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La bataille sur la Bataille février 22, 2009

Posted by jay2go in Politique canadienne, Politique québécoise.
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« Pas question qu’on célèbre la défaite française de 1759! » Les souverainistes peuvent célébrer la victoire : la Commission nationale des champs de bataille a annulé la reconstitution de la bataille des Plaines d’Abraham prévue pour l’été prochain.

Je peux comprendre que la défaite de 1759 représente le point de départ de la mythologie souverainiste. Après tout, si les Français avaient vaincus en ce fatidique jour il y a 250 ans, si on avait vaincu les Anglais, le Québec n’aurait jamais été assujetti au Canada, il aurait toujours été libre et maître de son destin, bla bla bla…

Or il me semble qu’on fait une grossière erreur d’interprétation en analysant les choses comme cela. Peut-on sortir du cadre habituel et envisager les choses autrement que par la dichotomie victoire/défaite pour une fois?

1759 en soi représente la défaite de la Nouvelle-France aux mains des troupes britanniques. Or c’est la défaite de la France aux mains de l’Angleterre dans la Guerre de Sept-Ans, en 1763, qui a scellé le destin de notre petite nation francophone en Amérique. Ce n’est donc pas la défaite française en Amérique du Nord qui est responsable du fait que la Nouvelle-France soit passée aux mains de la Couronne britannique, c’est plutôt la défaite française globale, consacrée en 1763 par le Traité de Paris.

Cette bataille est l’une des batailles les plus décisives de la Guerre de Sept Ans, qui fait partie du «top 50» des guerres ayant le plus façonné le monde tel que nous le connaissons. Ceci transcende largement le simple orgueil des ultra-nationalistes québécois, à mon avis. Des tas de gens de partout sur la planète, passionnés d’histoire ou non, seraient intéressés par une telle reconstitution, et on ne parle même pas des retombées économiques pour la ville de Québec – et donc le Québec. Mais il a fallu annuler tout cela, pourquoi? Pour ne pas froisser les nationalistes enragés…

L’argument que ces Chevaliers de la Nation Québécoise nous ont le plus fourni, c’est qu’il est INACCEPTABLE  de célébrer «la défaite de notre nation». Il n’est pas question, disait-on, qu’on danse sur les tombes de nos ancêtres! Question : qui, lorsqu’il fête l’Armistice chaque 11 novembre, danse sur les tombes des Allemands et des Autrichiens (et des Turcs, des Bulgares, …)? Faudrait-il que ces mêmes Allemands, les Italiens et les Japonais se lancent dans un psychodrame national s’il l’on décidait de reconstituer le débarquement de Normandie, qui a mis fin à la Seconde Guerre mondiale? C’est d’un ridicule consommé. Il ne s’agit pas de faire un pied-de-nez aux Français-devenus-Canadiens-devenus-Québécois, il s’agit de revivre l’un des épisodes les plus marquants du monde contemporain. Orgueil quand tu nous tiens…

Sans vouloir chercher à réécrire l’histoire, ce qui peut s’avérer plutôt risqué puisque l’on entre dans la sphère de la pure spéculation, que serait-il arrivé à ces Canadiens français si nous avions gagné les Plaines d’Abraham? Si la France avait quand même perdu la Guerre de Sept Ans, sûrement pas grand chose. Ou imaginons un instant que la France ait vaincu. Napoléon Bonaparte n’a-t-il pas vendu la Louisiane, l’une des dernières possessions françaises en Amérique, aux Américains en 1803? Qu’est-ce qui nous dit qu’il n’aurait pas également vendu la Nouvelle-France? Ou supposons qu’il ne l’ait pas fait : la Nouvelle-France, sans l’assistance de l’armée de la nation la plus puissante du monde (en l’occurrence l’Angleterre) aurait-elle pu résister aux assauts américains de 1775 et 1812? Rappelons-nous : ils ont tenté d’envahir le Canada deux fois, les Américains… Rien ne laisse donc croire qu’une victoire sur les plaines d’Abraham, ou qu’une victoire française dans la Guerre de Sept Ans, aurait assuré un avenir prospère à la Nouvelle-France.

Le problème central, la caractéristique fondamentale de ce petit peuple francophone en Amérique, c’est sa démographie. Au-delà de la victoire/défaite des Plaines d’Abraham, au-delà de l’indépendance du Québec, nous avons toujours été et serons toujours une nation minoritaire au sein d’un continent anglophone. Avoir gagné la Bataille des Plaines (ou la Guerre de Sept Ans) n’y aurait rien changé, pas plus que de se séparer du Canada n’y changera quoi que ce soit. L’indépendance aurait pour seule conséquence de faire d’un peuple minoritaire au sein de son pays un peuple ‘majoritaire chez lui’. Sans plus. Le problème fondamental resterait le même, tout comme si la France avait conservé sa colonie de Nouvelle-France.

Notre ennemi, d’hier comme d’aujourd’hui, c’est donc la démographie, pas les Anglais, comme le voudraient certains ultra-nationalistes. Malheureusement, la défaite de Montcalm, dans la mythologie souverainiste, restera toujours «la défaite des Français aux mains des Anglais». C’est la genèse de la bible séparatiste. Et hélas! au Québec, les fédéralistes sont trop frileux pour s’élever contre le discours victimisant dominant auquel s’abreuvent les souverainistes. Électoralement parlant, mieux vaut ramer dans le sens du courant (c’est plus payant) et dénoncer le «manque de jugement» entourant cette «propagande fédéraliste» que de se raisonner et sortir du lot.

Bêêêêê.

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Sarko attack février 8, 2009

Posted by jay2go in Politique québécoise.
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Branle-bas de combat chez les souverainistes! Le président français est-il allé trop loin en affirmant que le monde n’avait pas besoin de sectarisme, de détestation, de repli sur soi et de féroce opposition entre deux nationalismes, pour qualifier le mouvement souverainiste? Une telle ingérence dans les affaires internes d’un État est-elle acceptable?sarko

D’abord, oui, il y a effectivement eu ingérence de la part du président Sarkozy. Et les mots qu’il a employés étaient un peu exagérés en laissant entendre que le nationalisme des souverainistes était aussi zélé que celui des Serbes et des Bosniaques de l’ex-Yougoslavie. Une guerre civile au Québec? De dire que cela ne semble pas être dans les cartes de la politique québécoise est un euphémisme gigantesque.

Mais regardons tout de même les choses en face.

Sans nécessairement parler de sectarisme, il faut tout de même admettre qu’une frange du PQ, comme le disait le ministre Raymond Bachand, est nettement moins tolérante. Du projet de loi sur l’identité québécoise (seuls les francophones pourront participer à la vie politique) à la régurgitation anti-anglophone et anti-canadienne constante de Pierre Falardeau, en passant par le célèbre «l’argent et le vote ethnique» de Jacques Parizeau un certain 30 octobre 1995, force est d’admettre que le PQ n’est pas composé uniquement de gens ouverts d’esprit, inclusifs et ouverts sur le monde. Sans parler de ces souverainistes enragés qui détestent tout ce qui est canadien, qui nient (de manière pas très objective) tout ce qu’ont pu accomplir les Pierre Trudeau ou les Jean Chrétien sous couvert de leur foi fédéraliste ; quand on entend que «les ostis d’anglas on va les remettre à leur place» et qu’on constate que bon nombre de Québécois refusent le gentilé de «Québécois» aux anglophones habitant le Québec (voire même aux immigrants, ce ne sont pas des «vrais» Québécois) ; quand on voit à quel degré les souverainistes s’agitent pour tuer dans l’oeuf la tentative de commémorer la Bataille des Plaines d’Abraham parce que ce serait de la propagande fédérale dégueulasse, il y a de quoi s’interroger sérieusement sur la véracité des propos de Sarkozy. Sans vouloir mettre tous les souverainistes dans le même panier, y aurait-il un fond de vérité, même tout petit?  C’est bien beau condamner, mais il faut aussi savoir se livrer à un peu d’introspection…

D’un autre côté, il ne faut pas nier que le nationalisme québécois en est un de repli sur soi et de construction d’identité en opposition à une autre identité. Je m’explique. Les souverainistes, plutôt que de vouloir contribuer à affirmer le fait français au Canada, souhaitent avoir «leur pays à eux» pour que les Québécois, plutôt que de contribuer à la diversité culturelle du Canada, puisse «se retrouver entre eux». Qu’est-ce que c’est, sinon du repli sur soi? Ceci n’est pas foncièrement mauvais, mais c’est néanmoins une caractéristique du nationalisme québécois. Qui plus est, rares sont les souverainistes qui ne s’affirment pas Québécois en opposition à Canadiens. Ceci n’est pas propre au mouvement souverainiste, tout nationalisme se construit en opposition à un autre, en particulier dans le monde arabo-musulman : on est Algérien parce qu’on déteste les Marocains ; on est Yéménite parce qu’on n’est pas Saoudien, etc. Ici c’est pareil : on est Québécois parce qu’on n’est pas Canadien, francophone en opposition à anglophone, etc. Ce n’est pas propre au nationalisme québécois, c’est propre au nationalisme. Point.

Donc tout cela pour dire qu’à mon avis, les souverainistes ont raison de dénoncer l’ingérence du président Sarkozy, bien que leur réaction me paraisse exagérée et légèrement hypocrite. Ne jubilaient-ils pas lorsque le général De Gaulle, un certain jour de 1967, cria du haut du balcon de l’Hôtel de Ville de Montréal son désormais célèvre «Vive le Québec libre!»? Deux poids, deux mesures?

Force est de constater également que le nationalisme n’a plus trop la cote auprès de la communauté internationale. les récents événements survenus sur la scène mondiale ne favorisant pas le nationalisme, quel qu’il soit.  À cet égard, et c’est dommage pour eux, les souverainistes se butent à un obstacle beaucoup plus immuable que la simple opinion de l’État français. Aucun État ne reconnaîtra le Québec avant que le Canada ne le fasse, ainsi va le droit international. La scène internationale a aujourd’hui plus tendance à voir le nationalisme à travers le prisme des conflits ethniques de l’ex-Yougoslavie qu’à travers l’utopie de la «libération pacifique des peuples» et le «divorce de velours» de l’ex-Tchécoslovaquie.

De toute façon, honnêtement, qu’en ont-ils à cirer les Français des velléités indépendantistes de leurs confrères québécois?  La scène internationale est vaste, et il s’en passe des choses. Avec le rôle qu’est appelée à jouer la France, ne serait-ce qu’au sein d’une Union européenne encore en construction, il ne faudrait pas s’attendre à ce que les dirigeants français accordent une quelconque importance à un non-événement, qu’il implique des francophones ou non.

Il est assez comique par ailleurs de voir les souverainistes faire des pieds et des mains et se mettre à genoux devant les dirigeants français dans l’espoir d’obtenir leur appui, aussi tacite puisse-t-il être. Les souverainistes ont à coeur le passé de cette Nouvelle-France devenue Québec, qui représente pour bon nombre d’entre eux la pierre angulaire de leur argumentaire : s’ils en veulent encore aujourd’hui aux Anglais pour la Bataille des Plaines, pourquoi n’en veulent-ils pas à la France, cette mère-patrie qui les a «abandonnés à leur triste sort» et ne se fichent-ils pas tout simplement d’elle? Il serait temps pour eux d’arrêter de rechercher l’appui théorique de leur ex-mère patrie, qui de toute façon a d’autres chats à fouetter, et de se concentrer sur leur projets, s’ils espèrent un jour tenir un troisième référendum et que celui-ci soit gagnant, pour faire changement.