jump to navigation

Big Three : la suite novembre 26, 2008

Posted by jay2go in Économie et crise financière, Chroniques externes.
add a comment

Une autre chronique de Van de Walle, intitulée « Le Big Three et les coffres de l’État? » et qui reflète bien ce que je pense de GM & cie.

***

General Motors fête cette année son centenaire. Mais ce qui fut pendant l’essentiel du dernier siècle le fleuron du secteur manufacturier américain est maintenant à l’agonie.

Depuis 2005, GM a perdu 70 milliards de dollars. Seulement depuis le début de l’année, ses pertes totalisent 14 G$. La compagnie brûle actuellement son « cash » au rythme d’environ 2 G$ par mois.

Celui qui préside ce désastre, le PDG Rick Wagoner, a dit que les liquidités fondaient à une vitesse telle qu’il n’y aurait plus assez d’argent à la fin de l’année pour faire rouler l’entreprise.

Il a profité de la situation pour faire du chantage et réclamer une aide urgente de Washington, invoquant le soutien de 700 G$ que l’administration Bush a mis en place pour sauver le secteur financier et bancaire.

√ √ √

General Motors a commencé sa cure d’amaigrissement. Quelque 120 000 personnes ont été licenciées au cours des huit dernières années. De nombreuses usines ont été fermées, comme celle de Boisbriand au Québec. Malgré tout, le premier constructeur automobile américain demeure une grosse affaire. La multinationale emploie encore 250 000 personnes à travers le monde.

Et c’est sans parler des centaines de milliers d’emplois indirects qu’on retrouve chez ses sous-traitants, ses fournisseurs de pièces, ses concessionnaires, ses publicitaires, etc.

Avec les deux autres, Ford et Chrysler, on estime qu’environ trois millions d’emplois aux États-Unis seraient en péril dans l’industrie automobile.

√ √ √

On ne s’étonne donc pas qu’en début de semaine, le président désigné Barack Obama ait demandé à celui qui est encore en exercice, George W. Bush, de faire adopter un plan de sauvetage de l’industrie automobile. Non seulement M. Obama est-il bien davantage sensible que l’autre aux répercussions du problème sur la vie de millions de familles ouvrières, mais encore un grand nombre d’usines sont situées dans des États, notamment le Michigan, représentés par des démocrates.

Washington a déjà offert 25 G$ en prêts en septembre. Les constructeurs réclament 50 G$ de plus.

√ √ √

Si personne ne conteste l’urgence de la situation, la question est de savoir si l’État doit venir ou non à la rescousse de trois canards boiteux.

La crise financière et économique a accru les déboires des constructeurs américains (les ventes de GM ont chuté de 45 % en octobre). Mais ceux-ci sont les artisans de leurs malheurs. En misant sur les gros « trucks », les véhicules utilitaires sport 4×4 et des autos toujours énergivores, ils ont creusé leur propre tombe. Pendant que GM s’entêtait à construire des Hummer, Toyota misait sur ses petits véhicules, développait des hybrides et offrait des produits de qualité bien supérieure. Fabriqués eux aussi dans des usines aux États-Unis.

Brancher GM, Ford et Chrysler sur les coffres de l’État (donc des contribuables qui sont aussi des travailleurs) ne ferait que pelleter le problème en avant. Car dans six mois, un an, ils reviendront à la charge pour avoir plus d’aide.D’ailleurs, entre le sauvetage avec l’argent du peuple et la fermeture, il y a cette chose qui s’appelle le Chapitre 11 de la loi américaine sur les faillites. Elle permet aux entreprises de se placer sous la protection des tribunaux pendant qu’elles se réorganisent. Les compagnies aériennes y ont eu abondamment recours après les attentats de septembre 2001.

GM et les autres constructeurs doivent changer radicalement s’ils veulent répondre aux besoins actuels du marché. Dans ce processus, il est possible que certaines des usines fermées soient rachetées par des concurrents asiatiques ou européens. Les ventes d’autos reprendront, et beaucoup de travailleurs trouveront du boulot ailleurs.

Le désastre annoncé par Rick Wagoner ne sert qu’à faire monter les pressions politiques. S’il était de bonne foi, il pourrait commencer par remettre une partie des 14,4 M$ en compensations diverses obtenues en 2007. Ça sauverait déjà plusieurs dizaines d’emplois.

Publicités

« Vers la déflation? » novembre 26, 2008

Posted by jay2go in Économie et crise financière, Chroniques externes.
add a comment

Chronique publiée par M. Michel Van de Walle le 21 novembre dernier dans le Journal de Montréal.

***

Le grand débat chez les économistes, ce n’est plus de savoir si on se dirige ou pas vers une récession. L’affaire est classée : le Japon y est, des pays européens y sont aussi, les États-Unis sont probablement dedans jusqu’aux oreilles et le Canada pourrait aussi y passer.

Maintenant, le débat consiste à savoir si l’accélération de la débandade économique va nous conduire vers une période de déflation. La déflation, c’est l’inverse de l’inflation : une période où les prix, au lieu d’augmenter, se mettent à baisser.

√ √ √

Les données publiées mercredi aux États-Unis sur l’indice des prix à la consommation ont ravivé les craintes de plusieurs. L’indice global a chuté de 1 % en octobre. C’est le pire recul mensuel en 61 ans !

La chute des prix du pétrole est en grande partie responsable. Les prix dans le secteur du transport ont décliné de 5,4 %, une baisse significative due surtout au recul de 13,9 % des prix de l’essence. Les prix des véhicules neufs et usagés ont reculé de 0,7 %. Les prix des vêtements, un autre poste de dépenses important des consommateurs, ont baissé de 1 %.

Au total, il y a encore de l’inflation aux États-Unis. La variation annuelle était à 3,7 % en octobre. Mais c’est beaucoup moins que les 4,9 % du mois précédent. Et lorsqu’on retire les éléments plus volatils que sont l’énergie et l’alimentation, l’inflation fondamentale a ralenti de 2,5 % à 2,2 %.

√ √ √

Pourquoi s’inquiéter, alors ?

Parce que la tendance lourde est à la désinflation des prix et que cela pourrait se transformer en déflation.

La différence est énorme.

En période de ralentissement, il est normal que l’inflation diminue. La demande pour les biens et services s’essouffle et les entreprises ont plus de difficultés à faire passer des hausses de prix.

Mais pour que l’économie continue de rouler, il faut qu’il y ait un minimum d’inflation. Ce n’est pas pour rien que la Banque du Canada, par exemple, a pour cible une inflation de 2 %. Cela permet d’assurer la croissance.

Or, qu’arrive-t-il actuellement ?

Non seulement les prix du pétrole et des métaux chutent à vue d’oeil, mais ceux des maisons aux États-Unis s’effondrent. Les ventes au détail diminuent et à l’approche des fêtes, les commerçants ont déjà commencé à baisser leurs prix. Les écrans plasma coûtent moins cher, etc.

La crise aux États-Unis provoque déjà des mises à pied et il y aura de moins en moins de gens pour consommer. Les profits des entreprises chutent et certaines vont carrément fermer. C’est ce qu’anticipe la forte correction actuelle des marchés boursiers.

Cela pourrait conduire, comme ce fut le cas au Japon dans les années 1990, à une longue période de déflation. L’économie s’enfonce car les gens reportent leurs achats, présumant que demain, les prix seront encore plus bas. Il s’agit là d’une spirale infernale de laquelle il est très difficile de s’extirper.

Pour relancer l’économie, les banques centrales abaissent les taux qui tombent à zéro, ou presque. Le problème, c’est qu’aux États-Unis, on y est presque, avec un taux directeur à seulement 1 %.

√ √ √

La seule façon, pour les gouvernements, de relancer l’économie, c’est d’imprimer de l’argent, d’investir massivement dans des projets d’infrastructures et de hausser les prestations sociales pour aider les chômeurs à survivre et pour maintenir les dépenses de consommation.

Nos voisins américains n’en sont pas là. Il s’agit d’un scénario pour lequel les probabilités sont faibles, selon les économistes. Au Japon, le gouvernement a tardé à agir, ce qui a prolongé la crise. Ici, on a été plus vite sur la gâchette, ce qui laisse espérer qu’on évitera le pire.

Mais qui, il y a six mois, aurait dit que le baril de pétrole se vendrait aujourd’hui moins de 50 $US, que les trois grands de l’auto seraient sur le bord de la faillite, que Washington nationaliserait des banques et des assureurs et que les indices boursiers de la planète auraient reculé de plus de 40 % ?