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La droite n’est pas morte mars 25, 2009

Posted by jay2go in Politique québécoise.
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Les élections provinciales de décembre dernier, on le sait, ont été marquées par la débâcle adéquiste et la réélection majoritaire des libéraux.

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Il n’en fallait pas plus pour que nombre de journalistes et chroniqueurs concluent au retour à la polarisation souverainistes-fédéralistes d’antan. Alors qu’en 2007 on disait que le moule de la question nationale était cassé et que la droite (le conservatisme) était de retour sur la scène politique, on disait également à l’issue du dernier scrutin que c’était terminé, que la droite était rentrée dans ses terres et que le débat entre partisans du OUI et partisans du NON était repris de plus belle.Comme si le moule avait été cassé pendant 18 mois et qu’il avait subitement repris sa forme initiale comme par enchantement

C’est une conclusion un peu hâtive qui ne résiste pas à l’analyse.

Il existe une théorie en science politique appelée théorie des réalignements électoraux. Les phases de réalignement électoral sont marquées par d’intenses affrontements politiques, des bouleversements dans les rapports de forces entre les partis, l’apparition ou la disparition de forces politiques, ces transformations étant liées à l’apparition de nouveaux enjeux et des changements de position des partis sur des enjeux structurants de la vie politique. Une phase de réalignement commence toujours par une rupture de l’ordre électoral en place. Cette rupture se produit à l’occasion d’une ou de deux élections proches. Dans le premier cas on parlera d’élection de rupture, dans le second de moment de rupture. La phase de réalignement électoral se termine par une élection de réalignement, qui fixe le nouvel ordre électoral qui va caractériser la nouvelle période politique, ou parfois par deux élections proches et on parlera alors de moment de réalignement. Ces phases de réalignement ne sont pas seulement des évènements électoraux, elles sont également marquées par des transformations importantes dans les quatre autres domaines de la vie politique des démocraties représentatives : le système partisan, le fonctionnement du système politique, les relations entre les citoyens et le système politique et les politiques publiques.

On a donc une situation d’équilibre où deux ou trois partis s’affrontent lors d’élections. Puis, sous l’effet de facteurs quelconques, les forces politiques en présence modifient l’équilibre des partis : le plus souvent, un nouveau parti est fondé, lequel participera aux élections subséquentes. Le nouveau parti en question peut soit supplanter l’un des partis, c’est-à-dire prendre sa place, ou encore, qu’à un équilibre bipartite (où deux partis s’affrontent) se substitue un équilibre tripartite ou encore quadripartite.

Un exemple? De 1936 à 1966 au Québec, le parti libéral et l’union nationale s’échangent le pouvoir sporadiquement (équilibre bipartite). Suite à des dissensions au sein du parti libéral, le parti québécois est fondé en 1968. Il participera aux élections de 1970 et 1973 (moment de rupture), aux cours desquelles il ne fera élire qu’une poignée de député, le parti libéral et l’union nationale restant les deux partis en importance au cours de cette période. Puis, en 1976, le parti québécois est porté au pouvoir alors que l’union nationale ne fait élire que 11 députés. Lors de l’élection subséquente, en 1981, l’union nationale ne fait élire aucun député (elle sera dissoute en 1989). Le parti québécois a donc remplacé l’union nationale, et 1976 et 1981 marquent le moment de réalignement.

Revenons maintenant à la situation actuelle. En 2003, les libéraux prennent le pouvoir. Le débat public est alors monopolisé depuis 40 ans par la question constitutionnelle, tant et si bien qu’en 2007, surfant sur une vague de mécontentement populaire et de fatigue vis-à-vis les deux « vieux » partis, l’ADQ passe à un cheveu de former le gouvernement. Pendant 30 ans, on n’était ni conservateur ni libéral mais bien souverainiste ou fédéraliste. Comme les progressistes étaient représentés par le côté social-démocrate du PQ, la droite a été privée d’une voix depuis que l’union nationale s’est révélée ne plus être une force politique importante, au milieu des années 1970. La droite s’est ainsi trouvé un véhicule lors de l’élection de 2007 pour exprimer ses idées, après 30 ans de mutisme forcé.

Sachant que les libéraux ont été élus majoritaires en 2008 parce que 700 000 adéquistes sont restés chez eux, il y a lieu de se demander si les libéraux auraient été élus, advenant que les 700 000 adéquistes en question soient sortis voter en 2008. Si c’est bien le cas, et on le saura aux prochaines élections, il se pourrait bien que 2007 ait été en réalité une élection de rupture avec l’équilibre initial où fédéralistes et souverainistes alternaient au pouvoir.

Ma théorie, c’est que le faible résultat de l’ADQ en 2008 ne marque pas le retour au système bipartite d’antan comme on l’a maintes fois entendu ; il masquerait plutôt un profond réalignement politique en cours au Québec à l’heure actuelle. Il ne serait donc pas surprenant que s’ayant doté d’un nouveau chef, l’ADQ se révèle être une force politique avec laquelle libéraux et péquistes devront compter lors de la prochaine élection. Si cela s’avérait, nous serions vraisemblablement en plein moment de rupture à l’heure où l’on se parle.

Posé plus simplement, croyez-vous vraiment que les électeurs québécois vont se contenter de devoir choisir entre un gouvernement libéral dont ils sont fatigués et la menace d’un référendum lors des prochaines élections? L’ADQ pourrait renaître de ses cendres et plus rapidement que certains n’aimeraient bien le croire, d’autant plus qu,avec un nouveau chef en février 2010, l’ADQ aura amplement le temps de faire ses devoirs et de faire connaître ses idées avant le prochain scrutin, prévu quelque part entre le printemps 2012 et l’automne 2013.

L’avenir nous le dira, mais un gouvernement péquiste minoritaire faisant face à une opposition officielle adéquiste dans le prochain parlement québécois est un scénario pas si ésotérique qu’il n’y paraît à première vue. Après avoir ressuscité le débat gauche-droite et à l’heure des débats de société qui s’annoncent prochainement au Québec, le moment n’a jamais été aussi propice à l’avènement d’un parti de centre-droit comme force politique constante au Québec.

Lame-duckism sets in early for Charest government mars 25, 2009

Posted by jay2go in Économie et crise financière, Politique québécoise.
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Petite trouvaille sur le site du journal The Gazette – écrite par Don MacPherson – qui résume bien ma pensée concernant le budget 2009 du gouvernement Charest. Désolé si l’anglais pose problème.

***

Look on the bright side: In the political outlook for Quebec following the tabling of Finance Minister Monique Jérôme-Forget’s budget this week, at least there is no plague of locusts.

But job losses, political uncertainty, labour unrest causing disruptions in public services, cuts in government programs, social tensions, and increases in taxes and fees, culminating in a few years with the election of a new government with a secessionist agenda? Yep, all there.

It must have required considerable effort for Liberal members of the National Assembly to force a smile when they rose to their feet to applaud the finance minister at the conclusion of her budget speech on Thursday.

For what they had just heard increased the probability that if they run in the next election, only those with safe Liberal seats will be returned to the Assembly, and then only to the opposition benches.

Yes, six months is an eternity in politics, and so there are several eternities left until the next election, due in 2012 or 2013. That’s more than enough time for the Parti Québécois to have at least one internal crisis over referendum strategy.

But even before the budget speech, the odds were that the Liberal government’s new term would be its last. Jean Charest, the Gambler, was already playing with house money after becoming the first Quebec premier in more than 50 years to win three consecutive terms (well, two and a half). And in the past, recessions have proven fatal to Quebec governments’ chances of re-election.

The budget speech must have been a strong indication to Liberal MNAs that, only three months into their new term, the finance minister and her boss have already given up on their chances of re-election three or four years from now.

If not, then it was an audaciously unconventional re-election strategy that was outlined in the speech.

Usually, a government plans to get any unpopular but necessary measures out of the way in the first half of its term to give the voters time to get over them, then spends the second half campaigning for re-election.

But the headline items in the budget speech were increases in the sales tax and fees – to start in the third year of the government’s term.

Also, starting next year, and for the three following years, spending on government programs will be cut back by an average of nearly $1 billion a year. Since Jérôme-Forget said this will be accomplished without « slashing » spending on health and education, programs in other areas will suffer deeper cutbacks.

And the budget plan says the government will still have to find additional, combined revenue increases and spending cuts rising from $450 million in the 2010-11 fiscal year to $3.8 billion in 2013-14.

This will inevitably make for especially difficult negotiations with the public-sector unions when their collective agreements come up for renewal next March. More than half of program spending (54.7 per cent in the coming fiscal year) goes to pay government employees.

In addition to protests by interest groups against cuts to their favourite programs, there could be disruptions of public services caused by union pressure tactics. The Charest government’s third term might start to look a lot like its first, when the government set records in unpopularity it is already breaking.

The government’s credibility with voters was already shaky. Now, after obtaining a legislative majority to deal with the economic crisis, it has tabled a budget that the Conference Board of Canada said yesterday « will provide virtually no new economic stimulus in 2009. »

The budget fuelled speculation that Jérôme-Forget, who is 68, will soon retire, forcing a cabinet shuffle, and that Charest will not lead the Liberals into another election. A government that had promised political stability in an economic crisis looks even more like a lame duck.

2011?? mars 21, 2009

Posted by jay2go in Politique québécoise.
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La planète entière ne sait plus où donner de la tête ; tous les États traversent la pire récession depuis la Grande Dépression ; nos gouvernements sont dans le rouge ; le «bas de laine» des Québécois est dans le trou de 40 milliards… bref, rien ne va plus côté économique. Comment s’en sort le gouvernement québécois? En repoussant les mesures économiques contre la crise à… 2011!

Je ne suis pas un fan de l’interventionnisme d’État, mais tant qu’à agir et se mettre dans le trou (7 milliards en deux ans), aussi bien le faire pour combattre la crise non? Pourquoi repousser les hausses de TVQ et de tarifs à 2011? Pourquoi faire un trou maintenant et ne commencer à le remplir que dans deux ans? Il y a quelque chose que je ne comprend pas.

Et ce n’est certainement pas pour gagner les prochaines élections, il vient d’y en avoir! À la limite, les prochaines élections seront tenues en 2013. Si les libéraux voulaient nuire à leurs chances de réélection, ils ne s’y seraient pas pris autrement. Il me semble que de 2009 à 2013, les gens ont beaucoup plus le temps d’oublier hausses de taxes et de tarifs qu’entre 2011 et 2013 non? C’est faciliter la victoire du PQ! Tant qu’à ça, pourquoi ne pas constituer un fonds d’urgence pour la prochaine crise économique? Tant qu’à continuer dans la même logique…

Je ne suis pas un fan de l’interventionnisme d’État. Personnellement, si on me le demande, je suis plutôt favorable à un plan minimaliste. C’est après l’ouragan qu’il faut nettoyer, pas pendant. Mais là où j’ai un problème, c’est que j’ai la désagréable impression qu’on nous prend pour des valises. Après avoir déclenché les élections supposément pour avoir les mains libres pour traverser la crise économique, le premier ministre ne fait certainement pas mieux qu’il aurait fait s’il avait été minoritaire. J’étais un de ceux qui ont défendu avec le plus d’ardeur la décision de M. Charest de partir en campagne électorale en novembre dernier. Or cette campagne, on l’a su par après, était déclenchée uniquement pour donner la chance aux libéraux de s’acheter une majorité avant que les résultats de la Caisse de dépôt et placement du Québec ne viennent compromettre leurs chances d’être majoritaires pour de bon. M. Charest donc s’est acheté quatre ans. Et aujourd’hui il fait quoi? Il attend! Il ne pouvait pas attendre en novembre dernier, mais maintenant, pas de problème! Les libéraux sont confortablement assis sur leur siège (en fait, leurs 66 sièges). Le gouvernement dépense à crédit mais ce n’est pas grave, l’argent va rentrer dans deux ans! Ayoye… l’économie d’abord? Non, c’est Mario Dumont qui avait raison : l’économie prend l’bord!! Et en plus, ils gèlent les frais des CPE! Au nom de quoi?? Ah non, pardon, je sais très bien au nom de quoi : au nom de «c’est pas payant électoralement». Ça ne fera pas gagner des votes d’augmenter les tarifs des garderies, après tout. Hahem, excusez-moi, mais les hausse d’Hydro, de TVQ, de SAAQ et d’une foule d’autres services (même demander sa copie de baptistaire va être plus cher! Mais les garderies? Pas touche!) non plus ne feront pas gagner d’élections. Tant qu’à être parti pour la gloire, ils auraient aussi bien pu y aller one shot. Mais non, au Québec, ça ne fonctionne pas comme ça. L’ADQ 2.0, c’est pour quand? Vous avez besoin de fonds, de main-d’oeuvre, quelque chose? Appelez-moi, je suis disponible…

J’étais un de ceux qui ont défendu le timing de la dernière campagne électorale québécoise avec le plus d’ardeur. Je suis aujourd’hui un de ceux qui réclament le départ de Jean Charest le plus rapidement possible. D’ailleurs, si j’étais un stratège libéral, je n’attendrais certainement pas jusqu’en 2012 pour conseiller à M. Charest de se trouver un autre job. Ni à Monique Jérôme-Forget (rappelez-vous : «il n’est pas question de déficit», «j’ai une bonne réserve», ma sacoche est belle, ma sacoche est grande, ma sacoche c’est la meilleure! ) Mais au moins elle, elle passera l’arme politique à gauche à la fin de la présente session parlementaire.

And then there was one…

Dynamiques régionales au Canada mars 14, 2009

Posted by jay2go in Politique canadienne.
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Prédiction : les gouvernements minoritaires ne sont pas finis à Ottawa. Nous sommes plongés dans une ère d’instabilité gouvernementale qui est là pour perdurer tant que le Bloc québécois existera. Chantal Hébert parle même d’une «série de premiers ministres jetables», dont Paul Martin aurait été le premier exemplaire mis en marché.

Depuis qu’il existe, le Canada n’a jamais autant été en proie au régionalisme que maintenant. Le pan-canadianisme des partis politiques du XXe siècle a laissé sa place de façon spectaculaire à un système où les partis politiques sont circonscrits à des régions géographiques spécifiques du pays, possédant leur clientèle électorale exclusive et dont les portes des autres régions leur sont fermées.  D’un océan à l’autre? Révolu! Malheureux à constater, mais de tous les partis politiques présents sur la scène fédérale, aucun ne peut prétendre aujourd’hui représenter l’ensemble des régions du Canada, et donc l’ensemble des Canadiens.

L’exemple le plus frappant de l’anémisme du paysage politique canadien nous a été donné par le psychodrame national de décembre dernier à propos de la coalition libéraux-NPD-Bloc québécois. L’antagonisme était frappant : conservateurs contre « progressistes », Western Canada contre Central Canada. L’ouest du pays était tellement choquée que les «socialistes», les «séparatistes» et des libéraux réduits à leur plus simple expression vienne leur enlever leur gouvernement, dûment élu et si chèrement acquis après de longues années d’aliénation. West Is In! clamait-on en janvier 2006. Enfin! l’un des leurs s’installait au pouvoir.

Aujourd’hui, suite à une campagne désastreuse au Québec et la séance de separatist-bashing qu’a suscité l’appui bloquiste à la coalition, les conservateurs ne sont même plus compétitifs sur la scène québécoise. Le Bloc québécois a resserré son emprise sur le Québec, dominant  de loin libéraux et conservateurs dans les sondages. L’Ouest, quant à lui, s’est regroupé autour de Stephen Harper, bien que la tendance activiste du gouvernement irrite de plus en plus la base conservatrice du parti. Mais malgré la grogne, il est très peu probable que, de Winnipeg à Vancouver, on vote massivement pour les libéraux. La région est, bon vent mal vent, acquise aux conservateurs. Reste donc l’Ontario.

Traduisons maintenant cela en chiffres. L’ouest détient, selon la représentation actuelle des sièges aux Communes, 92 sièges. Sur ces 92, les libéraux peuvent prétendre de manière sûre à, tout au plus, de 10 à 15 sièges (dans la grande région de Vancouver). Les portes de l’ouest sont donc fermées aux libéraux, sauf à Vancouver (fait intéressant : cinq sièges sur 92, dont quatre à Vancouver et un à Edmonton sont «prenables» par les conservateurs, leurs députés ayant été élus par une très mince majorité). Au Québec, ni l’un ni l’autre ne peut se vanter de détenir un avantage comparatif, ce qui fait qu’en additionnant les deux, nous obtenons une vingtaine de sièges sûrs pour les libéraux contre 80 pour les conservateurs. L’Atlantique est plutôt hostile aux conservateurs (jamais plus d’un tiers des sièges depuis 2004), ce qui réduit l’écart stratégique entre libéraux et conservateurs à 40 sièges. Où se joue la lutte? En Ontario. Or les conservateurs sont, grosso modo, égaux aux libéraux dans les intentions de vote, tantôt légèrement en tête, tantôt légèrement en recul, et sont de surcroît en train d’augmenter leur popularité en banlieue de Toronto, là où se trouve un énorme bassin d’électeurs.

Le corolaire de cette situation, c’est que les partis politiques sont complètement déphasés l’un par rapport à l’autre. Disons que les avantages comparatifs sont loin d’être équitables. Avec l’appui de l’ouest, les conservateurs peuvent raisonnablement espérer former un gouvernement majoritaire même sans l’appui substantiel du Québec, voire même, à la limite, sans appui du tout. Suffit de bien performer en Ontario et convenablement dans les Maritimes, et la nécessité de sièges québécois devient plus symbolique que pratique. (Harper le sait : regardez-le bouder le Québec comme jamais auparavant il ne l’avait encore fait).

Pour les libéraux, par contre, la situation est toute autre. Les libéraux ont non seulement besoin d’un très fort appui en Ontario, au Québec et dans les Maritimes pour parvenir à se faire élire, mais comme il y a très peu de chances que l’Ontario donne 98% de ses sièges aux libéraux comme dans le temps de Jean Chrétien (faute de la division de la droite canadienne), une victoire libérale passe obligatoirement par le Québec (Ignatieff le sait : regardez-le positionner son parti comme le parti des francophones). Second constat : sans l’appui de l’ouest,  les libéraux seront vraisemblablement réduits à un gouvernement minoritaire, quoi qu’ils fassent. Ceci est vrai aujourd’hui, et le sera d’autant plus qu’avec la nouvelle représentation des sièges aux Communes, l’Ontario, l’Alberta et la Colombie-Britannique se verront attribués 28 ou 33 sièges (dépendant des rumeurs) de plus. Inutile de dire que les conservateurs seront fortement avantagés.

Récemment, j’ai procédé à une petite vérification empirique. Je me demandais à quoi aurait ressemblé le paysage électoral si les conservateurs et les réformistes ne s’étaient pas divisés le vote au profit des libéraux de 1993 à 2003. Résultat? En 1993, on aurait élu un gouvernement libéral minoritaire. En 1997, ç’aurait été un gouvernement conservateur minoritaire, et en 2000 un gouvernement libéral minoritaire. Que des gouvernements minoritaires! J’ai ensuite effectué les mêmes calculs en octroyant aux conservateurs la totalité des votes bloquistes pour ces trois élections (ce qui n’est pas insensé puisqu’en 1984 et 1988 nous avons envoyé respectivement 58 et 63 députés à Ottawa. Comme les Québécois n’ont jamais voté en majorité pour les libéraux depuis 1980, il n’est pas insensé de croire qu’en l’absence du Bloc, les votes aujourd’hui boquistes auraient été davantage aux conservateurs qu’aux libéraux). En effectuant ces calculs, donc, je suis arrivé au résultat suivant : conservateur majoritaire en 1993, 1997 et 2000.

Ironiquement, Jean Chrétien a passé la loi sur le financement des partis politiques en constatant qu’avantager le Bloc au Québec favorisait les libéraux au détriment des conservateurs (il le dit lui-même dans son auto-biographie). Ce que M. Chrétien n’avait toutefois pas compris, c’est que cela était vrai lorsque la droite était partagée entre les conservateurs et les réformistes. Aujourd’hui, les deux sont réunis et c’est l’inverse qui est vrai : le Bloc avantage les conservateurs au détriment des libéraux.

Depuis l’apparition du Bloc québécois et la réunification de la droite canadienne, le paysage politique canadien s’est profondément modifié, avec comme dommage collatéral l’exclusion de chaque grand parti «national» d’au moins deux régions du pays : l’Atlantique et le Québec sont fermés aux conservateurs, l’Ouest et le Québec sont hors d’atteinte pour les libéraux. On devrait ainsi parler de deux grands partis régionaux : l’Ouest pour les conservateurs et l’Est pour les libéraux ; la balance du pouvoir revient à l’Ontario et le Québec se retrouve marginalisé, peu importe la couleur du gouvernement fédéral, à moins qu’un messie ne vienne convaincre les Québécois d’envoyer un nombre suffisamment élevé de députés au fédéral pour espérer avoir une chance de tirer la couverte de son bord. Belles perspectives d’avenir.

Où sont passées les grandes coalitions du XXe siècle? Le Canada est-il à ce point ingouvernable?