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Harper : leadership sur la sellette? novembre 30, 2008

Posted by jay2go in Politique canadienne.
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Peu importe l’issue de la crise parlementaire qui sévit à Ottawa, M. Harper a perdu une énorme dose de crédibilité face à l’opposition. Cela lui coûtera-t-il en plus le leadership conservateur?

En agissant comme il l’a fait, M. Harper aura affaibli considérablement son gouvernement. À moins qu’il ne réussisse à discréditer l’opposition aux yeux de la population, son gouvernement devra oeuvrer dans un Parlement qui lui est hostile. Du moins jusqu’à ce qu’on sente que le timing soit à nouveau du côté du gouvernement. À cet égard, il serait intéressant de résoudre la question du délai qu’a un gouverneur général pour pouvoir refuser la tenue d’un deuxième scrutin. Une deuxième élection après un an est-elle plus acceptable qu’après six mois? Comment trace-t-on la ligne?

M. Harper a commis deux erreurs stratégiques patentes qui entacheront sérieusement son leadership.

Harper le Machiavélique

En mettant au jour ses viles intentions, M. Harper a révélé un côté de l’homme politique qui n’était jusque là pas si flagrant. Or dorénavant, comment ne pas le soupçonner de préparer en cachette une autre épreuve de force visant à étrangler l’opposition? Sa crédibilité est irrémédiablement entachée. Comment pourra-t-il se présenter à nouveau comme l’homme des compromis? Le leadership autoritariste de M. Harper aura peut-être causé sa propre perte.

Il reste néanmoins une option à M. Harper, et tout indique qu’il l’emploiera – personnellement, je parierais dessus. Il lui reste en effet à proroger le Parlement jusqu’à la reprise des travaux, le 26 janvier prochain. Comme il a devancé la date du dépot de son budget au 27 janvier, l’opposition pourra le renverser sur quelque chose de solide – le budget – et non sur un simple énoncé économique. Ce faisant, M. Harper s’achète un sursis de deux mois, puisque le vote sur le budget aurait vraisemblablement lieu au début février. Deux mois donc, pendant lesquels il pourra s’employer à discréditer et délégitimer l’opposition aux yeux de la population.

Harper l’Unificateur

D’un autre côté, M. Harper a contribué à revigorer une opposition jusque là faiblarde. Chantal Hébert a déjà parlé de la « loi des conséquences inattendues » en politique ; la voici à l’oeuvre, cette loi.

La stratégie de M. Harper a non seulement poussé les libéraux vers un semblant de consensus quant à l’issue de la course à la chefferie, et même s’il a prorogé le Parlement, tout indique que les libéraux voudront avoir leur nouveau chef pour la rentrée parlementaire. Il leur évite ainsi un coûteux congrès au leadership en plus de colmater les dissensions internes entre Ignatieff et Rae qui se seraient peut-être exacerbées avec la tenue du congrès tel que prévu. M. Rae devra reconnaître qu’il n’est pas en position de force et il pourra plus facilement travailler avec ses collèges libéraux. L’unité du parti s’en portera beaucoup mieux, et le parti sera davantage prêt à faire face aux conservateurs que si le chef aurait eu à passé l’été à réparer l’égo de son rival et à s’en faire un allié.

En braquant l’opposition comme il l’a fait, M. Harper a aussi précipité dans les bras l’un de l’autre le PLC et le NPD. Ces deux partis se sont fait concurrence entre eux aux dernières élections et cela a favorisé les conservateurs ; cette fois, M. Harper a grandement contribué à leur rapprochement, et cela ne se fera qu’au détriment des conservateurs. Qui plus est, M. Ignatieff est le plus aimé des Québécois de tous les candidats à la précédente course à la chefferie libérale. Il est perçu comme le plus nationaliste des libéraux et donc le plus favorable au Québec, et cela ne peut qu’aider le Bloc québécois à appuyer la coalition libérale-néo-démocrate, si celle-ci devait prendre vie.

La stratégie de M. Harper aura donc eu comme conséquence de revigorer l’opposition et de la renforcer au détriment de son gouvernement. Comment peut-il rester en poste après cela? Même s’il parvient à désamorcer la crise, Harper devra démissionner. À moins qu’il ne réussisse un tour de force et qu’il ne parvienne à réaffaiblir l’opposition. Il faut quand même avouer qu’il est toujours un peu hasardeux d’enterrer un politicien. Si la question ne se posera pas dans un avenir très rapproché, elle se posera néanmoins. Car si M. Harper avait l’intention d’être sur les rangs lors de la prochaine élection générale, il vient peut-être de la perdre avec cette crise politique qu’il a lui même manufacturée.

P.S.: À propos des prérogatives de la gouverneure générale… et comment qu’elle peut refuser de dissoudra la Chambre! Voulez-me dire à quoi ça sert d’entretenir cette fonction si le ou la titulaire n’a même pas le loisir de ne pas acquiescer aux recommandations du premier ministre? Si en période de crise politique le chef d’État ne peut s’opposer au chef du gouvernement, qu’on abolisse le poste de chef d’État au plus vite! Le(la) gouveneur(e) général(e) n’est quand même pas qu’une potiche du premier ministre de l’heure.

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