jump to navigation

Moscou v. Tbilissi : le réveil de l’Ours novembre 16, 2008

Posted by jay2go in Russie et ex-républiques.
trackback

Oui, je sais, le sujet n’est plus très brûlant d’actualité. Mais je crois qu’il est nécessaire de revenir sur ce conflit, ses causes et ses conséquences, ne serait-ce que pour en tirer certaines leçons…

Le 7 août dernier donc, la Géorgie bombardait l’une de ses trois républiques autonomes, l’Ossétie du Sud. Le lendemain, la Russie ripostait et envahissait massivement le territoire géorgien. Selon toute vraisemblance, les Sud-Ossètes et les Abkhazes s’agitaient de plus en plus, multipliant les provocations à l’encontre de Tbilissi depuis que l’Occident eût reconnu unilatéralement l’indépendance du Kosovo, en février 2008. Ils ont dû se dire « si c’est bon pour les Kosovars, pourquoi pas pour nous? », en quelque sorte. Et la Géorgie, ayant sur-estimé l’appui américain dont elle bénéficie, a cru bon intervenir et (r)établir une bonne fois pour toutes son autorité sur ses deux républiques autonomes aux velléités irrédentistes. Il faut souligner ici que depuis son accession à l’indépendance en 1992, la Géorgie n’a jamais pu exercer aucun contrôle sur ses républiques autonomes, qui elles, majoritairement peuplées de citoyens russes, ont toujours demandé à être rattachées à la Russie. En lançant l’offensive contre Tskhinvali donc, Mikhaïl Saakashvili a profondément sous-estimé la réponse que la Russie était prête à fournir à une agression contre des citoyens russes. Et la Russie, poussée dans ses derniers retranchements par l’Occident, s’est décidée à intervenir et s’est servie de cette étincelle pour s’imposer et rétablir son autorité, minée par l’Occident depuis la fin de la Guerre froide.

Les révolutions de couleur en Géorgie, en Ukraine et au Kirghizistan (manipulées, selon les élites moscovites, par la CIA pour installer au pouvoir des gouvernements fantoches pro-occidentaux et hostiles à la Russie); le bouclier antimissile en Pologne et en République tchèque; les trois rondes d’élargissement de l’OTAN en Europe de l’Est; le bombardement illégal de la Serbie par l’OTAN en 1999 et, plus récemment, la reconnaissance unilatérale de l’indépendance du Kosovo, en 2008 – autant de promesses brisées et d’initiatives unilatérales de la part de l’Occident qui ont eu pour effet d’irriter la Russie et de transformer une alliée en ennemie potentielle.

Le plus important dans tout cela, c’est le message qu’a voulu faire passer la Russie à ses anciennes républiques par le biais de la Géorgie : ce n’est pas parce que vous recherchez la sécurité du côté de Washington que votre protection est assurée. Autrement dit, les anciens satellites soviétiques, s’ils veulent s’affranchir de la tutelle de Moscou, le font à leur risques et périls : la Russie ne tolérera aucune influence étrangère sur ce qu’elle considère comme sa cour arrière.

Sur le plan du message, la Russie a gagné sur tous les fronts : elle a défié l’OTAN sans grande conséquence et a mis en exergue la faiblesse de l’appui américain à ses anciens satellites, en plus de rétablir – partiellement, il faut le dire – son autorité chez son « proche étranger ». Échec et mat, quoi. D’ailleurs, conséquence directe de cet « avertissement » : la coalition gouvernementale pro-occidentale au pouvoir en Ukraine s’est effondrée. Le résultat des élections législatives ukrainiennes, prévues pour le 7 décembre prochain, seront révélatrices : l’Ukraine changera-t-elle sa politique étrangère vis-à-vis Moscou? Ou continuera-t-elle malgré tout un rapprochement avec l’Occident?

En ripostant à l’offensive géorgienne, la Russie a également voulu envoyer un clair signal à l’Occident : fini le temps où elle était sur ses genoux pour plaire à ce dernier. Dorénavant la Russie ne se laissera plus acculer au pied du mur et elle défendra ses intérêts – coûte que coûte. L’Occident n’a qu’à bien se tenir. À cet égard, le tout récent rapprochement entre l’Iran et le Vénézuela, deux États profondément anti-américains, illustrent de manière non équivoque la nouvelle donne des relations russo-occidentales. Les États-Unis patrouillent en Mer noire (aux portes de la Russie)? Qu’à cela ne tienne, la Russie patrouille désormais au large des côtes du Venezuela, la chasse-gardée de l’Amérique depuis le début du XIXe siècle. L’Occident viole la souveraineté territoriale de la Serbie (alliée traditionnelle de la Russie) en reconnaissant l’indépendance du Kosovo? Eh bien, la Russie viole la souveraineté territoriale de la Géorgie (alliée de l’Occident) en reconnaissant l’indépendance, puis en annexant, l’Abkhazie et l’Ossétie du Sud. L’Occident installe un bouclier anti-missile en Pologne et en République tchèque – l’arrière-cour de la Russie? La Russie installe des missiles à Kaliningrad, petite enclave contigüe à la Pologne, pointés directement sur cette dernière. La Russie réplique désormais coup pour coup.

Les experts internationaux, bien que réticents à le reconnaître, s’entendent généralement pour dire que la course aux armements est reprise de plus belle en Europe – mais pas uniquement en Europe : en témoignent les contrats de vente d’armes signés entre Moscou et Caracas, de même que la volonté de Téhéran de se doter de l’arme nucléaire. Ce qui est inquiétant, c’est que c’est l’Occident qui, vraisemblablement, devra faire les premiers pas pour en réduire l’intensité, puisqu’il apparaît clair que la Russie ne reculera plus. Qu’elle y ait intérêt ou non, là n’est pas la question. Pour les Russes, la symbolique de la chose occupe une très grande place. La Russie, qui a déjà été à genoux pour plaire à l’Occident, ne retournera plus à ses anciens états de service. Et le conflit russo-géorgien est, à cet égard, empreint de symbolique.

Non, l’Ours s’est réveillé et ne se rendormira plus. À nous, occidentaux, de faire baisser la tension et de reculer pendant qu’il en est encore temps. Selon Sergueï Karaganov, ancien conseiller du président soviétique Mikhaïl Gorbatchev, la Russie est prête à coopérer avec l’Occident, si toutefois nous la prenons au sérieux et la traitons d’égal à égal – et non comme une puissance vaincue, comme nous l’avons fait pour les 17 dernières années. Autrement cela débouchera sur une ère de confrontation, et nous en serons les premiers responsables. En d’autres termes, ou bien on recule pendant qu’il en est encore temps, ou bien on assume les conséquences de nos actes, mais une chose est sûre : la Russie est désormais un joueur avec lequel il faudra compter, et négliger ce fait sera à nos risques et périls.

Publicités

Commentaires»

No comments yet — be the first.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :