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À quoi joue Moscou? janvier 8, 2009

Posted by jay2go in Russie et ex-républiques.
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Sur fond de léger conflit avec l’Ukraine, la Russie a coupé hier toutes les livraisons de gaz russe à sa rivale ; non seulement celles en direction de l’Ukraine mais également toutes celles transitant par son territoire, affectant du même coup l’approvisionnement en gaz d’une bonne partie de l’Europe.

« Mardi, au sixième jour du bras de fer, sept pays -Turquie, Grèce, Croatie, Bulgarie, Roumanie, Macédoine et Serbie- avaient constaté l’arrêt total de leur approvisionnement transitant par l’Ukraine. De leur côté, la France, l’Allemagne, l’Autriche, la Pologne et la Hongrie avaient fait état d’une large baisse de la quantité de gaz fourni par la Russie » nous informe le quotidien Les Affaires via son site internet.

À quoi joue la Russie? L’Ours russe s’est réveillé cet été, tout le monde le savait. Le bras de fer avec la Géorgie n’avait rien d’innocent et la Russie tenait à faire savoir à l’Occident qu’elle n’accepterait plus d’intrusion dans sa zone d’influence – encore moins une intrusion de l’OTAN. Tout le monde s’attendait également à ce que l’Ukraine soit, après la Géorgie, la prochaine victime du géant russe. Mais pourquoi maintenant? Et pourquoi punir l’Europe?

Vladimir Poutine voudrait-il se servir du prétexte d’un conflit économique (l’Ukraine aurait une facture en souffrance  envers Gazprom de 2,1 milliards de dollars) pour mettre de la pression politique sur le président ukrainien Viktor Iouchtchenko? Depuis que Moscou a appris à dire « NON! » aux visées expansionnistes de l’OTAN – vers qui reluquent ouvertement l’Ukraine et la Géorgie depuis que les révolutions de couleur (2004 en Ukraine et 2005 en Géorgie) ont mis au pouvoir des leaders pro-occidentaux – il ne semble pas en reste pour imposer ses points de vue aux ex-républiques soviétiques. Il est donc tout à fait plausible que la Russie se serve de ce différend économique uniquement pour mettre de la pression sur le très pro-occidental Iouchtchenko. Et pour ajouter du muscle autour de l’os, il faut rappeler que l’Ukraine, suite à une crise politique qui sévit depuis septembre dernier, se retrouvera en élections législatives très probablement vers la fin de 2009. Il va sans dire que le Kremlin préférerait avoir un premier ministre pro-russe plutôt que pro-occidental. Dans cette optique, couper le gaz aux citoyens ukrainiens pour leur rappeler les conséquences de ne pas « voter du bon bord » est une stratégie machiavélique… et peut-être efficace!

Radio France Internationale souligne par ailleurs que « l’un des problèmes les plus épineux est l’entrée de la Russie et de l’Ukraine dans l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Les États-Unis et l’Union européenne ont pris la décision politique de soutenir l’adhésion de l’Ukraine avant celle de la Russie. Or il est fort probable que l’Ukraine, une fois membre de l’OMC, n’hésiterait pas à opposer son veto à l’entrée de la Russie si celle-ci continuait à lui être hostile, notamment sur le plan énergétique. Il n’est donc pas étonnant que le Kremlin essaie – notamment par l’intermédiaire de Gazprom [la compagnie de gaz russe, ndlr] – de créer des situations où il est possible de présenter Kiev comme une capitale irresponsable politiquement et peu fiable sur le plan commercial, afin de compromettre la candidature ukrainienne à l’OMC. Sans oublier de souligner que l’économie ukrainienne est beaucoup plus faible et moins stable que celle de la Russie. »

Il ne s’agirait donc pas tant ici de punir l’Europe que de l’exaspérer, de façon à ce qu’elle voie d’un autre œil la candidature de l’Ukraine et qu’elle y pense à deux fois avant de l’admettre au sein de l’OMC, du moins avant la Russie.  D’autant plus que d’agir maintenant, alors que les yeux de la communauté internationale sont tournés vers le conflit entre Israël et le Hamas, a pour effet de donner de l’atout au jeu russe : rien de tel que de faire mal paraître l’adversaire alors qu’on ne vous accorde pas trop d’attention. Moscou espère ainsi peut-être éluder la question de sa propre responsabilité dans l’affaire, espérant que l’UE réalise que celle-ci incombe uniquement à l’Ukraine et à son faible potentiel de fiabilité – son énorme dette lui fera mal…

De toute façon, le Kremlin sait qu’il n’a rien à craindre de l’Europe des 27. On l’a vu dans le conflit russo-géorgien : 27 pays, dont des ex-républiques soviétiques hostiles à Moscou et des États plus modérés à cause de leur dépendance vis-à-vis la puissance russe, ça ne donne pas une ligne d’action très cohérente. Pendant que l’Union européenne tergiverse et cacophone, la Russie joue tranquillement son jeu, une carte après l’autre. Quoique dans ce contentieux (sur le gaz russe), l’UE semble aujourd’hui disposée à durcir le ton vis-à-vis Moscou : voyons voir si cela le fera reculer…

On a définitivement affaire à une nouvelle dynamique dans les relations qu’entretient la Russie avec ce qu’elle considère comme son « proche étranger » (les ex-républiques soviétiques et les anciens satellites de l’URSS) d’une part, et avec l’Occident (l’Union européenne et les États-Unis, mais surtout ces derniers) d’autre part.  Moscou est plus agressif que jamais, et il est également très impatient de restaurer son influence d’autrefois et de réaffirmer sa capacité à tenir tête à l’Occident.

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Commentaires»

1. Fabien Lorc'h - avril 8, 2009

Votre article est extrêmement intéressant mais je trouve qu’il ne relève pas assez une dynamique importante sur cette question. La simple question économique.

En effet le bras de fer avec la Géorgie avait certes un rapport avec l’Otan mais surtout celui de l’implantation de l’oléoduc Bakou-Tbilissi-Ceyhan. Cet oléoduc permet à la Géorgie d’être indépendante financièrement de la Russie et était donc difficilement acceptable pour Moscou.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Ol%C3%A9oduc_Bakou-Tbilissi-Ceyhan

Ce d’autant plus que des extensions étaient en projet.

Si désormais ce sont des hommes du KGB qui sont à la tête du pays (cf Poutine) ce n’est pas pour rien. L’implantation de ces hommes au pouvoir c’est fait grâce au fond de l’organisation et pour s’emparer des commandes économiques dans un pays en proie au libéralisme sauvage.

Les cordons de la bourse sont souvent la clé et on le voit dans l’affaire de l’Ukraine.

Gazprom est tout simplement la compagnie de Moscou. Son émanation directe. La volonté de l’Ukraine d’aller chercher en Europe ou ailleurs le moyen de se fournir en énergie n’a pas dû tout plût au Kremlin.

En fait l’utilisation des moyens économiques est à double tranchant. À la fois ils les gardent sous la coupe politique, à la fois ils s’assurent aussi par la même un client assuré.

La logique russe est donc la même que du temps de l’URSS, la seule différence ? Ce n’est plus un parti qui dirige mais un clan, le clan Poutine.

2. jay2go - avril 8, 2009

D’un autre côté, l’administration américaine, sous les Bush Sr, Clinton et W. Bush n’a pas hésité à stigmatiser et humilier la Russie, en plus d’agir systématiquement contre ses intérêts.

Qu’aujourd’hui la Russie désire retrouver un peu de marge de manoeuvre de façon à tenir tête aux États-Unis sur son propre territoire, on peut difficilement la blâmer. Car il ne faut pas oublier que le pipeline BTC était d’abord et avant tout sponsorisé par l’administration américaine, qui ne s’est pas beaucoup embarassée des subtilité de sa politique envers la Russie. Le but avoué était de pompé le pétrole de l’ancien espace soviétique, et « tant pis si la Russie n’est pas d’accord, c’est de toute façon une puissance vaincue », en quelque sorte.

D’autant plus que les révolutions de couleur en Ukraine, en Géorgie et au Kirghizistan ont été directement commanditées par la CIA, d’où la volonté de Moscou de réaffirmer sa détermination à ne plus laisser les Américains pratiquer une politique hostile à son égard dans sa propre cour arrière. Si les Américains ont pu manipuler les éléments anti-russes de l’Ukraine, qu’à cela ne tienne! La Russie considère qu’il est légitime qu’elle se défende, notamment en prenant l’Ukraine en otage. Est-ce immoral? On ne saurait situer l’analyse de la politique internationale à l’intérieur d’un cadre moral. C’est de la realpolitik, voilà tout, et la realpolitik est amorale.

Et si désormais ce sont des anciens du KGB qui sont à la tête de la Russie, c’est que personne n’a été convaincu que l’administration pro-occidentale et pro-capitaliste de Eltsine a su remettre la Russie sur le chemin de la prospérité, loin de là. Après le tumulte des années 1990, Poutine apparaît comme un sauveur pour son bon peuple. Et, venant de sources sûres (et russes), les Russes s’en foutent de la démocratie. Ils préfèrent largement avoir un niveau de vie décent et un État quelque peu autoritaire qu’un État soucieux des droits de la personne mais incapable de leur offrir du pain plus qu’une fois par semaine. Au moins aujourd’hui, les Russes ne font plus la queue pendant des heures le samedi matin pour un bout de pain.

Tout est relatif, et on fait nécessairement fausse route en essayant d’analyser la dynamique dans laquelle la Russie est plongée avec nos concepts d’occidentaux. C’est facile de blâmer le non-respect des droits de l’homme quand on a le ventre plein et des droits à n’en plus savoir quoi faire 🙂

La logique russe? Retrouver sa dignité, réaffirmer sa puissance, ne plus se laisser ostraciser par les puissances victorieuses du « nouvel ordre mondial » post guerre-froide. Et surtout, retrouver son influence dans ce qu’elle considère son espace vital. Car ne soyons pas dupes : même les Américains ont leur propre espace vital. L’Iraq fait d’ailleurs partie de ce que les Américains considèrent leur sphère d’influence au Moyen-Orient, du moins c’est là l’une des raisons qui ont conduit à l’invasion de 2003. Et si aujourd’hui la Russie refuse de collaborer avec les Américains… eh bien, le Américains ont eu 15 ans pour se faire de la Russie une alliée ; ils ont échoués. Ils n’ont pas fini de réparer les pots cassés, et personnellement, ça ne m’empêche pas de dormir.

Et s’il est vrai que la Russie joue un peu trop les chiens de garde sur ses ex-républiques, il ne faut pas oublier que les dirigeants géorgiens et ukrainiens (les deux ex-républiques soviétiques dans la mire de Moscou) sont les plus anti-russes et pro-occidentaux de l’ancien URSS et la Russie les considère comme une menace directe. Ceci expliquant cela, on comprend un peu mieux l’attitude belliqueuse de la Russie à l’égard de l’Ukraine et de la Géorgie.

Bien à vous 🙂

3. Fabien Lorc'h - avril 9, 2009

Faut pas non plus faire de l’anti-américanisme. Si les États-Unis ont chercher ont chercher à s’implanter dans la région c’est comme vous dites par realpolitik et tout ça est effectivement amoral.

Concernant les évènements en Ukraine ou ailleurs je pense qu’il y a tout de même eu un mouvement interne. Si la CIA a sans doute appuyer pour faire venir au pouvoir Ioutchenko il existait avant leur arrivée. C’est comme au Chili ou au Tibet. La CIA n’a pas créé ses mouvements, il les appuyé.

Après la Russie était plus sous Eltsine en reconstruction que pro-occidentale selon moi. Alors effectivement on s’est retrouvé avec un président affaibli dans une anarchie globale qui a profité aux requins de la finance.

Mais effectivement il y a un point essentiel de votre raisonnement qui prouver que la situation russe ne risque pas de changer de sitôt et qui est étonnant que personne ne dévoile en occident. La misère économique empêche de voir plus loin que cette question vitale. N’importe qui préférera avoir une dictature qui lui assure les moyens de subsistance qu’une économie moribonde démocratique.

Lorsque l’on voit le rapport étrange qu’on eu et qu’on toujours les russes avec leur histoire ça se comprend tout de suite. Ils reconnaissent l’absence de démocratie sous l’Union soviétique mais loue aussi le fait qu’ils avaient à manger.

Du pain et des jeux disaient-on sous l’empire romain et la révolution française n’aurait jamais eu dans une économie viable. Le facteur économique est quasi nié par les commentateurs occidentaux. C’est sur c’est plus facile de juger la qualité démocratique d’un pays alors que le notre même sous le coup de la crise est au moins viable.

Les questions de sphères d’influence pour moi j’ai des doutes. Je crois plutôt que les véritables chasses gardées naviguent au gré des situations, des hommes et des intérêts économiques. En fait je crois pas trop aux idéaux. Aux valeurs pourquoi pas mais je pense plutôt que si l’Irak par exemple dont vous parler à été envahi c’est plutôt le pétrole l’intérêt. Quand on voit que la première guerre du golfe a été faite pour libérer le Koweït on comprend tout de suite et quand au surplus les alliés des américains sont les saoudiens. L’or noir fait tourner de nombreuses têtes. Peut-être cela changera-t-il quand il commencera à manquer ou se sera pire ?

En tout cas une chose est sûre. Les questions humaines valent peu dans cette grande logique.


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