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Révolution verte en Iran? juin 24, 2009

Posted by jay2go in Moyen-Orient.
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Au 12e jour du bras-de-fer engagé entre le régime iranien et ses opposants, peut-on (espérer? craindre?) qu’une révolution pointe le bout de son nez, renverse le président Ahmadinejad et déstabilise le régime du Guide suprême, Ali Khamenei? Assiste-t-on à une répétition du scénario de 1979 qui a vu le shah d’Iran renversé et la république islamique d’Iran proclamée?

Absolument pas.

D’abord, ce que nos médias occidentaux nous rapportent est loin d’être fidèle à la réalité sur le terrain. On se rappellera que les médias occidentaux ne sont pas autorisés à couvrir les manifestations. Ne peuvent donc en filtrer que quelques bribes partielles d’informations, rapportées dans la plupart des cas par des Iraniens anglophones et pro-Occident, davantage portés vers Moussavi et l’Occident  que vers Ahmadinejad et le régime de Khamenei.

Ensuite, parce que les images que l’on voit ne nous montrent qu’une partie  de la réalité : oui, il y a des manifestants, mais ces derniers sont des citoyens «progressistes», des étudiants, des «urbains», loin d’être la majorité au pays des mollahs. Rien à voir avec  le reste du pays, de la même manière que Toronto n’est absolument pas représentative de la campagne saskatchewanaise.

Autrement dit, la «révolution», le mouvement populaire,  ne s’est pas étendu à d’autres couches de la société, il ne s’est pas généralisé.

Et c’est précisément ce qui explique que le régime iranien résistera au mouvement d’opposition :  les forces armées du régime, ce que l’on appelle en science politique l’appareil de sécurité, reste loyal au régime en place. Et  tant que le régime garde le contrôle sur ses appareils de sécurité (et de répression), il est en mesure de se maintenir.

C’est ce qui ne s’est pas produit à St-Pétersbourg en 1917 :  la révolution s’est étendue à d’autres couches de la société, elle s’est généralisée et l’armée, se retrouvant isolée du reste de la société, a cessé d’obéir aux ordres du pouvoir en place. Résultat : le régime tsariste a été renversé et les bolchéviques se sont emparés du pouvoir, établissant le régime communiste. On peut citer beaucoup d’autres exemples : la guerre civile algérienne, la fin des régimes communistes en Europe de l’Est… dans chacun de ces cas, les appareils de sécurité et de répression ont échappé au contrôle du régime et se sont retournés contre celui-ci, qui se retrouve ainsi sans défense et est, plus souvent qu’autrement, renversé.

C’est également ce qui s’est produit à Tiananmen en Chine en 1989, mais à l’inverse : les protestataires n’ont pas pu rallié ni l’armée ni d’autres segments de la population, aussi ont-ils été sévèrement réprimés.

Or que se passe-t-il aujourd’hui en Iran? Non seulement la révolution, loin de s’étendre aux autres couches de la société, ne reste confinée qu’aux mêmes cercles qu’au départ mais en plus, les Gardiens de la Révolution (l’armée iranienne), pour des raisons idéologiques (ils restent fidèles aux principes de la révolution islamique de 1979) sont loyaux au régime de Khamenei – et donc d’Ahmadinejad.

Fraude électorale?

Ce qui est frappant dans cette histoire, c’est que l’Occident a cru dès le départ que le scrutin était frauduleux, et ce sur la base de sondages auxquels ont répondu cette minorité iranienne dont je parlais plus-haut, qui est aujourd’hui dans les rues de Téhéran, qui parle anglais et est ouverte à l’Occident. À titre d’exemple, les sondages qui donnaient Moussavi vainqueurs, rapportés ici par nos médias, n’étaient pas en farsi (la langue que parlent les Iraniens) mais bien en anglais, et  du coup ne pouvaient rejoindre l’immense majorité des électeurs iraniens. Ces données étaient tout simplement faussées et aucunement représentatives de la situation sur le terrain.

La vérité, c’est que s’il y a très fort probablement eu fraude, il n’en demeure pas moins qu’Ahmadinejad, largement plus populaire que Moussavi dans les régions qui comprennent l’immense majorité des électeurs iraniens, l’aurait probablement tout de même emporté. Autrement dit, l’Occident a été induit en erreur sur la base d’un mauvais échantillonnage des données recueillies auprès de la population iranienne. S’il est de plus en plus clair aujourd’hui que le scrutin a bel et bien été fraudé, il n’en reste pas moins qu’Ahmadinejad était le plus populaire chez une large frange de la population iranienne.

Il ne faut pas oublier que les élections n’opposaient pas un Ahmadinejad pro-clergé à un Moussavi anti-clergé, loin de là. Ahmadinejad est celui qui a promis à la population de s’attaquer à la corruption des mollahs qui, disait-il, minent les principes de la révolution de 1979. Et 1 à 0 pour Ahmadinejad.

Je ne suis pas le seul à défendre cette théorie. Voici ce qu’en dit George Friedman, de Stratfor Global Intelligence :

« Tehran in 2009, however, was a struggle between two main factions, both of which supported the Islamic republic as it was. There were the clerics, who have dominated the regime since 1979 and had grown wealthy in the process. And there was Ahmadinejad, who felt the ruling clerical elite had betrayed the revolution with their personal excesses. And there also was the small faction the BBC and CNN kept focusing on — the demonstrators in the streets who want to dramatically liberalize the Islamic republic. This faction never stood a chance of taking power, whether by election or revolution. »

Les médias occidentaux n’ont tout simplement pas réussi à comprendre les subtilités du régime iranien, entre autres parce qu’ils ne s’abreuvent qu’à une seule source. Un peu comme si le Globe & Mail couvrait les festivités de la St-Jean en ne parlant qu’aux patriotes enragés. Très loin de représenter la nation entière, non?

Bref, ce bras-de-fer entre régime et opposition en Iran ne fera, à mon avis, que renforcer le régime, qui va petit à petit convaincre la population de sa légitimité face à une opposition qui ne lève pas. Il y a bien sûr l’Occident qui prend le parti des manifestants mais, depuis la révolution de 1979, l’Iran a toujours fait la sourde oreille aux pressions internationales. M’est avis que ce n’est pas demain la veille qu’elle commencera à s’en faire pour ce que l’Occident pense.

Et on aura, une fois de plus, raté une belle occasion de comprendre la république islamique.

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