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La mouche et le canon janvier 5, 2009

Posted by jay2go in Moyen-Orient.
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Le Hamas ne reconnaît pas à Israël le droit d’exister et c’est, de surcroît, une organisation terroriste. Israël est ainsi totalement justifiée de maintenir le blocus contre la bande de Gaza et de poursuivre son offensive contre le Hamas, d’autant plus que c’est lui-même qui n’a pas respecté les accords de cessez-le-feu qui venaient à échéance le 19 décembre dernier.

Ça, c’est le discours d’Israël. Or, après quelques recherches, il apparaîtrait que le premier à avoir rompu la trêve soit bel et bien Israël. Le 4 novembre 2008, le jour même de l’élection présidentielle américaine, Israël bombardait la bande de Gaza.

Selon Rachad Antonius, « Contrairement à ce qui a été répété ad nauseam dans les éditoriaux ainsi que dans les entrevues télévisées, ce n’est pas le Hamas qui a brisé la trêve, mais bien Israël. C’est le 4 novembre 2008 que la trêve, qui durait depuis quatre mois, a été brisée par Israël lors d’un bombardement qui a fait six morts parmi les Palestiniens. C’est seulement après ces assassinats ciblés que les tirs de roquettes ont repris, pas avant. Le 17 novembre, les Israéliens bombardaient à nouveau et tuaient quatre autres Palestiniens, amenant le total de morts palestiniens à 15 depuis le bris de la trêve par Israël. Ces faits sont solidement documentés (voir par exemple les textes de l’ancien correspondant du Jerusalem Post, Joel Greenberg, dans le Chicago Tribune du 17 novembre 2008). Dès le lendemain du 4 novembre, Israël a décidé de boucler complètement Gaza et de ne pas permettre la circulation de nourriture et de médicaments. Entre le 5 novembre et le 30 novembre 2008, seuls 23 camions de vivres ont pu entrer à Gaza alors qu’en moyenne, ce sont 3000 camions par mois qui peuvent répondre aux besoins de la population qui se chiffre à 1,5 million. La situation humanitaire déjà désastreuse, et dénoncée comme telle par les représentants de l’ONU, est devenue encore plus catastrophique à la suite de ce blocus. Mais ni les bombardements israéliens ni le blocus ne sont considérés comme des actes d’agression. »

Eh non, ce ne sont pas des actes d’agression que de bombarder la Palestine ou d’effectuer un blocus complet d’un territoire où habitent 1,5 million de Palestiniens. Ce n’est que légitime défense! Vous avez bien compris : on n’est pas d’accord avec un gouvernement donc on lance des représailles contre la population civile. Ce sont tous des Palestiniens, donc c’est pareil, pas vrai? Et d’une même voix on affirme que c’est inacceptable que les populations israéliennes soient constamment prises en otage par le Hamas! Deux poids, deux mesures?

Jusqu’où Israël croit-il qu’il peut aller contre la bande de Gaza sans que ce ne soit considéré comme criminel? La situation dans la bande de Gaza frôlerait la catastrophe humanitaire selon plusieurs spécialistes et la Maison-Blanche, bien sûr, apporte son soutien indéfectible à Israël et accuse le Hamas de tous les maux. Mais pourquoi Israël n’a-t-il pas respecté la trêve? Pourquoi s’est-il a priori senti obligé de bombarder la bande de Gaza le 4 novembre dernier? Peut-être y a-t-il une obscure raison que je n’ai pas vue…

De même, je ne comprends pas la position d’Israël dans le conflit israélo-palestinien. Le gouvernement israélien refuse de discuter avec le Hamas puisque celui-ci « ne reconnaît pas à Israël le droit d’exister ». Je veux bien. Israël a tout à fait le droit d’exister, comme n’importe quel État sur la planète. Cependant, Israël n’est pas plus d’accord avec l’idée d’un État palestinien. Du moins, s’ils appuient la création d’un État palestinien, ils le cachent bien. Or qui leur enlève le droit de négocier en leur propre nom? Certains seront tentés d’effectuer le parallèle avec Hitler, Mussolini, Staline… vous savez, ces dictateurs qui ont tous été démocratiquement élus par leur population dans la vague totalitaire qui a emporté une bonne partie des pays d’Europe dans les années 1930? Le parallèle est bon. (Comme quoi la démocratie peut être responsable de la pire des dérives autocratiques mais c’est un autre débat…) Or, on semble oublier que tous ces dictateurs ont été légitimés par le reste de la communauté internationale au départ. Ils ont été considérés comme des interlocuteurs au même titre que les chefs d’État qui détenaient le pouvoir avant eux. Et pourquoi aurait-il fallu qu’il en soit autrement? Quand on veut éviter le pire, on s’assoit à table et on discute! Boycotter son interlocuteur ne fera que très rarement avancer les dossiers, je peux le garantir.

Mais non. Israël est un bon gouvernement, le Hamas non. Israël ne pointe pas ses missiles directement sur les civils, le Hamas si. Israël ne refuse pas le droit à la Palestine d’avoir son État (ça c’est discutable…), mais le Hamas refuse à Israël le droit d’exister. De même, on ne saurait tenir des populations israéliennes en otage, mais tenir des populations palestiniennes en otage ne pose pas problème puisque c’est leur faute, ils n’avaient qu’à ne pas élire un gouvernement terroriste…

On a affaire ici à une logique de deux poids, deux mesures, d’autant plus que la Maison-Blanche est entièrement et aveuglément derrière Israël. Ce dernier peut dès lors invoquer une crise existentielle du genre « On ne veut pas que j’existe » pour justifier des opérations d’une envergure comme celle qui existe présentement depuis 10 jours au Proche-Orient. Et que nous dit-on au sujet des 400 civils palestiniens tués? « Vous savez, des morts accidentelles, il y en a toujours… ». Ahem. Oui bien sûr. Pourquoi ai-je l’impression que la réaction serait beaucoup plus virulente si les civils en question étaient israéliens?

Israël a le droit de se défendre. Des menaces comme celles de l’Iran doivent être prises au sérieux et pas un État ne devrait accepter de composer avec cela. Qu’un gouvernement, aussi démocratiquement élu soit-il (le Hamas a été élu en janvier 2006), se permette de ne pas reconnaître le droit à Israël d’exister, c’est inacceptable. Mais n’est-il pas tout aussi inacceptable que de tuer des centaines de civils palestiniens sous couvert « d’éliminer le terrorisme »? N’est-il pas tout aussi inacceptable que de prendre une population en otage pour détruire un gouvernement dont la saveur ne nous plaît pas? N’est-ce pas là exactement ce que Washington a fait avec l’Iraq, et qui trouve encore aujourd’hui que c’était justifié? En plus, Israël a une capacité militaire de beaucoup supérieure à celle du Hamas et il ne se gêne pas pour l’utiliser dans toute sa grandeur. Et ce n’est pas grave nous dit-on puisque « Israël ne vise pas délibérément des civils alors que le Hamas, si ».

Pourquoi employer un boulet de canon pour tuer une mouche? Pourquoi faire autant de victimes innocentes parmi les Palestiniens? Est-ce parce qu’une vie de Palestinien, on s’en fout alors qu’une vie d’Israélien c’est sacré? Une chose est certaine, ce n’est pas en rejetant systématiquement la faute sur les actions du Hamas qu’Israël pourra se  justifier des crimes qu’il commet à l’encontre des Palestiniens.

Le but d’Israël est de se débarrasser du Hamas. Est-ce pour cela le blocus de Gaza? Tenir la population dans des conditions misérables dans l’espoir qu’ils ne votent pas pour le Hamas aux prochaines élections législatives (prévues pour 2010) puisque ce dernier aura été impuissant à les secourir? N’empêche, si Israël continue ainsi, il ne va pas discréditer le Hamas, bien au contraire. Le Hamas va gagner en légitimité et il sera encore plus dur pour Israël de se débarrasser de ce mouvement terroriste. Quoique, pendant ce temps, les négociations en vue de la création d’un État palestinien stagnent. Ne serait-ce pas là dans l’intérêt d’Israël? Surtout qu’avec l’arrivée d’Obama, tous les signes pointent en direction d’une activité accrue de Washington sur le front israélo-palestinien. On dit qu’Obama veut une paix entre les deux protagonistes, et qu’il y travaillera sans relâche. Dans cette optique, Israël avait peut-être tout intérêt à agir maintenant, à consolider ses positions face au Hamas, de telle sorte qu’il puisse négocier une paix à son avantage.

Si Washington et Tel-Aviv veulent vraiment en arriver à un accord, ce sont eux qui devront faire en sorte que cela soit possible. Et comme les deux attendent de se débarrasser du Hamas avant de poursuivre les négociations, l’offensive israélienne ne semble pas être la meilleure stratégie au monde. Je dis ça comme ça…

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Commentaires»

1. Israel - janvier 9, 2009

Je propose à chaque français manifestant criant « Nous sommes tous des palestiniens » de lui retirer sa carte d’identité française et lui offrir une identité palestinienne, l’amener à Gaza et donc l’encourager à être réellement solidaire avec cette cause. A mon avis, pas moins de 1% continuerait la route. Non ?

2. Benoît - janvier 25, 2009

Super bon résumé! Il se passe tellement de choses que c’est des fois dur à suivre!


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