chronique publiée par M. Michel Van de Walle le 21 novembre dernier dans le Journal de Montréal.

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Le grand débat chez les économistes, ce n’est plus de savoir si on se dirige ou pas vers une récession. L’affaire est classée : le Japon y est, des pays européens y sont aussi, les États-Unis sont probablement dedans jusqu’aux oreilles et le Canada pourrait aussi y passer.

Maintenant, le débat consiste à savoir si l’accélération de la débandade économique va nous conduire vers une période de déflation. La déflation, c’est l’inverse de l’inflation : une période où les prix, au lieu d’augmenter, se mettent à baisser.

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Les données publiées mercredi aux États-Unis sur l’indice des prix à la consommation ont ravivé les craintes de plusieurs. L’indice global a chuté de 1 % en octobre. C’est le pire recul mensuel en 61 ans !

La chute des prix du pétrole est en grande partie responsable. Les prix dans le secteur du transport ont décliné de 5,4 %, une baisse significative due surtout au recul de 13,9 % des prix de l’essence. Les prix des véhicules neufs et usagés ont reculé de 0,7 %. Les prix des vêtements, un autre poste de dépenses important des consommateurs, ont baissé de 1 %.

Au total, il y a encore de l’inflation aux États-Unis. La variation annuelle était à 3,7 % en octobre. Mais c’est beaucoup moins que les 4,9 % du mois précédent. Et lorsqu’on retire les éléments plus volatils que sont l’énergie et l’alimentation, l’inflation fondamentale a ralenti de 2,5 % à 2,2 %.

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Pourquoi s’inquiéter, alors ?

Parce que la tendance lourde est à la désinflation des prix et que cela pourrait se transformer en déflation.

La différence est énorme.

En période de ralentissement, il est normal que l’inflation diminue. La demande pour les biens et services s’essouffle et les entreprises ont plus de difficultés à faire passer des hausses de prix.

Mais pour que l’économie continue de rouler, il faut qu’il y ait un minimum d’inflation. Ce n’est pas pour rien que la Banque du Canada, par exemple, a pour cible une inflation de 2 %. Cela permet d’assurer la croissance.

Or, qu’arrive-t-il actuellement ?

Non seulement les prix du pétrole et des métaux chutent à vue d’oeil, mais ceux des maisons aux États-Unis s’effondrent. Les ventes au détail diminuent et à l’approche des fêtes, les commerçants ont déjà commencé à baisser leurs prix. Les écrans plasma coûtent moins cher, etc.

La crise aux États-Unis provoque déjà des mises à pied et il y aura de moins en moins de gens pour consommer. Les profits des entreprises chutent et certaines vont carrément fermer. C’est ce qu’anticipe la forte correction actuelle des marchés boursiers.

Cela pourrait conduire, comme ce fut le cas au Japon dans les années 1990, à une longue période de déflation. L’économie s’enfonce car les gens reportent leurs achats, présumant que demain, les prix seront encore plus bas. Il s’agit là d’une spirale infernale de laquelle il est très difficile de s’extirper.

Pour relancer l’économie, les banques centrales abaissent les taux qui tombent à zéro, ou presque. Le problème, c’est qu’aux États-Unis, on y est presque, avec un taux directeur à seulement 1 %.

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La seule façon, pour les gouvernements, de relancer l’économie, c’est d’imprimer de l’argent, d’investir massivement dans des projets d’infrastructures et de hausser les prestations sociales pour aider les chômeurs à survivre et pour maintenir les dépenses de consommation.

Nos voisins américains n’en sont pas là. Il s’agit d’un scénario pour lequel les probabilités sont faibles, selon les économistes. Au Japon, le gouvernement a tardé à agir, ce qui a prolongé la crise. Ici, on a été plus vite sur la gâchette, ce qui laisse espérer qu’on évitera le pire.

Mais qui, il y a six mois, aurait dit que le baril de pétrole se vendrait aujourd’hui moins de 50 $US, que les trois grands de l’auto seraient sur le bord de la faillite, que Washington nationaliserait des banques et des assureurs et que les indices boursiers de la planète auraient reculé de plus de 40 % ?

« Faisons payer les riches! » novembre 18, 2008

Posted by jay2go in Brassage d'idées, Chroniques externes.
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Je ne porte pas Richard Martineau dans mon coeur. Je déteste le chroniqueur politique ; je le trouve très populiste et démagogue. Mais la chronique qui suit (publiée dans le Journal de Montréal, eh oui que voulez-vous, c’est ma journée de lecture des chroniqueurs du JdM!) a le mérite de proposer quelque idée. Disons que ça fait différent du « consensus québécois » auxquels nos élites nous ont habitués et avec lequel ils nous endorment un peu plus chaque jour….

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Vendredi, sur mon blogue, je me demandais pourquoi les frais de CPE étaient de sept dollars par jour par enfant, indépendamment du revenu annuel des parents.

Vous gagnez 30 000 $ par année ? Vous payez sept dollars. Vous gagnez 150 000 $ ? Vous payez sept dollars.

«Ça n’a pas beaucoup de sens, écrivais-je. Concrètement, ça veut dire qu’on subventionne les riches…»

PAYER DEUX FOIS

Ma question a fait bondir les internautes. «Contrairement à ce que vous dites, les riches déboursent plus d’argent que les pauvres pour profiter des services de l’État pour la simple et bonne raison qu’ils paient plus d’impôts», m’a-t-on dit.

«Augmenter les frais pour les riches revient à les faire payer deux fois. La fiscalité est déjà ajustée pour leur faire cracher le morceau…», m’a écrit Stéphane Lessard.

«Celui qui gagne 150 000 $ par an paie 50 000 $ d’impôts alors que celui qui a un revenu annuel de 30 000 $ en paie environ 6 000 $. La différence de 43 000 $ sert en partie à financer le système de CPE…», m’a lancé Raymond Morneau.

D’accord.

Mais si au lieu de faire payer les riches par le biais des impôts, on leur demandait tout simplement de payer plus cher les services qu’ils utilisent ?

Vous ne trouvez pas que ça serait plus équitable ?

DES TARIFS DIFFÉRENCIÉS

Ne riez pas, je ne suis pas tout seul à penser ça.

Dans Pour une gauche efficace, l’essai qu’il vient de publier chez Boréal, Jean-François Lisée affirme la même chose.

L’État a besoin d’argent pour répondre aux besoins croissants de la population, écrit-il. Au lieu d’augmenter les impôts (une stratégie qui encourage nos diplômés et nos entrepreneurs à lever les feutres et à s’installer dans des pays où le fardeau fiscal est moins lourd), pourquoi ne met-on pas sur pied une tarification différenciée ?

Lisée a vécu plusieurs années à Paris. Là-bas, écrit-il, quand vous inscrivez votre enfant à l’école, vous devez présenter votre feuille d’impôts de l’année précédente.

Pourquoi ? Parce que les coûts des repas varient en fonction des revenus des parents. Vous êtes pauvres ? Les repas de votre enfant sont gratuits. Vous êtes riches ? Vous payez le coût réel.

«Il y avait cinq niveaux, écrit Jean-François Lisée. Et les parents ne faisaient aucune difficulté pour montrer leurs documents.»

CONTRAVENTIONS ASYMÉTRIQUES

On pourrait faire la même chose avec les permis de conduire, les services de garde, les frais d’hospitalisation, les contraventions, les amendes…

«Vous devez verser 100 $ pour un excès de vitesse, écrit Lisée. Si vous touchez le salaire minimum, il vous faudra 12 heures et demie de travail pour payer. Si vous êtes parmi les 100 grands chefs d’entreprise canadiens, cette somme vous privera de moins de deux minutes de votre travail. Pourquoi l’amende ne serait pas l’équivalent d’une demi-journée de revenu, tout simplement ?»

Selon le ministère québécois des Finances, un dollar perçu en tarification a moins d’impact négatif sur la croissance que le même dollar perçu en impôt sur le revenu.

Bref, c’est mieux de demander aux riches de sortir plus d’argent chaque fois qu’ils utilisent un service de l’État que de hausser leurs impôts !

Pourquoi aucun politicien n’ose discuter sérieusement de cette idée ?

ÇA, ça serait original !

« La fin des libéraux? » novembre 18, 2008

Posted by jay2go in Chroniques externes, Politique canadienne.
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Voici l’article complet de Daniel Lessard du 10 novembre dernier dont je faisais mention dans un article précédent. Il est disponible sur le site de Radio-Canada. Bonne méditation!

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La fin approche-t-elle pour les libéraux fédéraux? Le parti des Wilfrid Laurier, Lester B. Pearson et Pierre-Elliott Trudeau disparaîtra-t-il?

Ces questions peuvent sembler incongrues, sûrement prématurées. Les libéraux de souche pensent qu’un bon chef et un programme renouvelé suffiront à renverser la tendance. Les libéraux plus réalistes vous diront qu’il faudra beaucoup plus de temps et d’idées pour relancer le parti.

Un parti démoralisé

Depuis trois élections, le pourcentage des suffrages obtenus par les libéraux est à la baisse. Les conservateurs ont envahi les forteresses libérales. Ils ont fait des percées intéressantes auprès des femmes et des groupes ethniques. Ils sont aux portes des grandes villes.

Sous Stephen Harper, les bleus ont complètement déclassé les rouges au chapitre du recrutement des membres et du financement. Inspiré par ses cousins américains et australiens, le parti conservateur est devenu un parti ultramoderne, qu’il s’agisse d’organisation, de communication ou de stratégie électorale. En comparaison, les libéraux sont encore à l’époque du bouche à oreille. Il faudra des années pour moderniser le parti.

Dans ce contexte difficile, le parti libéral peut-il rebondir? Comme il l’a fait après Diefenbaker, après les deux minorités de Lester B. Pearson, après les défaites cinglantes de John Turner aux mains de Brian Mulroney.

Depuis les victoires faciles de Jean Chrétien, qui profitait d’une opposition divisée, depuis le déchirement profond entre les clans Martin et Chrétien, le parti est démoralisé, atrophié. La grosse machine libérale est en panne. Le parti n’a plus de gouvernail. Plus de Keith Davey, de Marc Lalonde ni d’Alan McEachern qui veillaient sur tout.

Plusieurs libéraux pensent que le parti dormait lors du dernier congrès à la direction, qui a ouvert la porte à Stéphane Dion, grâce à l’aide d’un néophyte, Gérard Kennedy.

D’immenses défis

Les défis du parti sont énormes: choisir le bon chef, l’aider à bâtir un parti moderne et, surtout, lui donner un programme attirant. Le bon chef? Y a-t-il un Barack Obama dans la salle?

Ils sont nombreux à penser que Michael Ignatieff est celui qui s’en rapproche le plus. Tout aussi nombreux à aimer l’expérience et la sagesse acquises de haute lutte par Bob Rae. Et ceux qui croient que l’heure est venue d’ouvrir les portes à la nouvelle génération, celle des Dominique Leblanc, des Martha Hall-Findlay ou des Martin Cauchon.

Un parti moderne? Un parti qui mettra toutes ses vieilleries à la poubelle, qui apprendra comment fonctionne Internet et qui repensera complètement ses techniques de financement et de recrutement.

Un parti qui se redonnera des assises solides au Québec et qui ira cogner aux portes des circonscriptions, où il est absent depuis si longtemps. Ne pas oublier que depuis la Confédération, le parti libéral s’est maintenu au pouvoir grâce au Québec, aux grandes villes et aux catholiques.

Un programme attirant. En occupant le centre, sans hésiter à pousser des pointes à droite ou à gauche, quand c’est nécessaire. Avec Stéphane Dion, le parti s’est trouvé trop à gauche, dans le camp du NPD, des verts et du Bloc au Québec.

Des libéraux pensent que le parti doit revenir au centre et éviter des campagnes axées sur une seule idée de gauche, comme le Tournant vert. Revenir au centre pour ne pas laisser tant d’espace à Stephen Harper. Et ne pas lui donner raison quand il dit que les Canadiens sont de plus en plus conservateurs, dans tous les sens du mot… à moins qu’ils soient de moins en moins libéraux…

« Président Bush, pourquoi est-ce que vous ne la fermez pas? » novembre 16, 2008

Posted by jay2go in Chroniques externes, Russie et ex-républiques.
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Extrait d’un article publié dans le journal russe Pravda (Правда) le 12 août dernier, en pleine crise russo-géorgienne. Très anti-Bush, mais n’empêche, certaines critiques formulées à l’égard de Bush s’avèrent quand même fondées… (je n’ai pas pu résisté, j’ai mis mon passage préféré en gras pour attirer l’attention du lecteur)

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Président Bush: Dans votre déclaration de lundi sur les légitimes actions de la Fédération de Russie en Géorgie, vous avez «oublié» encore une fois de mentionner les crimes de guerre commis par les forces militaires géorgiennes, appuyées par des conseillers américains, contre des civils russes et ossètes.

Président Bush, pourquoi est-ce que vous ne la fermez pas? Votre fidèle allié, Mikhail Saakachvili, proclamait le cessez-le-feu tandis que ses troupes, ainsi que vos conseillers, se massaient à la frontière ossète, attaquaient Tskhinvali à la faveur de la nuit et la détruisaient, visant les structures civiles comme le font vos forces en Irak.

Président Bush, pourquoi est-ce que vous ne la fermez pas? Vos avions de transport américains ont ramené en Georgie des milliers de soldats géorgiens directement d’Irak dans la zone de combats.

Président Bush, pourquoi est-ce que vous ne la fermez pas? Comment expliquez-vous le fait qu’hier, parmi les soldats géorgiens fuyant les combats, on pouvait clairement entendre des officiers disant: «Get back inside» (retournez!) en anglo-américain et comment expliquez-vous le fait qu’on parle d’Américains figurant parmi les soldats géorgiens blessés ?

Président Bush, pourquoi est-ce que vous ne la fermez pas? Pensez-vous vraiment que quelqu’un accorde encore la moindre importance à vos déclarations après huit ans de votre régime politique criminel et meurtrier? Croyez-vous vraiment que vous puissiez avoir un droit moral sur tout et imaginez-vous vraiment qu’il y a un seul être humain quelque part sur cette planète qui ne vous fasse pas un bras d’honneur chaque fois que vous apparaissez sur un écran de télévision?

Croyez-vous vraiment avoir le droit de donner un avis ou un conseil après Abu Ghraib, après Guantanamo, après le massacre de centaines de milliers de citoyens irakiens, après les tortures pratiquées par les agents secrets de la C.I.A.? Croyez-vous vraiment que vous ayez le droit de faire une déclaration sur un point quelconque du droit international après vos accusations mensongères contre l’Irak puis son invasion criminelle?

Président Bush, pourquoi est-ce que vous ne la fermez pas? Supposons que la Russie déclare, par exemple, que la Géorgie possède des armes de destruction massive? Et qu’elle sait où elles sont, c’est-à-dire à Tbilissi et à Poti et tout autour? Et qu’on en est sûr grâce aux services de renseignements étrangers et à des photos satellites d’usines de lait en poudre et de céréales pour bébés produisant des armes chimiques que l’on transporte par camions à travers le pays? Supposons que la Russie déclare par exemple que « Saakachvili menace le monde » et qu’il est temps de changer de régime.

C’est simple, n’est-ce pas, Président Bush?

Alors, pourquoi est-ce que vous ne la fermez pas? Et à propos, envoyez encore d’autres conseillers militaires en Georgie, ils font un travail bien rémunéré. Et ils ont un aspect amusant dans nos instruments de vision nocturne: ils sont tout verts!