jump to navigation

L’échec de Gilles Taillon octobre 29, 2009

Posted by jay2go in Politique québécoise.
Tags: , , , , , , , ,
add a comment

La fenêtre d’opportunité dont dispose un chef récemment élu pour faire en sorte de prévenir les divisions internes au sein de son parti n’est pas énormément longue. Hier, Gilles Taillon a fermé la porte… en prenant bien soin de laisser Éric Caire à l’extérieur.

Je me questionne sur le jugement de M. Taillon. Après tout, il n’a pas été élu avec 1 000 voix de majorité mais bien une seule… si le canular d’Omar Bongo est vrai. Sans compter que c’était M. Caire qui a rallié le plus d’appuis au « premier tour », c’est-à-dire qui était le plus populaire des premiers choix des militants qui ont voté. Alors quand je vois M. Taillon refuser de nommer M. Caire au poste de chef parlementaire et invoqué comme raison qu’il est « le seul à avoir été élu avec une majorité », bizarrement, j’ai envie de lui passer un petit coup de fil… histoire de lui remettre les pendules à l’heure.

M. Taillon aurait pu choisir de limiter les possibilités de dissensions internes. Il ne l’a pas fait : il a préféré laisser Éric Caire dans l’ombre. Il aurait pu tenter de reconstruire l’ADQ, et par ADQ j’entends le parti qui représente la droite au Québec. Il ne l’a pas fait : il préfère se rapprocher davantage du centre que de la droite.

Je n’ai jamais cru qu’il soit bon pour l’ADQ que des militants insatisfaits de l’élection de M. Taillon ne fassent défection. Mais à voir l’insouciance avec laquelle M. Taillon agit, je me sens de plus en plus repoussé par ce parti.

Alors quand j’entends une rumeur voulant que peut-être des partisans d’Éric Caire et de Christian Lévesque voudraient créer un nouveau parti, je tends l’oreille. Ne serait-ce que pour fantasmer un peu avant de me rallier inévitablement au seul mouvement de droite pouvant faire opposition au modèle québécois promu par nos deux vieux partis. Et quand je regarde ce qui se passe du côté de l’Alberta avec la Wildrose Alliance, j’ai envie de pleurer. Et d’émigrer en Alberta…

Éric Caire, chef du parti de l’Alliance de la Rose Sauvage? Pourquoi pas rêver.  Entre ça et le Parti taillonniste du Québec… le choix n’est pas compliqué.

Publicités

Qui a peur de Tony Accurso? octobre 25, 2009

Posted by jay2go in Politique québécoise.
Tags: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,
add a comment

Tony Accurso

À en juger par les dernières péripéties de la campagne électorale municipale, l’homme le plus puissant à Montréal n’est pas le maire sortant, Gérald Tremblay, mais bien… Tony Accurso!

M. Accurso, entrepreneur notoire à Montréal, est célèbre pour son luxueux yacht qui n’a d’égal que  la quantité d’hommes politiques qui y ont séjournés pour ensuite octroyer aux compagnies de M. Accurso  de gros contrats avec la Ville. Et pas toujours faits dans les règles : rappelez-vous le scandale des compteurs d’eau, vieux d’à peine quelques semaines…

Les dernières allégations de Benoît Labonté, ex-numéro deux de Louise Harel, en ce sens sont pour le moins inquiétantes. On sait désormais que le maire est corrompu – enfin, qu’il fait du financement pas très catholique suivi de retours d’ascenseur tout aussi douteux – mais on ne sait juste pas à quel point.

Ce qui me dégoute le plus, c’est qu’à cause de l’ineptie de sa rivale, il sera probablement réélu. Une chance pour lui que la course entre dans sa dernière semaine ; autrement, il aurait bien pu perdre du terrain face à Richard Bergeron, troisième candidat en lice et le seul qui apparaît motivé à faire de la politique par d’autres moyens.

Que savons-nous exactement des pratiques douteuses qui ont court à Montréal, et certainement pas uniquement à Montréal? Des firmes – d’avocats, d’ingénierie – prennent en charge l’élection d’un candidat. Ils contribuent fortement à la caisse électorale du parti et, une fois le candidat élu, attendent le retour d’ascenseur. C’est ce qu’on appelle du financement sectoriel, dans le jargon. Gérald Tremblay et d’autres avant lui y font appel ; Benoît Labonté lui-même y a goûté lors de sa course à la chefferie de Vision Montréal en 2008  ; Louise Harel le ferait également dans le cadre de la présente campagne. De nombreuses personnes – dont un ancien candidat à la mairie contre Pierre Bourque dont j’oublie le nom – auraient tenté de dénoncer, en vain, le processus auprès du DGE.

Mais que se passe-t-il donc à Montréal? La mafia gère-t-elle la ville?

Et ne comptez pas trop sur «papa Charest», notre cher premier ministre aux deux mains sur le volant, pour utiliser les grands moyens : il ne faudait surtout pas «nuire aux enquêtes policières». Ça, c’est l’argument poisseux du ministre de la Sécurité publique, Jacques Dupuis. Comme si l’un empêchait l’autre! Non, décidément, plus je regarde les libéraux agir et plus j’ai des soupçons. Se peut-il que les allégations de Benoît Labonté et Sylvie Roy, ex-leader par intérim de l’ADQ, à l’effet que trois ministres du gouvernement libéral de Jean Charest (David Whissell, ministre duTravail, Julie Boulet,  ministre des Transports, Norman MacMillan, ministre délégué aux Transports) aient séjournés sur le yacht de Tony Accurso, soient fondées?

Sinon, pourquoi refuser une enquête publique? Parce qu’en ce moment, la maison brûle, et que propose le premier ministre du Québec, Jean Charest? Vérifier si le détecteur de fumée fonctionne… Tout le monde s’entend là-dessus : l’escouade spéciale (l’opération Marteau de Jacques Dupuis) mise sur pied ne touchera pas aux liens entre entrepreneurs et politiciens et ne fera certainement pas la lumière sur cette affaire. Les libéraux ont-ils peur d’être éclaboussés? Il faut dire que la dernière commission d’enquête du genre remonte aux années 1970 et avait passablement éclaboussé le gouvernement libéral de Robert Bourassa. Qu’ont à se reprocher les libéraux?

C’est cliché de le dire, mais en politique, lorsqu’il est question d’éthique, les apparences comptent énormément et quiconque ne lave pas plus blanc que blanc peut être soupçonné, à juste titre, d’avoir quelque chose à cacher. Le refus des libéraux de jouer franc jeu dans ce dossier soulève énormément de questions, dont la plus fondamentale : Jean Charest a-t-il peur de Tony Accurso?

Soit dit en passant

Quand bien même que le Cabinet au grand complet déchirerait sa chemise pour exiger la démission de Sylvie Roy après ses récentes insinuations sur les trois ministres libéraux qui auraient fréquenté Tony Accurso, ils ne peuvent rien contre elle. L’immunité parlementaire est un principe élémentaire maintes fois avalisé par la Cour suprême et plus ancien que la démocratie à proprement parler. Que les libéraux arrêtent de se la jouer dramatique, ils ont uniquement l’air de vouloir faire diversion de l’eau bouillante dans laquelle ils semblent baigner.

L’héritage de Jean Chrétien octobre 13, 2009

Posted by jay2go in Politique canadienne.
Tags: , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,
add a comment

Décidément, Jean Chrétien ne se doutait certainement pas, lorsqu’il a quitté le pouvoir en 2003, que son héritage politique allait conduire ses successeurs à la tête du PLC tout droit en enfer et qu’il faciliterait du même coup l’accès au pouvoir aux conservateurs.

Mais on ne peut le blâmer : les jeux de coulisses entre les progressistes-conservateurs et les réformistes-alliancistes qui se tramaient durant les derniers mois au pouvoir  de Jean Chrétien sont passés totalement sous le radar de son flair légendaire. En effet, les cartes du jeu ont été rebrassées immédiatement après son départ et ce qui était bon pour les libéraux à l’époque où le mouvement conservateur était en pleine guerre civile l’est un peu moins  maintenant que la droite a été réunifiée. Ce qui a fait la fortune (ou plutôt, les majorités) de Jean Chrétien a mené les libéraux de Paul Martin, Stéphane Dion (et Michael Ignatieff?) vers une longue traversée du désert sur les banquettes de l’opposition.

Le plus dramatique dans cette histoire (du moins pour les libéraux), c’est que  la donne est en train de changer complètement et  pas nécessairement en faveur du parti libéral. Les conservateurs vont bientôt laisser leur marque sur les institutions politiques canadiennes et si les libéraux ne se reprennent pas rapidement en main, ils seront contraints de regarder le train passer. Exit, le «parti naturel de gouvernement», place aux conservateurs!

Natural Governing Party

Un brin alarmiste, vous dites? Pas tant que ça!

De 1896 à 1996, les Conservateurs ont occupé le pouvoir durant seulement 31 ans. La cause? Un Québec indéfectiblement libéral, ce qui assurait aux rouges un avantage d’une cinquantaine de sièges en moyenne sur leurs adversaires conservateurs. Pour accéder plus facilement au pouvoir, les conservateurs ont cru bon pencher un peu plus vers la gauche et dorloter davantage le Québec, ce qui était relativement facile avec le vide créé par le rapatriement de la constitution et la désaffection dont souffraient les libéraux. Mauvaise stratégie, qui a fait perdre aux conservateurs leur appui dans les provinces de l’Ouest. Et voilà : le Parti réformiste était né, et durant 10 ans ils ont livré une bataille sans merci au parti progressiste-conservateur.

Tout ça pour dire qu’à l’époque de Jean Chrétien, les forces de droite étaient davantage occupées à mettre leur composante sœur en échec qu’à livrer une vraie bataille aux libéraux. Or aujourd’hui ce n’est plus le cas, et l’avantage Rouge a été complètement décimé. Aujourd’hui, les Québécois appuient massivement non pas le parti libéral mais bien le Bloc québécois. Les conservateurs n’ayant jamais bénéficié de cet avantage québécois, cela ne change rien pour eux, mais les libéraux, eux, se retrouvent privés des 50 sièges que leur assuraient jadis la Belle Province.

Dans l’Ouest, les libéraux ne sont tellement plus compétitifs que dans la majorité des circonscriptions, la bataille se joue à deux entre le NPD et les conservateurs. Aujourd’hui, les libéraux peuvent prétendre à un maximum de 20 sièges à l’ouest de l’Ontario sur les 92 que compte la région. Les conservateurs? Environ 70. Voilà pour l’avantage Bleu.

Les conservateurs et les institutions

En ce qui a trait aux institutions, comme je le mentionnais, les conservateurs sont sur le point de se conférer un avantage stratégique majeur.

D’une part, le Sénat a perdu sa majorité libérale mardi dernier, lorsque la sénatrice Joan Cook a tiré sa révérence. Le 29 novembre 2010, lorsque le sénateur Peter A. Stollery prendra à son tour sa retraite, les conservateurs seront plus nombreux que les libéraux et les indépendants réunis (un Sénat conservateur minoritaire, si on peut dire), pour finalement obtenir leur majorité sénatoriale le 13 mai 2011. Si les conservateurs se maintiennent en poste jusque-là, donc, la Chambre haute leur sera acquise.

Mais l’élément le plus fondamental dans le changement des institutions, c’est à la Chambre des Communes qu’il se produira, avec le projet du gouvernement d’augmenter à 342 le nombre de sièges à la Chambre basse. Ces 34 sièges supplémentaires seront ajoutés en Ontario, en Alberta et en Colombie-Britannique. Rien de spécial là, sauf qu’il s’agit de circonscriptions rurales, disons, plus favorables aux conservateurs qu’aux libéraux. Ou du moins, le genre de circonscriptions où la lutte se fera à deux entre le NPD et le PCC, plutôt que d’éventuels fiefs libéraux comme dans les régions métropolitaines de Vancouver et Toronto.

L’héritage Chrétien

Et Jean Chrétien dans tout ça?

Il est en partie responsable de la situation actuelle. Comment? C’est lui qui a modifié les règles du financement électoral de manière à favoriser le Bloc québécois. Simple, disait-il. Tant que le Bloc dominera le Québec et que la droite sera divisée partout ailleurs, le parti libéral est assuré de remporter une majorité. En effet, Chrétien se doutait bien que sur 75 députés, jamais il n’en ferait élire plus de  la moitié, et où iraient les autres? Aux conservateurs, évidemment. Mais la stratégie s’est maintenant retournée contre les libéraux, et ce sont des députés qui font cruellement défaut aux libéraux qui se retrouvent à mordre la poussière devant des candidats bloquistes.

Quant à son autre héritage, eh bien, Jean Chrétien en a lui-même fait la démonstration au cours des dernières semaines : le grenouillage interne au PLC n’est pas une chose passée et n’était pas propre uniquement au tandem Chrétien-Martin. Après les guerres Chrétien-Turner et Chrétien-Martin, voici maintenant la guerre Chrétien-Ignatieff! Jean Chrétien est en effet très actif dans les coulisses du parti libéral et son clan de partisans – dont font notamment partie Bob Rae et Martin Cauchon – aiguise ses couteaux dans l’ombre… Essayez maintenant de convaincre la population canadienne que vous êtes prêts à diriger le pays, quand vous n’êtes pas capable de diriger votre parti!

Le temps se fait de plus en plus rare pour les libéraux. Les changements qui sont sur le point de s’opérer pourraient les confiner à l’opposition  pour encore de longues et pénibles années…