jump to navigation

Démocratie, vraiment? août 13, 2011

Posted by jay2go in Uncategorized.
trackback

S’il y a une chose que je ne supporte plus, c’est la vitesse à laquelle nos élites médiatiques et politiques érigent la démocratie (NOTRE démocratie) en norme transcendante, en vertu absolue. Ça, et l’étape suivante qui l’accompagne généralement : le sentiment d’être moralement supérieur à toute autre nation sur la planète (et son corollaire : le droit auto-arrogé de donner des leçons de constitutionnalisme).

Qu’est-ce qu’on s’est sentis FIERS quand le printemps arabe a éclaté! Après tout, n’était-ce pas là, un peu, «notre» victoire? Victoire de nos normes sur les leurs. De la liberté contre l’oppression. De la démocratie contre la dictature. Enfin, le peuple arabe se réveillait! Enfin, la civilisation la plus politiquement arriérée de la planète émergeait de la noirceur autocratique et se mettait à l’heure des normes moralement supérieures de l’Occident! On ne l’a peut-être pas dit aussi crûment à voix haute, politically correctness oblige, mais qu’est-ce qu’on l’a pensé. Oh oui, qu’est-ce qu’on l’a pensé.

Mais quelle hypocrisie! À moins que ce ne soit que de l’imbécillité, purement et simplement? Tous ces vaniteux de la démocratie ne se rendent-ils pas compte à quel point le fonctionnement de notre système politique et l’idéal-type du régime démocratique diffèrent honteusement l’un de l’autre?

Oui, nous avons des droits et des libertés constitutionnellement bétonnés, contrairement à une bonne partie des peuples de ce monde. Mais le «pouvoir du peuple», vraiment? Bon, on a le droit de voter, c’est-à-dire de choisir nos dirigeants. Et tous les quatre ans, on a la possibilité de changer pacifiquement le gouvernement, ce qui est l’équivalent d’une révolution politique là-bas.

Mais ça s’arrête là.

Comme là-bas, le seul but d’un chef de gouvernement est de se maintenir au pouvoir. Et comme là-bas, tout, absolument tout, est permis pour atteindre ce but. La fin justifie les moyens.

Ainsi, tout comme eux, nos gouvernements ont le loisir de maintenir le public dans le secret, de les désinformer, de leur mentir, de leur cacher la vérité. Tout comme eux, la classe dirigeante voit à ses intérêts à elle bien avant de se soucier des nôtres ou du Bien Supérieur de la Nation (théoriquement le but de tout gouvernement dans un régime démocratique). Tout comme eux, nous sommes soumis à de vastes campagnes de propagande relayées et appuyées par nos médias, à la différence près que les nôtre sont «indépendants» de l’État.

La vérité, c’est que notre démocratie se porte très mal. D’année en année, le cynisme de la population augmente de pair avec ses désillusions. Tout comme les citoyens arabes à la toute veille du printemps arabe, les citoyens sentent que le système les a abandonnés.

Qu’est-ce qu’on voit quand on regarde notre système politique, en 2011? On voit un gouvernement qui trempe dans un vaste réseau de corruption et de collusion parasité par la mafia et qui rit au nez de la population en refusant de faire la lumière là-dessus. On voit un gouvernement qui abuse depuis des années de son pouvoir en exerçant un contrôle absolu sur le parlement qui ferait se retourner dans sa tombe Montesquieu lui-même, père du principe de la séparation des pouvoirs censé constituer le fondement de nos systèmes démocratiques modernes. On voit un gouvernement dépassé par des évènements qu’il a lui-même provoqués en ne se souciant que de son propre maintien au pouvoir au détriment du bien-être et de la sécurité de la population sur laquelle il a été mandaté pour veiller.

Et je ne parle pas ici que du gouvernement au pouvoir actuellement. Je parle du gouvernement au sens large, tous partis confondus. Car dans les faits, ce sont les partis politiques qui ont perverti le parlementarisme. Ce sont eux qui ont permis la rationalisation du parlementarisme et donné  naissance à la ligne de parti, une mesure antiparlementaire en soi. Ce sont les intérêts du parti qui prévalent et qui sont favorisés par le gouvernement au pouvoir. Quand on demande à un chef de gouvernement d’abdiquer, la plupart du temps, ce n’est pas pour sauvegarder les intérêts de la nation, c’est pour ne pas qu’il nuise aux intérêts du parti. Alors a-t-on besoin de plus de partis politiques? Certainement pas!

Retour vers le futur

Je suis un passionné d’histoire et de constitutionnalisme. Dans mes temps libres, je lis tout ce que peux trouver sur l’histoire du Canada et du Québec, en particulier ce qui se rapporte à la période qui s’étend de la Conquête à la Confédération. Et je suis sidéré de voir à quel point le fonctionnement de notre régime ressemble à celui qui a été mis en place avec l’Acte constitutionnel de 1791 et qui a, entre autres choses, conduit tout droit aux Rébellions de 1837-1838.

Pour les non-initiés, l’Acte constitutionnel est la troisième constitution du Canada après la Proclamation royale et l’Acte de Québec. Suite à l’immigration de nombreux Loyalistes qui ont fui la Révolution américaine, le gouvernement britannique a dû diviser la Province de Québec en deux districts : le Haut-Canada, majoritairement anglais, et le Bas-Canada, majoritairement français. Et pour éviter que ne se produise une seconde révolution au sein de ses colonies nord-américaines, la Couronne britannique a accepté d’octroyer une Chambre d’Assemblée au Canada, sans toutefois lui donner de pouvoirs. Dans les faits, le Gouverneur et ses conseillers étaient totalement autonomes vis-à-vis l’Assemblée.

Au Bas-Canada, population majoritairement francophone oblige, l’Assemblée s’est rapidement trouvée dominée par la petite bourgeoisie française, alors que les marchands anglophones, marginalisés au sein de l’Assemblée, ont trouvé refuge auprès du Gouverneur et de ses conseillers.

Comment se caractérisait la situation politique à l’époque? Le Gouverneur n’était absolument pas tenu d’obéir aux recommandations de l’Assemblée. Il avait le pouvoir de la dissoudre comme bon lui semblait, dans l’espoir que de nouvelles élections lui donneraient une majorité favorable. Le Gouverneur était libre d’utiliser les deniers publics comme bon lui semblait, et il adoptait des mesures presque systématiquement favorables aux intérêts économiques (à l’époque presque exclusivement détenus par les bourgeois anglophones). L’Assemblée n’avait aucun pouvoir sur la nomination des conseillers, et elle ne pouvait que fantasmer sur le pouvoir de les destituer.

Comment se caractérise la situation aujourd’hui? Le premier ministre peut passer outre aux demandes de l’opposition en Chambre sans problème. Avec la ligne de parti, il vote les budgets qu’il veut et dépense l’argent des contribuables comme bon lui semble. En outre, il peut dissoudre la Chambre et provoquer de nouvelles élections à sa guise, la plupart du temps dans l’espoir d’obtenir une majorité qui lui soit favorable. Il nomme qui il veut au Conseil des ministres, et ceux-ci ne peuvent être destitués que sur ordre du premier ministre. Quant aux décisions, nul besoin de chercher loin pour démontrer que celles-ci sont, la plupart du temps, prises en fonction des différents lobbys et presque toujours favorables aux intérêts économiques au détriment des intérêts sociaux. (Vous voulez un exemple? Pensez au projet de loi supposé mettre le Péladôme de Québec à l’abri de toute contestation judiciaire future. C’est un exemple flagrant de favoritisme en faveur des intérêts financiers et économiques au détriment de la population et des intérêts locaux de la société).

Voilà l’état de notre belle démocratie en 2011 : lamentable. Je dirais même plus : c’est une utilisation abusive du concept de démocratie que de s’y référer pour décrire notre régime politique. Car il y a très longtemps que nous ne vivons plus dans un système démocratique. Alors quand on nous vante les vertus de NOTRE démocratie, personnellement, je hurle à la fraude intellectuelle.

Publicités

Commentaires»

No comments yet — be the first.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :