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« La relève libérale » décembre 15, 2008

Posted by jay2go in Politique canadienne.
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L’arrivée de Michael Ignatieff à la tête du Parti libéral scellera probablement le cercueil du projet de coalition auquel Stéphane Dion s’était prêté pour pouvoir devenir premier ministre… S’il ne pouvait l’être en vertu d’une victoire électorale, il en occuperait le siège pendant au moins quelques mois!

Ce projet faisait le bonheur du NPD, qui voyait là une chance inespérée d’entrer au Conseil des ministres, et il faisait aussi le bonheur du Bloc, parce qu’il accentuerait inévitablement la division entre le Québec et le reste du Canada, comme l’ont d’ailleurs illustré les sondages qui montrent que cette idée de coalition est rejetée partout, sauf au Québec. Mais pour les libéraux, c’était une aventure d’une stupidité inouïe.

D’abord, pourquoi se seraient-ils empressés d’aller payer les pots cassés par la crise financière, au lieu de laisser le gouvernement élu se débrouiller avec ces problèmes-là? Leur participation à une coalition leur aurait apporté bien d’autres ennuis. À commencer par la perte définitive des provinces de l’Ouest, où le Parti libéral est déjà moribond.

Il était bien évident que ces quatre provinces, encore traumatisées par le Programme national de l’énergie de Trudeau, qui les a spoliées des revenus sur leurs ressources naturelles, ne pardonneraient jamais au PLC d’avoir pris la direction d’une coalition composée d’un parti sans appui dans l’Ouest et d’un NPD qui veut mettre le cadenas sur l’industrie pétrolière… et soutenue au surplus par le Bloc, qui ne présente pas de candidats hors du Québec et se promet d’amputer le pays!

Pour une (des rares) fois que l’Ouest avait «gagné ses élections», le «Canada central» venait lui retirer le tapis sous les pieds! Ceux qui s’étonnent de la réaction horrifiée des provinces de l’Ouest devant ce projet de coalition ne connaissent vraiment rien au Canada, en plus de manquer singulièrement d’empathie.

Ses partisans ne le cachaient pas, Michael Ignatieff était très réticent face à la coalition. Il a été le dernier député à signer l’engagement qui liait la troïka et ne s’y est sans doute résolu in extremis que pour ne pas avoir l’air de se dissocier de la troupe. Même au cours de la conférence de presse où il affirmait ne pas vouloir signer l’arrêt de mort de la coalition, il s’est échappé, en disant que l’irresponsabilité du premier ministre Harper aurait pu mener le pays à la «catastrophe»… Quelle catastrophe? La prise du pouvoir par la coalition?

Tout indique que M. Ignatieff, pas fou, va se servir de la menace d’un renversement du gouvernement comme d’un simple moyen de pression, pour forcer M. Harper à présenter en janvier un budget acceptable pour l’opposition. Ce dernier semble avoir compris le message, et a immédiatement proposé un rendez-vous de concertation. À moins d’être carrément suicidaire, M. Harper mettra de l’eau dans son vin. Il a eu sa leçon et sait maintenant qu’il ne pourra plus se montrer arrogant impunément.

Michael Ignatieff réussira-t-il à relever le PLC au Québec? Peut-être, quoiqu’en politique on ne puisse jamais jurer de rien. En tout cas, il devrait normalement faire beaucoup mieux que M. Dion.

Il part avec le crédit d’avoir été le premier à embrasser l’idée du Québec comme «nation». Il parle très bien français. Il a du charisme, du panache, un certain magnétisme. C’est, comme disent les Anglais, un «intellectuel public», par opposition aux universitaires ultraspécialisés, et les Québécois aiment ce genre de politicien, à l’aise dans le domaine des idées mais capable de toucher un vaste public. Sa propension à gaffer, en disant ce qui lui passait par la tête, lui a beaucoup nui dans le passé, mais ces dernières années, il s’est soumis à la dure école de la politique professionnelle.

On dit qu’il va essayer de se rapprocher de Jean Charest, en profitant du froid qui s’est installé entre ce dernier et Stephen Harper. Théoriquement, une alliance PLC-PLQ pourrait balayer le Québec… mais l’on est bien loin de cela. M. Charest ne s’occupe que de polir sa nouvelle image d’ultranationaliste québécois, et il y a des limites aux promesses que pourra lui faire M. Ignatieff, qui doit aussi consolider ses acquis en Ontario et partir à la conquête de l’Ouest.

***

Chronique de Lysiane Gagnon publiée le 13 décembre dans La Presse.

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