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L’arroseur arrosé novembre 28, 2008

Posted by jay2go in Politique canadienne.
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Crise parlementaire à Ottawa! L’opposition menace de renverser le gouvernement sur son énoncé économique dès le lundi 1er 8 décembre prochain et de former un gouvernement de coalition libéral-néo-démocrate avec l’appui tacite du Bloc québécois.

En tentant d’appliquer la même tactique à ce Parlement que celle qui avait fait leur « force » lors du précédent Parlement, les Conservateurs pourraient vraisemblablement perdre le pouvoir la semaine prochaine. Ils ont fait une très mauvaise lecture des cartes de la politique fédérale. Les conservateurs semblent avoir oublié que cette fois, la gouverneure générale pourrait très bien les ramener à l’ordre, et pas nécessairement de la manière la moins douloureuse…

Comment les stratèges conservateurs ont-ils pu sous-estimer l’ampleur de cette crise? Tout d’abord, profiter de la crise financière pour faire avancer leur agenda idéologique, n’est-ce pas de la basse politique partisane? Qu’on se le tienne pour dit : tout ce que souhaite M. Harper, c’est asphyxier les partis d’opposition sous couvert d’austérité fiscale. On s’entend que 28 millions de dollars, c’est franchement rien dans le budget fédéral. Le Parti conservateur sera le premier touché, nous dit-on. Il sera également le premier et probablement l’un des seuls à s’en remettre, mais ça on ne le dit pas. L’énoncé économique prévoit aussi l’abolition du droit de grève des fonctionnaires fédéraux (à l’aube de l’ouverture des négociations entre le Conseil du Trésor et la fonction publique, quel drôle de hasard…) et à abolir le programme d’équité salariale. Tout en ne proposant rien contre la crise économique, évidemment. L’intervention gouvernementale ne fait pas partie du credo conservateur, loin de là. Si M. Harper veut aller de l’avant, qu’il en soit ainsi. Le gouvernement aura alors été le seul et unique responsable de la crise  qui sévit sur la colline parlementaire outaouaise depuis 24h.

L’adage « crachez en l’air et ça vous retombera sur le nez » est en train de se vérifier à la vitesse grand V. Les conservateurs ont multiplié les votes de confiance devant l’opposition affaiblie pendant la plus grande partie du règne de Stéphane Dion à la tête des libéraux, qui s’abstenaient de voter contre les motions de confiance du gouvernement pour éviter de se retrouver en campagne électorale. Les conservateurs ont eu le champ libre pour faire avancer leur agenda politique sur le dos d’un Parti libéral affaibli et ont eu le loisir de gouverner comme ils l’entendaient, malgré leur statut minoritaire parce que l’opposition n’osait pas lui tenir tête. Or les choses sont différentes maintenant. La gouverneure générale aurait tout le loisir d’intervenir et de refuser de dissoudre la Chambre pour ne pas renvoyer les Canadiens aux urnes deux mois seulement après les élections qui ont porté ce gouvernement au pouvoir. Le timing est du côté de l’opposition, et les stratèges conservateurs semblent l’ignorer. L’éastique a trop été étiré, il est sur le point de leur claquer au visage et ça pourrait faire très mal.

Dans ce contexte, les pourparlers entre le NPD et le PLC en vue de former un gouvernement de coalition ayant l’appui tacite du Bloc québécois ajoutent une dose de réalité à la crise parlementaire en cours à Ottawa. Déjà, le NPD a présenté les conditions à son éventuelle participation à un gouvernement de coalition – il veut entre autres 1/3 des postes ministériels, dont l’Environnement et les Finances – et Ed Broadbent et Jean Chrétien, deux anciens chefs des deux formations respectives, se sont rencontrés à quatre reprises déjà. On a donné le mandat à ces mentors, dit-on, de négocier un accord sur la formation d’un gouvernement de coalition entre les parties libérale et néo-démocrate. Comme ni les conservateurs ni aucun parti de l’opposition ne se dit disposé à reculer, les dés semblent jetés mais les jeux sont-ils faits pour autant?

Ça me rappelle le « jeu du chicken », une théorie très populaire dans les cercles universitaires chez les tenants de l’école des choix rationnels. Deux voitures en compétition se dirigent à toute vitesse l’une vers l’autre. La première à flancher sera traitée de peureuse, sera ridiculisée, perdra des points (disons de sa puissance – sa capacité à influencer sur les comportements de l’autre) que l’autre gagnera. Le vainqueur augmente son pouvoir de dissuasion, atout essentiel du pouvoir. Soit l’un des deux conducteurs se dégonfle soit les deux font collision. C’est la même chose ici : qui du gouvernement ou de l’opposition flanchera? Y a-t-il quelqu’un qui reculera? Lthéorie des jeux prévoit que non : théoriquement, personne n’a intérêt à perdre la face. D’où une possibilité accrue d’une collision. La théorie se vérifiera-t-elle empiriquement avec cette crise parlementaire? Les prochains jours seront très intéressants.

Personnellement, je dis : montrons la porte aux conservateurs. Leurs utilisation à outrance des votes de confiance (habituellement un premier ministre essaie d’éviter les votes de confiance non? Harper, lui, les multiplie pour tirer parti de la faiblesse de l’adversaire! Il est passé maître dans l’art d’exploiter le cynisme…), leur idéologie partisane, leur attitude hautaine envers leurs adversaires politiques, leur haine publiquement connue des libéraux, la paranoïa excessive dont ils font preuve et tout ce qui s’y rattache (la culture du secret, la méfiance presque schizophrène à l’endroit des médias, des institutions para-gouvernementales et des fonctionnaires), leur obsession de la loi et l’ordre, les viles tentatives d’enfoncer leur agenda de droite dans la gorge des parlementaires et par le fait même dans celle des Canadiens… tout ça, tout ça justifie de les remettre dans l’opposition. Pourquoi cette dérive autoritaire? Les libéraux affichaient-ils une aussi grande soif de pouvoir?

Chantal Hébert écrivait hier sur son blog : « le 14 octobre, la majorité des électeurs canadiens ont refusé de donner les coudées franches aux Conservateurs pour qu’ils refaçonnent le Canada à leur image et à leur ressemblance. Aujourd’hui, on est, au minimum, devant une partie de bras de fer pour forcer Stephen Harper à respecter les termes du mandat minoritaire qu’il a reçu le mois dernier. »

Les conservateurs ont prouvé qu’ils n’avaient pas leur place dans les plus hautes sphères du gouvernement canadien. En ayant voulu une fois de plus diriger comme s’ils étaient majoritaires, ils se seront douloureusement tirer dans le pied. Un séjour dans l’opposition leur offrirait une belle occasion d’y réfléchir.

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