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« Faisons payer les riches! » novembre 18, 2008

Posted by jay2go in Brassage d'idées, Chroniques externes.
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Je ne porte pas Richard Martineau dans mon coeur. Je déteste le chroniqueur politique ; je le trouve très populiste et démagogue. Mais la chronique qui suit (publiée dans le Journal de Montréal, eh oui que voulez-vous, c’est ma journée de lecture des chroniqueurs du JdM!) a le mérite de proposer quelque idée. Disons que ça fait différent du « consensus québécois » auxquels nos élites nous ont habitués et avec lequel ils nous endorment un peu plus chaque jour….

***

Vendredi, sur mon blogue, je me demandais pourquoi les frais de CPE étaient de sept dollars par jour par enfant, indépendamment du revenu annuel des parents.

Vous gagnez 30 000 $ par année ? Vous payez sept dollars. Vous gagnez 150 000 $ ? Vous payez sept dollars.

«Ça n’a pas beaucoup de sens, écrivais-je. Concrètement, ça veut dire qu’on subventionne les riches…»

PAYER DEUX FOIS

Ma question a fait bondir les internautes. «Contrairement à ce que vous dites, les riches déboursent plus d’argent que les pauvres pour profiter des services de l’État pour la simple et bonne raison qu’ils paient plus d’impôts», m’a-t-on dit.

«Augmenter les frais pour les riches revient à les faire payer deux fois. La fiscalité est déjà ajustée pour leur faire cracher le morceau…», m’a écrit Stéphane Lessard.

«Celui qui gagne 150 000 $ par an paie 50 000 $ d’impôts alors que celui qui a un revenu annuel de 30 000 $ en paie environ 6 000 $. La différence de 43 000 $ sert en partie à financer le système de CPE…», m’a lancé Raymond Morneau.

D’accord.

Mais si au lieu de faire payer les riches par le biais des impôts, on leur demandait tout simplement de payer plus cher les services qu’ils utilisent ?

Vous ne trouvez pas que ça serait plus équitable ?

DES TARIFS DIFFÉRENCIÉS

Ne riez pas, je ne suis pas tout seul à penser ça.

Dans Pour une gauche efficace, l’essai qu’il vient de publier chez Boréal, Jean-François Lisée affirme la même chose.

L’État a besoin d’argent pour répondre aux besoins croissants de la population, écrit-il. Au lieu d’augmenter les impôts (une stratégie qui encourage nos diplômés et nos entrepreneurs à lever les feutres et à s’installer dans des pays où le fardeau fiscal est moins lourd), pourquoi ne met-on pas sur pied une tarification différenciée ?

Lisée a vécu plusieurs années à Paris. Là-bas, écrit-il, quand vous inscrivez votre enfant à l’école, vous devez présenter votre feuille d’impôts de l’année précédente.

Pourquoi ? Parce que les coûts des repas varient en fonction des revenus des parents. Vous êtes pauvres ? Les repas de votre enfant sont gratuits. Vous êtes riches ? Vous payez le coût réel.

«Il y avait cinq niveaux, écrit Jean-François Lisée. Et les parents ne faisaient aucune difficulté pour montrer leurs documents.»

CONTRAVENTIONS ASYMÉTRIQUES

On pourrait faire la même chose avec les permis de conduire, les services de garde, les frais d’hospitalisation, les contraventions, les amendes…

«Vous devez verser 100 $ pour un excès de vitesse, écrit Lisée. Si vous touchez le salaire minimum, il vous faudra 12 heures et demie de travail pour payer. Si vous êtes parmi les 100 grands chefs d’entreprise canadiens, cette somme vous privera de moins de deux minutes de votre travail. Pourquoi l’amende ne serait pas l’équivalent d’une demi-journée de revenu, tout simplement ?»

Selon le ministère québécois des Finances, un dollar perçu en tarification a moins d’impact négatif sur la croissance que le même dollar perçu en impôt sur le revenu.

Bref, c’est mieux de demander aux riches de sortir plus d’argent chaque fois qu’ils utilisent un service de l’État que de hausser leurs impôts !

Pourquoi aucun politicien n’ose discuter sérieusement de cette idée ?

ÇA, ça serait original !

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« La fin des libéraux? » novembre 18, 2008

Posted by jay2go in Chroniques externes, Politique canadienne.
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Voici l’article complet de Daniel Lessard du 10 novembre dernier dont je faisais mention dans un article précédent. Il est disponible sur le site de Radio-Canada. Bonne méditation!

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La fin approche-t-elle pour les libéraux fédéraux? Le parti des Wilfrid Laurier, Lester B. Pearson et Pierre-Elliott Trudeau disparaîtra-t-il?

Ces questions peuvent sembler incongrues, sûrement prématurées. Les libéraux de souche pensent qu’un bon chef et un programme renouvelé suffiront à renverser la tendance. Les libéraux plus réalistes vous diront qu’il faudra beaucoup plus de temps et d’idées pour relancer le parti.

Un parti démoralisé

Depuis trois élections, le pourcentage des suffrages obtenus par les libéraux est à la baisse. Les conservateurs ont envahi les forteresses libérales. Ils ont fait des percées intéressantes auprès des femmes et des groupes ethniques. Ils sont aux portes des grandes villes.

Sous Stephen Harper, les bleus ont complètement déclassé les rouges au chapitre du recrutement des membres et du financement. Inspiré par ses cousins américains et australiens, le parti conservateur est devenu un parti ultramoderne, qu’il s’agisse d’organisation, de communication ou de stratégie électorale. En comparaison, les libéraux sont encore à l’époque du bouche à oreille. Il faudra des années pour moderniser le parti.

Dans ce contexte difficile, le parti libéral peut-il rebondir? Comme il l’a fait après Diefenbaker, après les deux minorités de Lester B. Pearson, après les défaites cinglantes de John Turner aux mains de Brian Mulroney.

Depuis les victoires faciles de Jean Chrétien, qui profitait d’une opposition divisée, depuis le déchirement profond entre les clans Martin et Chrétien, le parti est démoralisé, atrophié. La grosse machine libérale est en panne. Le parti n’a plus de gouvernail. Plus de Keith Davey, de Marc Lalonde ni d’Alan McEachern qui veillaient sur tout.

Plusieurs libéraux pensent que le parti dormait lors du dernier congrès à la direction, qui a ouvert la porte à Stéphane Dion, grâce à l’aide d’un néophyte, Gérard Kennedy.

D’immenses défis

Les défis du parti sont énormes: choisir le bon chef, l’aider à bâtir un parti moderne et, surtout, lui donner un programme attirant. Le bon chef? Y a-t-il un Barack Obama dans la salle?

Ils sont nombreux à penser que Michael Ignatieff est celui qui s’en rapproche le plus. Tout aussi nombreux à aimer l’expérience et la sagesse acquises de haute lutte par Bob Rae. Et ceux qui croient que l’heure est venue d’ouvrir les portes à la nouvelle génération, celle des Dominique Leblanc, des Martha Hall-Findlay ou des Martin Cauchon.

Un parti moderne? Un parti qui mettra toutes ses vieilleries à la poubelle, qui apprendra comment fonctionne Internet et qui repensera complètement ses techniques de financement et de recrutement.

Un parti qui se redonnera des assises solides au Québec et qui ira cogner aux portes des circonscriptions, où il est absent depuis si longtemps. Ne pas oublier que depuis la Confédération, le parti libéral s’est maintenu au pouvoir grâce au Québec, aux grandes villes et aux catholiques.

Un programme attirant. En occupant le centre, sans hésiter à pousser des pointes à droite ou à gauche, quand c’est nécessaire. Avec Stéphane Dion, le parti s’est trouvé trop à gauche, dans le camp du NPD, des verts et du Bloc au Québec.

Des libéraux pensent que le parti doit revenir au centre et éviter des campagnes axées sur une seule idée de gauche, comme le Tournant vert. Revenir au centre pour ne pas laisser tant d’espace à Stephen Harper. Et ne pas lui donner raison quand il dit que les Canadiens sont de plus en plus conservateurs, dans tous les sens du mot… à moins qu’ils soient de moins en moins libéraux…

7 millions d’Ouzbeks? novembre 18, 2008

Posted by jay2go in Élections Québec 2008, Politique canadienne, Politique québécoise.
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carte-ouzbekistan

Je n’en peux plus d’entendre certains hurluberlus chialer qu’ils ne veulent pas d’élections et ensuite se justifier de ne pas aller voter parce qu’ils n’en voulaient pas…

D’abord, mettons quelque chose au clair : ce ne sont pas les pays autoritaires et non-démocratiques qui manquent, on s’entend là-dessus?! Ceux qui ne veulent plus d’élections, qu’ils déménagent en Ouzbékistan, en Libye ou bien en Birmanie, tiens! Ou en Syrie ou en Arabie Saoudite! Au Yémen peut-être? En Azerbaïdjan? Ils ont l’embarras du choix. Ou encore des élections truquées, c’est peut-être ça qu’il nous faudrait, puisque la plupart des gens semblent de toute façon croire que les élections sont arrangées d’avance.

Ces mêmes gens qui se sont évertués toute l’année 2007 à sortir dans les auditions de la Commission Bouchard-Taylor pour dire aux immigrants « si vous n’êtes pas contents, retournez-donc chez vous »… Eh bien voilà, chers amigos, je vous le renvoie en pleine face : si vous n’êtes pas contents, câl***ez donc votre camp ailleurs. Pas compliqué, pourtant. Laissez la démocratie à ceux qui savent l’apprécier, puisque de toute façon vous en êtes la pire menace. Car ce ne sont pas les élections à répétition qui sont une menace à la démocratie, ce sont les faibles taux de participation. Et s’il y a un argument qui m’horripile, c’est bien celui du pauvre petit pou qui boude parce qu’il ne voulait pas d’élections. Ugh! Au secours, réveillez-moi quelqu’un… et ce sont ces mêmes gens qui ensuite vont passer les quatre prochaines années à pester contre un gouvernement qu’ils auront de toute façon contribué à élire en n’allant pas voter? Qui ne dit mot consent, pas vrai? Du moins en démocratie. Non vraiment, je n’en peux tout simplement plus de cette déresponsabilisation de masse. Les taux de participation atteignent des bas niveaux records, et certaines personnes sont quand même fières de ne pas aller voter. Et ce n’est pas leur faute, c’est celle des politiciens qui déclenchent les campagnes électorales! Et pour quelles raisons ces personnes n’iraient-elles pas voter?

1) Oui, les libéraux ont été opportunistes en déclenchant cette campagne électorale. So what? De un, c’est le propre de la politique que d’être opportuniste : on cherche une fenêtre d’opportunité et on la saisit, sans plus de chichis! Ne me dîtes pas que vous n’aviez pas encore compris? De deux, quoi, est-ce moins révoltant quand le parti au pouvoir ne contrôle pas l’agenda? Une élection printannière où les sondages auraient été favorables à l’un des deux partis d’opposition aurait-elle été moins opportuniste? Poser la question, c’est y répondre. Et de trois, de toute façon, imaginons un instant que l’état catastrophique des finances publiques oblige le gouvernement à adopter des mesures impopulaires – augmenter les impôts, pourquoi pas? Serait-il plus responsable d’être défait sur cette question par un parti d’opposition ayant le vent dans les voiles, alors que la situation financière du gouvernement serait en crise? La légèreté de l’argument des libéraux – il faut un mandat fort en temps de crise –  n’enlève rien à sa véracité…

2) Oui, c’est la troisième élection en 2008, en comptant la campagne américaine. So what? D’abord, parlons-en, de la campagne américaine! Serions-nous devenus des citoyens américains? Ah bon, parce qu’il me semble que la campagne américaine, on n’y a pas voté, alors comment peut-on l’évoquer lorsqu’on parle de la campagne québécoise comme d’une campagne de trop? Oui, c’est vrai, il y a eu la fédérale. Cela dit, pourquoi M. Harper, qui a en passant violé sa propre loi sur les élections à date fixe, a suscité moins de grogne (j’y reviendrai plus tard, sur cet accroc à la loi) que M. Charest? D’autres évoqueront la pâleur de nos candidats au poste de premier ministre en comparaison avec le charisme de Barack Obama. Là-dessus, je comprends la déception, mais bon, il faut bien revenir sur Terre : nous ne sommes PAS Américains. S’il fallait attendre un Barack Obama québécois pour aller voter, on pourrait attendre encore longtemps. Alors rien ne sert de rêver, le retour à la réalité n’en sera que plus dur. Et pourquoi l’électeur n’en profiterait-il pas pour voir d’un autre oeil les politiciens québécois? Ils n’ont pas tous des défauts quand même…

La vérité, c’est qu’il n’y a jamais de raison assez bonne aux yeux des électeurs qui justifie une élection. D’ailleurs ne nous l’a-t-on pas assez répété : 70% des Québécois n’en voulaient pas d’élections… Pouahah, non, c’est pas sérieux… 70% ? Parce qu’il y a déjà eu plus que, disons pour être généreux, 30% de Québécois qui eussent jamais voulu d’une élection, de toute façon? Ben non, les Québécois n’en veulent pas, d’élections… les Québécois n’en veulent JAMAIS, d’élections! Jean Charest l’a dit, une élection, c’est comme un rendez-vous chez le dentiste. Avez-vous déjà vu un sondage où la majorité des sondés voulaient une élection? Surement pas plus qu’un sondage où la majorité des gens voulaient subir un traitement de canal ou une extraction de leurs dents de sagesse! Même après des mandats de 15 ans et avec Ronald McDonald comme premier ministre, nous n’en voudrions pas, d’élections… Trop d’efforts pour s’informer, pour prêter une oreille attentive à la campagne. Trop d’efforts pour sortir et aller voter. Un rapide coup d’oeil et hop! on décide que cette élection n’en vaut pas la peine. Une chance que les politiciens ne s’arrêtent pas toujours aux sondages lorsqu’ils gouvernent et doivent prendre des décisions parce qu’en ce moment, on serait en train de passer la Loi sur le beau temps, pour interdire la neige en hiver, tiens.

Se peut-il que l’on prenne notre système politique légèrement pour acquis? Non, nous ne sommes pas près de nous le faire enlever… un coup d’État au Québec? L’idée a de quoi faire sourire (nous ne sommes après tout que des « ti zamis », dixit Pierre Falardeau). Mais néanmoins, peut-être nous insurgerions-nous un peu moins contre la tenue d’élections si on en était privé pendant un certain temps… je dis ça comme ça. À ce qu’il paraît, le meilleur moyen d’apprécier quelque chose est de le perdre. Et si, donc, tant qu’à faire sécession du Canada, on s’annexait à l’Ouzbékistan quelques années? Histoire de voir comment ça fonctionne, un pays sans élections régulières. Sept millions d’Ouzbeks de plus, n’est-ce pas là un projet excitant? Partons à la découvert de l’autoritarisme! Peut-être qu’à notre retour, nous envisagerons la société différemment. Nous en aurions bien besoin car de plus en plus, c’est la culture du droit que l’on voit à l’œuvre, avec l’aberrant « j’ai le droit qu’on me fiche la paix » que de plus en plus de gens semblent revendiquer et qui remporte la palme en cet automne 2008. Les gens veulent la paix, ils n’en peuvent plus de ces élections.

Peut-être qu’à force d’avoir des droits et des privilèges, on devient des citoyens ingrats? C’est facile chialer, quand on mange à sa faim et qu’on a un toit pour dormir. On a tellement de droits que nous ne savons même plus quoi en faire. Maintenant attention, j’adore la Charte des droits et libertés de la personne, je trouve qu’elle nous a donné l’un des pays les plus progressistes sur la planète. Sans ironie. Bon nombre de pays gagneraient à s’en inspirer. Mais ce n’est pas non plus un gage de la santé d’une société. À preuve, est-ce que cela nous empêche de laisser pourrir nos immigrants dans des ghettos, faute d’emplois à leur offrir? Non. Est-ce que cela nous fait apprécier le régime politique dans lequel nous vivons? Non. Est-ce que cela conscientise davantage le citoyen à la vie en société? Non. La Charte des droits n’éduque malheureusement pas le citoyen, elle ne fait que l’endormir dans son petit confort. Et cette culture du droit, dont nous sommes imprégnés, ne fait que cautionner un certain individualisme égoïste dont nous faisons déjà énormément preuve.

Sérieusement, à quand une Charte des devoirs et des responsabilités de la personne? Peut-être que cela formerait des citoyens un peu plus « politiques », et j’entends par là « qui s’impliquent dans la vie en société ». Des citoyens plus respectueux de leur régime politique, plus consciencieux quoi. Ne serait-ce que pour aller voter sans chialer, en remerciant le ciel d’habiter le pays le plus ennuyant au monde…

***

P.S.: Au sujet de l’accroc à la Loi sur les élections à date fixe fait par M. Harper, qui a décidé de demander la dissolution de la Chambre des Communes un an avant son échéance en octobre 2009 :

1) Attendu que M. Dion a parcouru le Canada tout l’été en disant sentir un appétit de la part des Canadiens pour une élection automnale (sous-entendu : le gouvernement pourrait être défait à l’automne).

2) Attendu que MM. Layton et Harper n’ont eu de cesse de clamer qu’ils déferaient le gouvernement dès la première occasion à la rentrée parlementaire.

3) Attendu que la rentrée parlementaire allait s’effectuer – pour rien semble-t-il – le 15 septembre

4) Attendu que des élections partielles allaient être tenues dans trois comtés le 21 septembre…

Y a-t-il eu accroc à la loi? Certainement. Mais il aurait été tout aussi certainement amusant d’entendre les partis d’opposition se déchaîner contre le gouvernement (je les entends d’ici…) qui aurait agi de façon irresponsable en gaspillant doublement les fonds publics, c’est-à-dire à la fois en laissant les élections partielles avoir lieu et en convoquant le Parlement pour quelques jours uniquement, alors qu’il savait de toute évidence qu’il serait renversé (on aurait même pu l’accuser d’avoir manqué de flair!)

Avec M. Harper, comme avec M. Charest, le gouvernement a pris le contrôle de l’agenda politique : il a refusé d’être à la merci du bon vouloir – tout aussi partisan – des partis d’opposition. Les électeurs semblent avoir du mal à digérer et à accepter ce principe. On dirait qu’ils préfèrent un bon vieux renversement de gouvernement à une banale dissolution volontaire. Il est vrai que dissoudre soi-même la chambre est un peu moins spectaculaire, mais c’est de l’hypocrisie que de prétendre être offusqué d’un déclenchement soi-disant partisan et d’une même voix reconnaître que le gouvernement n’aurait pas survécu à l’opposition dans un délai relativement très court. Il faut quand même être cohérent!