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Israël : prélude à une guerre ouverte? juin 1, 2010

Posted by jay2go in Moyen-Orient.
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L’État d’Israël n’a, pour ainsi dire, jamais véritablement connu la paix.

Son indépendance a été proclamée dans la guerre, au terme de saisies de territoires et de déplacements de populations, avec l’aval plus ou moins tacite d’une communauté internationale encore en train de s’auto-flageller pour les horreurs de la Shoah. Par la suite, de guerres de frontières en migrations palestiniennes, les contours du conflit israélo-palestinien qui fait encore rage aujourd’hui commencent à émerger de plus en plus distinctement.

Un État pacifique, Israël? Les circonstances ne l’ont malheureusement pas voulu ainsi.

Entouré de puissances hostiles, Israël a plaidé dès le départ la légitimité de ses actions au nom de son droit d’existence, et de fait, la volonté maintes fois affichée des États arabes avoisinants de l’anéantir ont donné du poids et ajouté une bonne dose de véracité à ses arguments. Si on poussait une telle logique jusqu’au bout, il fallait donc qu’Israël se dote de tous les moyens nécessaires pour assurer sa survie. C’est peut-être pour cela d’ailleurs que l’on a toléré qu’il se dote de l’arme nucléaire au mépris du droit international (Israël n’a jamais ratifié le Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires). Je ne sais pas, je suppose.

Le problème, c’est qu’aujourd’hui, plus de 60 ans après sa naissance, Israël n’est plus la pauvre petite victime qui doit tout mettre en œuvre pour se protéger. Le mythe de David contre Goliath avait peut-être une forte résonnance à l’époque mais aujourd’hui, il ne tient plus la route. David s’est transformé en Goliath mais semble refuser de le constater. Et pour cause : c’est dans cette représentation, cette dichotomie de puissance, qu’Israël a plaidé la justification de ses actes pour la majeure partie de son histoire. Trouver une autre source de légitimation est une tâche qui relève, disons, d’un autre niveau. En effet, une fois que l’on a évacué le mythe de cette menace intrinsèque, comment justifier le siège de Gaza? Comment justifier des actes comme ceux de dimanche dernier? De toute façon, il faudrait une bonne dose de subtilité à Israël pour réorienter sa rhétorique de défense et de toute évidence, on n’en est pas encore rendus là.

Le mythe défensif ne tient donc plus la route. Israël est aujourd’hui la puissance militaire la plus imposante du Moyen-Orient, et écrase de loin ses adversaires les plus près. Même un Iran nucléaire ne saurait en rien faire compétition aux forces militaires conventionnelles dont dispose l’État hébreu, sans oublier la frappe de retour qui accompagnerait nécessairement une attaque nucléaire iranienne (Téhéran serait incapable de détruire toutes les installations nucléaires israéliennes en une seule frappe et s’exposerait donc à une frappe de retour de la part d’Israël probablement beaucoup plus destructrice). La bombe nucléaire, c’est impressionnant, mais sa capacité de destruction est telle que son efficacité réelle demeure non pas dans son emploi en tant que tel mais dans la peur de son utilisation. Si votre adversaire croit que vous l’utiliserez à la première occasion, il sera beaucoup plus docile…

Le plus intéressant dans l’« incident » de dimanche dernier au large des côtes israéliennes, ce sont les répercussions qu’il aura sur toute la région. Le conflit israélo-palestinien est, en effet, LE conflit qui structure la région arabo-musulmane. À peu près tout ce qui s’y passe trouve sa source, à un degré ou à un autre, dans ce conflit.

Comme première répercussion, notons que les relations entre la Turquie et Israël sont au point mort. Déjà que le premier ministre turc n’avait pas aimé la façon dont Israël avait conduit ses opérations lors du conflit contre Gaza en décembre 2009 (il s’était emporté publiquement contre le président israélien au forum de Davos), aujourd’hui il vient d’annoncer le retrait de l’ambassadeur turc à Tel-Aviv. Traduction : il rompt les relations diplomatiques. La Turquie, membre de l’OTAN, était jusqu’à présent l’un des rares alliés d’Israël au sein de la région. Plus maintenant.

Je ne sais pas si le temps donnera raison à Israël ou non mais une chose est sûre : ce dernier est aujourd’hui beaucoup plus isolé sur la scène internationale qu’il ne l’était il y a trois jours. Mais bon, Benyamin Netanyahu peut toujours compter sur le soutien indéfectible… d’Ottawa, cette fois-ci. (Après quatre ans, je ne comprend toujours pas la ligne directrice de la politique étrangère de notre premier ministre Harper. Mais ça, c’est un autre débat…)

Mon analyse

D’une part, le premier ministre d’Israël, Benyamin Netanyahu, est on ne peut plus conscient de la fragilité de la position diplomatique de son pays sur la scène internationale. Les distances qu’a prises l’administration Obama et ses « gestes d’ouverture » envers le monde musulman ont fait prendre conscience au gouvernement en poste à Tel-Aviv de la précarité de leur position diplomatique, laquelle a été exacerbée par les indignations de la communauté internationale lors du conflit à Gaza de décembre 2009.

D’autre part, les dirigeants israéliens s’attendent à une guerre ouverte contre le Liban, la Syrie, voire même l’Iran, dans les prochains mois. Le Hezbollah, qui contrôle toute la partie sud du Liban, est désormais armé jusqu’aux dents (les armes proviendraient de la Russie et de l’Iran). C’est donc toute la frontière nord d’Israël qui vit sous une menace potentielle. La Syrie a récemment (depuis le conflit contre Gaza) intensifié sa rhétorique anti-Israël et la menace de représailles militaires de plus en plus ouvertement. Téhéran, de son côté, a récemment annoncé que dans le cas où le Liban serait attaqué par Israël, il ne resterait pas les bras croisés. Lire : intervention militaire probable. Pour ajouter au tableau, l’Iran serait, selon les experts internationaux, sur le point de finalement acquérir la bombe nucléaire : au plus tôt à l’été, au plus tard l’an prochain. À tort ou à raison (les menaces ne sont tout de même que des mots, et words are cheap comme on dit), Israël craint un Iran nucléaire et se disait même, il y a quelques mois, prête à considérer une action militaire unilatérale préventive pour empêcher Téhéran de devenir une puissance nucléaire.

C’est là, à mon avis, le principal motif de l’action a priori irrationnelle d’Israël de dimanche dernier. Sentant le temps lui manquer et sentant l’appui américain, jadis indéfectible, lui faire de plus en plus défaut, se pourrait-il que le principal motif d’Israël soit de provoquer la communauté arabe dans le but de déclencher la guerre ouverte qu’elle appréhende? À défaut d’une guerre préventive, qui présente les meilleures chances de succès mais qui pourraient isoler davantage Israël sur la scène internationale (puisque ce serait lui l’agresseur), se pourrait-il que le gouvernement israélien tente d’exacerber les tensions dans la région pour conduire, par exemple, le Hezbollah à déclencher les hostilités par soutien envers les Palestiniens? Si l’on se fie aux discours récemment prononcés par les différents protagonistes, une attaque du Hezbollah contre Israël conduirait automatiquement l’Iran à entrer en guerre… seule opportunité pour Israël de frapper militairement Téhéran et ainsi l’empêcher de mettre à terme son projet de se doter de la bombe nucléaire.

Israël est coincé. Le temps joue en faveur de ses ennemis. Peut-être souhaite-t-il simplement accélérer les choses afin de profiter d’une fenêtre d’opportunité? Sachant que la guerre est de toute façon très probable, pourquoi attendre que le Hezbollah augmente encore ses capacités militaires, que le Hamas se réorganise et coordonne peut-être ses activités avec les autres protagonistes (ouvrant ainsi une guerre sur deux fronts, voire trois fronts avec l’entrée en guerre probable de la Syrie) et que l’Iran se dote de la bombe nucléaire? Les choses pourraient alors très mal tourner pour Israël.

Sans l’appui américain, dans une guerre sur trois fronts face à un Iran nucléarisé… si un tel scénario devait se produire, Goliath ferait face à un adversaire de taille.

Le temps nous dira si les actions d’Israël de dimanche dernier étaient brillamment stratégiques… ou incroyablement stupides.

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Commentaires»

1. gros nuages - juin 1, 2010

Les guerres sont inutiles, si la communication est mauvaise.
Et vraiment la communication d’Israël est très mauvaise.
Israël s’excuse constamment et ce n’est pas bon.
Faire du trop soft dans la communication, c’est digne, peut-être, mais cela n’émeut personne.
Mais qu’Israël fasse bien ou mal (tous les juifs pareil, d’ailleurs) la critique et la condamnation est là. Je vous assure que lorsqu’Israël se défend, il y a un peu plus de respect….


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