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Équipe Coderre, ou Ré-Union Montréal… août 20, 2013

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En tant qu’observateur de la scène politique montréalaise, j’éprouve un profond malaise devant la fameuse Équipe Coderre. Pourquoi ai-je l’impression que tous les anciens d’Union Montréal ont sauté dans le premier train qui les reconduirait vraisemblablement (à en croire les sondages des derniers mois) au pouvoir?

Je ne suis pas fan de Denis Coderre, je l’avoue. Je n’ai jamais été de ceux qui voyaient en lui le nouveau Messie. Néanmoins, on peut objectivement se demander à quoi donc joue ce dernier. Coderre a beau provenir de la scène fédérale et n’avoir jamais œuvré sur la scène municipale, il ne peut pas ignorer que les Montréalais en ont soupé d’Union Montréal et de toutes ses magouilles. Or pour un prétendant au trône qui se veut propre, il a une drôle de façon de montrer aux Montréalais que sous son règne, les choses se feraient différemment de l’époque Tremblay.

On peut ne pas apprécier l’idée d’un exécutif collégial formé d’une coalition de différents partis politiques pour administrer la Ville, mais appelons tout de même les choses par leur nom : malgré les démentis officiels, l’informelle « Équipe Coderre » constitue bel et bien dans les faits un parti politique. Un parti qui ne dit pas son nom, certes, mais un parti tout de même.

Un parti politique, qui plus est, formé en majorité des anciens d’Union Montréal. Il fallait entendre Alan DeSousa à la télévision cette semaine affirmer son adhésion aux « valeurs » de l’équipe Coderre pour justifier son allégeance à la formation politique. Allons! Depuis quand la soif de pouvoir constitue-t-elle une valeur? La seule valeur qui anime M. DeSousa est sa propre réélection, qu’il aura sans doute jugée plus probable que s’il s’accrochait à l’étiquette ternie d’Union Montréal. Son arrondissement n’a-t-il pas d’ailleurs fait l’objet de perquisitions en février dernier?  Les Montréalais méritent mieux qu’une administration composée des restes de magouilleurs professionnels et avides de pouvoir, déguisée en un preux chevalier blanc répondant au nom de Denis Coderre.

Tant qu’à y aller avec aussi peu de subtilité, ce dernier aurait tout simplement pu appeler son parti « Ré-Union Montréal ». L’effet aurait été le même, et cela nous aurait au moins évité l’illusion d’un renouveau en politique municipale, advenant son élection.

Une mesure tout à fait logique août 20, 2013

Posted by jay2go in Uncategorized.
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L’idée de faire payer la population pour les nouveaux actes médicaux que pourront bientôt accomplir les pharmaciens n’est pas une mauvaise idée en soi. Au contraire, elle s’inscrit dans la lignée des recommandations du rapport Castonguay, malheureusement tabletté par le précédent gouvernement libéral.

L’objectif du rapport – qui sous-tend par le fait même toute la philosophie de la privatisation partielle des soins de santé – consiste à « assurer la pérennité du système et à protéger son caractère universel, tout en ramenant la croissance des dépenses publiques à un niveau soutenable »*. L’idée est simple : on fait payer ceux qui ont la volonté et surtout les moyens de le faire et pour tous les autres, il restera toujours le système de santé gratuit et universel.

C’est la même chose ici avec les nouveaux actes médicaux que pourront poser les pharmaciens dans le cadre de leurs fonctions. Si j’ai une infection urinaire et que je ne souhaite pas, pour toutes sortes de raison, me taper douze heures d’attente à l’urgence, je sors mon portefeuille et règle la note au pharmacien (et pour une condition de ce genre, je serai classé au minimum P4 par l’infirmière au triage, ce qui me condamne à coup sûr à au moins une dizaine, voire une douzaine d’heures d’attente lors d’une journée d’achalandage normal dans un hôpital de Montréal).

C’est avantageux pour le patient, s’il estime que 30$ valent amplement une douzaine d’heures d’attente, et c’est avantageux pour l’ensemble de la société puisque cela fait une personne de moins aux urgences. Si, dans une journée, dix personnes se tournent vers leur pharmacien pour qu’il accomplisse l’un des sept actes médicaux normalement exécutés par un médecin, cela fait tout de même dix patients de moins aux urgences et monsieur et madame tout-le-monde, qui lui n’a pas le choix de se trouver à l’urgence, sera peut-être vu dans un délai de sept ou huit heures, au lieu de douze. C’est déjà ça!

Ce faisant, mission accomplie : on a désengorgé le système universel de soins de santé sans porter préjudice à qui que ce soit, tout en laissant le choix au patient de débourser ou non de sa poche les frais requis – d’autant plus qu’on ne parle pas de frais exorbitants. (Personnellement, je crois que 30$ pour me faire prescrire un antibiotique contre une infection mineure vaut amplement le temps d’attente que je sauverai en n’allant pas à l’urgence.)

Cette démarche est d’autant plus louable qu’elle ne refile pas la facture à l’ensemble des contribuables comme dans le cas de l’assurance-maladie ; elle en refile plutôt une partie au contribuable lui-même, s’il choisit de se prévaloir de ce service. Chaque dollar déboursé par le patient est donc un dollar de moins qui alourdit le fardeau fiscal que représente le système de santé, et comme cette « privatisation partielle » des soins de santé se fait sur une base totalement volontaire, cela la rend, à mes yeux, tout à fait acceptable.

En outre, il faut noter l’absence de l’effet pervers qui accompagne inévitablement l’ouverture de cliniques médicales privées, l’autre solution souvent mise de l’avant pour désengorger le système de santé. En effet, la mesure dont il est ici question n’a aucun effet incitatif sur le personnel médical l’invitant à déserter le système public au profit d’un système privé plus lucratif puisque les pharmaciens sont des professionnels qui évoluent déjà en dehors du système public. L’intégrité du système de santé public et universel est donc assurée, tout en allégeant le fardeau fiscal de celui-ci. Qui dit mieux?

On peut s’opposer à la privatisation du système de santé, mais cette fois-ci, force est d’admettre qu’il ne s’agit pas d’une réelle privatisation. Du moins, pas d’une privatisation sauvage susceptible de s’opérer sur le dos des moins nantis. Au contraire, elle ne peut qu’aider à la situation de ceux qui n’ont pas les moyens de payer pour leurs soins de santé en donnant à ceux qui veulent payer l’opportunité de le faire. De grâce, ne nous laissons pas aveugler par l’idéologie. Pour le bien de tous, et au nom de l’intégrité du système de santé gratuit et universel, soyons pragmatiques.

*En avoir plus pour notre argent, rapport du Groupe de travail sur le financement du système de santé, février 2008, page IV.

Démocratie, vraiment? août 13, 2011

Posted by jay2go in Uncategorized.
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S’il y a une chose que je ne supporte plus, c’est la vitesse à laquelle nos élites médiatiques et politiques érigent la démocratie (NOTRE démocratie) en norme transcendante, en vertu absolue. Ça, et l’étape suivante qui l’accompagne généralement : le sentiment d’être moralement supérieur à toute autre nation sur la planète (et son corollaire : le droit auto-arrogé de donner des leçons de constitutionnalisme).

Qu’est-ce qu’on s’est sentis FIERS quand le printemps arabe a éclaté! Après tout, n’était-ce pas là, un peu, «notre» victoire? Victoire de nos normes sur les leurs. De la liberté contre l’oppression. De la démocratie contre la dictature. Enfin, le peuple arabe se réveillait! Enfin, la civilisation la plus politiquement arriérée de la planète émergeait de la noirceur autocratique et se mettait à l’heure des normes moralement supérieures de l’Occident! On ne l’a peut-être pas dit aussi crûment à voix haute, politically correctness oblige, mais qu’est-ce qu’on l’a pensé. Oh oui, qu’est-ce qu’on l’a pensé.

Mais quelle hypocrisie! À moins que ce ne soit que de l’imbécillité, purement et simplement? Tous ces vaniteux de la démocratie ne se rendent-ils pas compte à quel point le fonctionnement de notre système politique et l’idéal-type du régime démocratique diffèrent honteusement l’un de l’autre?

Oui, nous avons des droits et des libertés constitutionnellement bétonnés, contrairement à une bonne partie des peuples de ce monde. Mais le «pouvoir du peuple», vraiment? Bon, on a le droit de voter, c’est-à-dire de choisir nos dirigeants. Et tous les quatre ans, on a la possibilité de changer pacifiquement le gouvernement, ce qui est l’équivalent d’une révolution politique là-bas.

Mais ça s’arrête là.

Comme là-bas, le seul but d’un chef de gouvernement est de se maintenir au pouvoir. Et comme là-bas, tout, absolument tout, est permis pour atteindre ce but. La fin justifie les moyens.

Ainsi, tout comme eux, nos gouvernements ont le loisir de maintenir le public dans le secret, de les désinformer, de leur mentir, de leur cacher la vérité. Tout comme eux, la classe dirigeante voit à ses intérêts à elle bien avant de se soucier des nôtres ou du Bien Supérieur de la Nation (théoriquement le but de tout gouvernement dans un régime démocratique). Tout comme eux, nous sommes soumis à de vastes campagnes de propagande relayées et appuyées par nos médias, à la différence près que les nôtre sont «indépendants» de l’État.

La vérité, c’est que notre démocratie se porte très mal. D’année en année, le cynisme de la population augmente de pair avec ses désillusions. Tout comme les citoyens arabes à la toute veille du printemps arabe, les citoyens sentent que le système les a abandonnés.

Qu’est-ce qu’on voit quand on regarde notre système politique, en 2011? On voit un gouvernement qui trempe dans un vaste réseau de corruption et de collusion parasité par la mafia et qui rit au nez de la population en refusant de faire la lumière là-dessus. On voit un gouvernement qui abuse depuis des années de son pouvoir en exerçant un contrôle absolu sur le parlement qui ferait se retourner dans sa tombe Montesquieu lui-même, père du principe de la séparation des pouvoirs censé constituer le fondement de nos systèmes démocratiques modernes. On voit un gouvernement dépassé par des évènements qu’il a lui-même provoqués en ne se souciant que de son propre maintien au pouvoir au détriment du bien-être et de la sécurité de la population sur laquelle il a été mandaté pour veiller.

Et je ne parle pas ici que du gouvernement au pouvoir actuellement. Je parle du gouvernement au sens large, tous partis confondus. Car dans les faits, ce sont les partis politiques qui ont perverti le parlementarisme. Ce sont eux qui ont permis la rationalisation du parlementarisme et donné  naissance à la ligne de parti, une mesure antiparlementaire en soi. Ce sont les intérêts du parti qui prévalent et qui sont favorisés par le gouvernement au pouvoir. Quand on demande à un chef de gouvernement d’abdiquer, la plupart du temps, ce n’est pas pour sauvegarder les intérêts de la nation, c’est pour ne pas qu’il nuise aux intérêts du parti. Alors a-t-on besoin de plus de partis politiques? Certainement pas!

Retour vers le futur

Je suis un passionné d’histoire et de constitutionnalisme. Dans mes temps libres, je lis tout ce que peux trouver sur l’histoire du Canada et du Québec, en particulier ce qui se rapporte à la période qui s’étend de la Conquête à la Confédération. Et je suis sidéré de voir à quel point le fonctionnement de notre régime ressemble à celui qui a été mis en place avec l’Acte constitutionnel de 1791 et qui a, entre autres choses, conduit tout droit aux Rébellions de 1837-1838.

Pour les non-initiés, l’Acte constitutionnel est la troisième constitution du Canada après la Proclamation royale et l’Acte de Québec. Suite à l’immigration de nombreux Loyalistes qui ont fui la Révolution américaine, le gouvernement britannique a dû diviser la Province de Québec en deux districts : le Haut-Canada, majoritairement anglais, et le Bas-Canada, majoritairement français. Et pour éviter que ne se produise une seconde révolution au sein de ses colonies nord-américaines, la Couronne britannique a accepté d’octroyer une Chambre d’Assemblée au Canada, sans toutefois lui donner de pouvoirs. Dans les faits, le Gouverneur et ses conseillers étaient totalement autonomes vis-à-vis l’Assemblée.

Au Bas-Canada, population majoritairement francophone oblige, l’Assemblée s’est rapidement trouvée dominée par la petite bourgeoisie française, alors que les marchands anglophones, marginalisés au sein de l’Assemblée, ont trouvé refuge auprès du Gouverneur et de ses conseillers.

Comment se caractérisait la situation politique à l’époque? Le Gouverneur n’était absolument pas tenu d’obéir aux recommandations de l’Assemblée. Il avait le pouvoir de la dissoudre comme bon lui semblait, dans l’espoir que de nouvelles élections lui donneraient une majorité favorable. Le Gouverneur était libre d’utiliser les deniers publics comme bon lui semblait, et il adoptait des mesures presque systématiquement favorables aux intérêts économiques (à l’époque presque exclusivement détenus par les bourgeois anglophones). L’Assemblée n’avait aucun pouvoir sur la nomination des conseillers, et elle ne pouvait que fantasmer sur le pouvoir de les destituer.

Comment se caractérise la situation aujourd’hui? Le premier ministre peut passer outre aux demandes de l’opposition en Chambre sans problème. Avec la ligne de parti, il vote les budgets qu’il veut et dépense l’argent des contribuables comme bon lui semble. En outre, il peut dissoudre la Chambre et provoquer de nouvelles élections à sa guise, la plupart du temps dans l’espoir d’obtenir une majorité qui lui soit favorable. Il nomme qui il veut au Conseil des ministres, et ceux-ci ne peuvent être destitués que sur ordre du premier ministre. Quant aux décisions, nul besoin de chercher loin pour démontrer que celles-ci sont, la plupart du temps, prises en fonction des différents lobbys et presque toujours favorables aux intérêts économiques au détriment des intérêts sociaux. (Vous voulez un exemple? Pensez au projet de loi supposé mettre le Péladôme de Québec à l’abri de toute contestation judiciaire future. C’est un exemple flagrant de favoritisme en faveur des intérêts financiers et économiques au détriment de la population et des intérêts locaux de la société).

Voilà l’état de notre belle démocratie en 2011 : lamentable. Je dirais même plus : c’est une utilisation abusive du concept de démocratie que de s’y référer pour décrire notre régime politique. Car il y a très longtemps que nous ne vivons plus dans un système démocratique. Alors quand on nous vante les vertus de NOTRE démocratie, personnellement, je hurle à la fraude intellectuelle.

Fédérales 2011 : la fin d’une époque? mai 7, 2011

Posted by jay2go in Élections fédérales 2011.
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L’éradication du Bloc québécois de la carte électorale, le 2 mai dernier, constitue dans les faits le signe précurseur d’un changement de paradigme à venir dans la définition du débat politique au Québec.

À la vue des résultats du scrutin de 2008, n’importe quel étranger en visite au pays aurait été porté à tirer comme conclusion que les deux tiers des Québécois veulent la souveraineté mais que, aux prises avec un gouvernement fédéraliste à Québec, ils n’attendent que le grand soir des élections provinciales pour enclencher la mécanique référendaire devant mener à l’indépendance du Québec.

Ou, pour faire simple, que l’enjeu de la souveraineté est toujours bien vivant au Québec et qu’il est au coeur des préoccupations québécoises. Après tout, 51 députés souverainistes sur 75, ça veut bien vouloir dire quelque chose, non?

Eh bien non, justement, et les élections du 2 mai dernier auront au moins eu (entre autres choses) le mérite d’ajuster, au sein du parlement canadien, la voix du Québec de manière à ce qu’elle reflète les préoccupations réelles des Québécois de manière plus conforme qu’auparavant. Car aujourd’hui, 15 ans après le dernier référendum, force est de constater que la souveraineté est tout sauf à l’avant-scène du débat politique, un fait qui était, jusqu’à la semaine dernière, masqué par les succès électoraux consécutifs du Bloc québécois. Aujourd’hui, les préoccupations de l’électorat québécois tournent davantage autour de la question des services publics et de l’avenir du «modèle québécois» qu’autour de la question nationale et de l’avenir du Québec au sein du Canada.

De l’avenir de la souveraineté

La souveraineté est-elle morte? Je ne le crois pas. Est-elle vouée à la marginalité politique, condamnée à ne survivre que dans les limbes des débats publics futurs? Je ne sais pas. Personne ne le sait. Mais une chose est certaine : la question nationale, qui au cours des quarante dernières années a constitué la charnière autour de laquelle s’articulait le débat politique au Québec, est en train d’être tranquillement reléguée au second plan.

Certes, il y a et il y aura toujours une frange d’irréductibles indépendantistes pour qui chaque jour passé sous le statu quo est un jour de trop ; pour qui la survie de la nation québécoise est strictement incompatible avec une quelconque existence au sein de la fédération canadienne ; pour qui l’Anglais avec un grand A sera – et plus tôt que tard – le fossoyeur du fait français en Amérique.

Mais pour la majorité des Québécois, la souveraineté ne soulève guère plus qu’un haussement d’épaules. La souveraineté? Ouais, un jour peut-être, pourquoi pas. Mais pas maintenant : il y a trop de problèmes plus pressants à régler. On a un système de santé à reconfigurer, un système d’éducation à moderniser, un système de justice à réformer… pour les plus lucides (les plus courageux?), c’est, ultimement, toute une philosophie politique qu’il faut repenser. D’une gauche qui se prétend efficace à une droite qui se veut «décomplexée», il nous faut aujourd’hui de toute évidence redéfinir les termes du débat public et réévaluer nos options – toutes nos options. Alors la souveraineté, dans tout ça… prenez un numéro, s’il-vous-plaît. Chacun son tour.

Ah bon, vraiment? Et pourquoi cette thèse serait-elle plausible? Après tout, comment peut-on en arriver, collectivement, à mettre de côté sans embages un enjeu qui a défini 40 ans de vie politique et autour duquel l’électorat a été polarisé comme jamais il ne l’avait été auparavant sans qu’il ne se soit produit un évènement majeur pour lui donner l’impulsion nécessaire?

Dur à dire. Dur à croire, même. En physique comme en politique, il faut qu’une force motrice agisse sur un corps si on veut qu’il se mette en mouvement. Logiquement, il faut qu’il se produise quelque chose de grave pour réorienter de manière aussi fondamentale un débat public et le détourner d’un enjeu aussi central que ne l’a été celui de la place du Québec au sein du Canada… non?

Ça dépend. En soi, le contexte qui prévaut actuellement constitue une puissante force motrice susceptible d’entraîner une réorientation du débat politique telle que celle à laquelle on assiste aujourd’hui. Ce n’est pas un évènement du style «séisme», perceptible par tous et dont l’évidence même ne peut être ignorée ; il s’agit plutôt d’un évènement du style «mouvement de plaques tectoniques», imperceptible pour la plupart d’entre nous, timidement mesuré par les spécialistes de la question mais dont les conséquences peuvent s’avérer durables.

Bref, je ne sais pas si le débat sur la souveraineté est définitivement mort et enterré ou s’il n’est que plongé, pour l’instant, dans un état d’hibernation dont la durée nous est inconnue.

Ce que je sais, par contre, c’est que les Québécois ne sont ni sourds ni aveugles, et encore moins stupides.

Turbulences à l’horizon…

Depuis le temps que les médias nous martèlent que le choc démographique qui nous attend, causé par le vieillissement de la population, entraînera une crise des finances publiques sans précédent et que si nous ne revoyons pas notre façon de concevoir ce fameux « modèle québécois » hérité de la frénésie révolutionnaire-tranquille, nous fonçons tout droit vers un mur de béton armé, il ne faut pas s’étonner que la question sociale ait emboîté le pas à la question nationale.

Les Québécois sont les citoyens les plus taxés en Amérique du Nord, et pour beaucoup d’entre eux, il y a de fortes chances pour que les programmes sociaux qu’ils ont toujours connu jusqu’ici – et pour lesquels ils ont payé des impôts une bonne partie de leur vie – ne soient pas là pour eux lorsqu’ils en auront besoin. Pour le dire crûment, pour beaucoup de Québécois, le système de santé qu’ils ont financé durant toute leur vie les laissera mourir, au mieux entourés de leurs proches dans une salle d’attente d’un hôpital bondé, au pire seuls dans le corridor d’un hôpital bondé. Le système les aura abandonné à leur triste sort parce qu’il ne sera plus en mesure de répondre à la demande. Pour beaucoup de jeunes adultes, un tel constat signifie qu’ils devront se résigner, si rien n’est fait, à avoir un niveau de vie substantiellement moins élevé que celui de leurs parents, tout en devant payer autant sinon davantage de taxes et d’impôts.

Et qui est aux commandes du navire? Un capitaine incompétent, incapable de déchiffrer une carte maritime même si sa vie en dépendait, plus intéressé à se soûler sur le pont avec ses matelots et à graisser la patte des pirates jaillis du fin-fond du firmament océanique qu’à diriger ce navire en perdition, pris au coeur de la tempête et se dirigeant tout droit vers une montagne de récifs. Et de surcroît, le capitaine du navire est sans cesse en train de se quereller avec l’aspirant capitaine au sujet de la direction à prendre ; l’un veut aller vers l’ouest, l’autre préconise l’est, et tous accordent davantage d’attention à clouer le bec de l’autre qu’à regarder l’état des eaux. Et nous, dans la cale, subissons les affres de cet océan déchaîné. Nous tanguons de concert avec le navire, mesurons l’ampleur de chaque vague qui en frappe la coque. Et si jamais il devait arriver malheur au navire, les matelots et leur capitaine auraient toujours leurs bouées de sauvetage et leur canots pour les tirer d’affaire. Pas nous.

Grossière caricature, je l’avoue, mais je dramatise à peine.

Ce sentiment d’injustice et d’impuissance face à une situation qui nous dépasse tous est bien ancré dans la psyché collective. Mais, paradoxalement, ce sentiment constitue également un profond incitatif à faire bouger les choses, à donner un grand coup de balai, à foutre à la porte ces gouvernants qui n’ont su gérer la situation et installer au pouvoir à leur place un groupe d’individus déterminés à donner un sérieux coup de volant. Qu’ils soient de gauche ou de droite, franchement, pour l’instant, cela importe peu.

C’est, à mon avis, cette volonté de changement décrite plus haut qui explique que nous ayons propulsé l’ADQ tout droit dans l’opposition officielle en 2007, à cinq sièges de former un gouvernement minoritaire. Jean Charest et André Boisclair parlaient ; Mario Dumont voulait agir.

C’est également ce qui explique notre soudaine histoire d’amour avec le NPD, qui a remporté plus de sièges au Québec en une élection que le Bloc québécois n’aurait pu envisager, même dans ses rêves érotiques, pendant ses plus grandes heures de gloire : avec Jack Layton, le changement était possible.

Mais je m’éloigne du sujet.

Le fait est que, pour la question nationale, ce sentiment mixte d’impuissance collective et de volonté de faire bouger les choses est un sédatif plus puissant que tous les love-in du monde réunis. C’est ce sentiment d’urgence d’agir, qu’il soit réel ou démesurément amplifié, qui enfoncera le dernier clou dans le cercueil de la souveraineté pour l’avenir prévisible.

Vers une réorientation du débat politique

En toute logique, le contexte qui prévaut actuellement devrait normalement favoriser l’émergence de débats publics davantage orientés en fonction de l’axe gauche/droite.

Faut-il maintenir les services publics ou les réduire?

Comment augmenter l’assiette fiscale sans étouffer davantage les contribuables?

Comment améliorer notre productivité?

Comment préserver le modèle québécois, ou du moins le moderniser de manière à faire face au choc démographique, sans pour autant le démanteler ou le dénaturer?

Qui taxer, quoi taxer et surtout, comment taxer?

Voilà autant de questions auxquelles la souveraineté n’est pas en mesure de répondre, d’où l’effacement de la question nationale observé tout au long de la dernière décennie.

Et puis, il faut dire que pour beaucoup de Québécois, le Canada n’est pas ce monstre hideux que nous dépeint le discours souverainiste, à la merci de ce tyran impitoyable nommé Ottawa. Il fait même plutôt bon y vivre. Parfois, on arrive même à oublier que nous ne sommes qu’une province au sein d’un pays qui en compte dix. Certains Québécois arrivent même à ressentir à l’égard du Canada un certain sentiment d’appartenance!

Bref, la souveraineté n’est pas, n’est plus, un enjeu pressant. Alors qu’en ce qui concerne les finances publiques, au contraire, le temps n’est plus un luxe que le Québec peut se permettre.

Et ça, les Québécois en sont pleinement conscients.

En attendant la vague orange… avril 22, 2011

Posted by jay2go in Élections fédérales 2011.
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À un peu plus d’une semaine de ce fameux 2 mai où nous, électeurs canadiens, aurons à nous prononcer collectivement sur la configuration du 41e parlement fédéral (de même que, indirectement, sur l’identité du prochain gouvernement), voilà que la campagne électorale fédérale suscite à nouveau les passions. Après la monotonie des trois premières semaines, place à la frénésie et aux spéculations!

Le NPD premier au Québec? Les deux sondages CROP et EKOS des dernières 48 heures ont eu un effet boeuf sur la faune politico-médiatique québécoise. Il semble désormais indéniable que l’on sera témoin, le 2 mai prochain, d’un transfert de voix massif du Bloc vers le NPD.  Bien que personne n’ait pu sérieusement le prévoir, avec un peu de recul, ce phénomène est-il vraiment si incroyable?

La «sagesse conventionnelle» des politologues québécois incombe généralement les insuccès passés du NPD à connecter avec l’électorat québécois à un seul élément : leur vision trop centralisatrice de la fédération canadienne, laquelle déplairait souverainement à la frange nationaliste (et majoritaire) de l’électorat québécois (nationaliste étant entendu ici par opposition aux indépendantistes convaincus et aux fédéralistes purs et durs).

C’est bien connu, les quelques 40% de nationalistes mous, ces Québécois qui s’identifient d’abord à leur province mais qui s’estiment tout de même à l’aise au sein du Canada, préfèrent un gouvernement fédéral qui respecte scrupuleusement la répartition des compétences législatives établie par la constitution canadienne à un gouvernement intrusif, peu soucieux des limites constitutionnelles à son action législative et impatient d’utiliser le pouvoir fédéral de dépenser comme bon lui semble.

Pourrait-on, dès lors, imaginer un parti moins en phase avec l’opinion publique québécoise que le NPD, ce parti de gauche pour qui il est du devoir du gouvernement fédéral de légiférer sur tout ce qui touche de près ou de loin à la question sociale? Autrement, comment expliquer que le parti le plus à gauche du parlement canadien n’obtienne toujours à l’échelle de la province la plus à gauche du pays (laquelle devrait pourtant logiquement constituer son terreau le plus fertile) qu’un niveau d’appui famélique, sinon que par une quelconque incompatibilité, disons, génétique avec son électorat?

Le problème avec cette analyse est qu’elle repose sur de fausses prémisses.

D’une part, un tel argument a pour conséquence de placer les positions idéologiques du NPD aux antipodes de l’opinion publique québécoise. Le NPD serait par conséquent le parti le moins compatible avec l’électorat québécois, ce qui est faux. Hormis la question nationale (incluant la vision du fédéralisme), peu de choses séparent idéologiquement les électeurs québécois des politiques prônées par le NPD : tous deux sont favorables à la social-démocratie, et tant le NPD que le Bloc, ce grand défenseur des «valeurs québécoises», votent en règle générale sensiblement de la même manière sur les projets de lois débattus aux communes.

Surtout, cet argument déforme la réalité en accordant une fausse primauté à la question de la position du NPD vis-à-vis du degré idéal de centralisation de la fédération canadienne.

Pour bon nombre de Québécois, il ne s’agit-là que d’une question théorique, du moins en ce qui concerne le NPD, car en réalité, le parti centralisateur dont il faut se méfier n’est pas ce dernier, qui n’a jamais pris le pouvoir et peut donc montrer patte blanche en la matière, mais plutôt le Parti libéral du Canada, dont les Trudeau et Chrétien n’ont jamais vraiment fait preuve d’une grande sensibilité à l’égard des doléances des législatures québécoises à l’effet qu’Ottawa empiétait allègrement sur les juridictions québécoises en légiférant avec enthousiasme dans des champs de compétences exclusivement dévolus aux provinces, un enthousiasme moins motivé par un réel souci d’uniformiser le filet social canadien que par la volonté à demi avouée de gommer toutes disparités régionales, et en particulier la spécificité québécoise, considérée comme une menace à l’unité nationale.

Ceci n’est pas une opinion, c’est un fait historique.

Le consensus libéral en vogue au Canada depuis les années 1960 s’est toujours défini par un gouvernement fédéral fort, en mesure de garantir un filet de sécurité social relativement uniforme pour tous les Canadiens, peu importe leur province d’origine, et responsable d’en assurer l’intégrité. Concrètement, cela s’est généralement traduit par un effacement de la législature provinciale au profit de la législature fédérale en matière de programmes sociaux, au grand dam de la législature québécoise. Historiquement, le Québec a toujours été la province la plus farouchement opposée au pan-canadianisme affiché du gouvernement fédéral en la matière, spécificité québécoise oblige.

S’il est vrai que le NPD est plus à gauche que les libéraux (et ça, tout le monde le sait), son caractère soi-disant plus centralisateur que le parti libéral fédéral reste à prouver. Les libéraux se battent contre le poids de l’histoire et leurs propres actions passées lorsqu’ils étaient au pouvoir. Pas le NPD.

L’effondrement de la forteresse bloquiste

Quant au Bloc québécois, vingt ans à exercer une hégémonie quasi sans partage sur la province l’ont usé.  Le faible intérêt manifesté par la majorité de l’électorat québécois à l’égard de la question constitutionnelle a contribué à marginaliser le discours autrefois dominant du Bloc. Le zèle affiché des souverainistes à l’endroit d’enjeux tels que le bilinguisme et l’accès aux écoles anglophones a jeté un froid entre les élites souverainistes et l’ensemble de la population.

Mais surtout, la stratégie sur laquelle repose la campagne des conservateurs a joué pour beaucoup dans les désertions massives dont est victime aujourd’hui le Bloc québécois.

À force de réclamer ouvertement un gouvernement majoritaire, Stephen Harper a contribué à polariser l’électorat québécois et à amplifier la nécessité, aux yeux de bon nombre d’entre eux, d’appuyer l’option progressiste. Or, depuis le temps que l’on martèle que ces élections vont se jouer dans la région métropolitaine de Toronto, beaucoup d’électeurs à la base peu enclins à appuyer le Bloc mais qui s’y étaient néanmoins résignés par le passé faute d’une alternative n’ont aujourd’hui plus aucune raison de se rendre aux urnes et de voter pour les candidats bloquistes en se bouchant le nez.

Tant que les conservateurs avaient besoin du Québec pour faire élire un gouvernement majoritaire, il était logique de voter pour le Bloc afin d’empêcher une telle issue. C’était le cas en 2006 et en 2008, mais plus aujourd’hui. Beaucoup d’électeurs n’ont donc plus aucun impératif à voter Bloc et se trouvent disponible pour appuyer un autre parti. Et comme les libéraux ne semblent aller nulle part et qu’ils ne soulèvent guère les foules, qui reste-t-il?

Quant à ceux qui se résignaient à voter Bloc en raison de l’absence d’option fédéraliste viable (et c’est le cas de la majorité des francophones, plus progressistes que conservateurs et, dans une large mesure, plutôt hostiles aux libéraux), voilà que le NPD est soudainement apparu comme, justement, une option valable.

Toutes les conditions étaient réunies pour qu’une seule allumette suffise à déclencher un incendie. Et cette allumette, elle s’appelle Jack Layton et elle s’est enflammée avec sa performance au débat des chefs et à sa prestance lors de son passage à Tout le monde en parle.

Bref, la forteresse rhétorique du Bloc québécois s’est effondrée, et beaucoup de Québécois, assoiffés de changement, ont jeté leur dévolu sur le NPD.

La souveraineté ne soulevant plus guère de foules, la disparition du seul argument qui motivait jusque-là une portion non négligeable d’électeurs à appuyer le Bloc, l’apparition soudaine et inattendue d’une «troisième voie», d’une alternative viable aux deux vieux partis que sont le Bloc et le PLC et de surcroît apparaissant comme la seule véritable voix d’opposition aux conservateurs, tous ces éléments ont conduit les Québécois à se jeter dans les bras du NPD.

De même, la polarisation croissante de la campagne électorale entre la gauche et la droite, exacerbée notamment par la perspective bien réelle de l’avènement d’un gouvernement conservateur majoritaire,  a conduit bien des électeurs à considérer le NPD sous un angle nouveau et à donner sa chance au coureur. Ce dernier est donc apparu comme une bouffée d’air frais, comme une opportunité d’ébranler les fondements d’un statu quo devenu moribond et pas du tout représentatif de l’humeur réelle de l’électorat québécois.

Un réalignement durable?

Dans ces circonstances, je ne crois donc pas que cette «vague orange» va s’essouffler d’ici le jour du scrutin. Au contraire, je ne serais pas étonné qu’elle continue à gagner en intensité.

Les Québécois sont-ils en train de «reconquérir le Canada» en donnant sa chance au NPD? La population a-t-elle décidé de s’investir davantage dans la fédération, d’exercer une plus grande influence sur la direction que prendra le Canada dans les prochaines années?

Il est sans doute trop tôt pour le dire, et il serait hautement imprudent de spéculer sur un éventuel réalignement électoral qui serait en cours au Québec. Néanmoins, une chose est sûre : les cartes sont présentement en train d’être rebrassées, tant à l’échelle québécoise que dans le Canada dans son ensemble.

Reste à voir qui sera le grand perdant.




L’État, c’est… Harper! mars 6, 2011

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« L’État, c’est moé! » est réputé avoir dit Louis 14, le Roi-Soleil, monarque du tout-puissant Royaume de France. Fidèle aux mentalités de l’époque, Louis 14 croyait que c’était Dieu lui-même qui était venu lui ceindre la Couronne française.

Ces velléités du pouvoir en place de s’approprier l’entièreté de l’autorité et de la légitimité politiques ne se sont pourtant pas estompées lorsque les révolutionnaires français ont fait tomber la société d’Ancien Régime (et, par le fait même, la tête du roi Louis 16).

Encore aujourd’hui, les dictatures et autres régimes autocratiques à travers le monde ont ceci en commun qu’ils se croient divinement investis du droit de gouverner. Ça, et le fait qu’ils croient également que l’entité qu’ils ont été si divinement appelés à gouverner leur appartient en propre.

C’est en effet là l’une des principales distinctions entre les démocraties et les autocraties : la confusion, voire la fusion, du gouvernement et de l’État. Prenez la défunte Union soviétique : le Parti communiste ne faisait pas que gouverner l’Union soviétique, il ne faisait qu’un avec elle. Pas d’Union sans Parti et pas de Parti sans Union. Même chose en Allemagne nazie, où les national-socialistes (le parti de Hitler) représentaient la totalité du régime allemand et disposaient même de leur propre police.

Je ne dis pas que le Canada a sombré dans la dictature, mais c’est un peu à ça que me fait penser la récente décision de Harper de substituer «Gouvernement Harper» à la mention «Gouvernement du Canada» sur toutes les communications officielles du gouvernement au sein de l’appareil bureaucratique.

Quel est le rapport?

C’est vrai que légalement, Harper n’a violé aucune loi, aucun statut. La constitution est totalement muette sur le poste de premier ministre, alors ne pensez pas qu’on y trouve quelque provision que ce soit à propos d’une entité qui n’existait même pas lors de sa rédaction. Néanmoins, cette manoeuvre est profondément choquante. De quel droit le gouvernement Harper s’est-il arrogé le droit de se substituer à l’autorité légale qu’est le Canada? Le principe de base d’une démocratie s’énonce comme suit : aucune autorité n’est propriétaire des pouvoirs publics. C’est ce qu’Harper n’a de toute évidence pas compris.

Oui, le gouvernement Harper est le représentant légal du Gouvernement du Canada. Non, le gouvernement Harper N’est PAS le Gouvernement du Canada. Nuance. Le Gouvernement du Canada est une entité légale, immuable, qui transcende les partis politiques et les titulaires (au demeurant temporaires) du poste de chef du gouvernement. C’est le trône sur lequel s’assoit le Roi. Les gouvernements passent et se succèdent, mais l’État lui ne bouge pas. Les gouvernements sont temporaires, l’État est permanent.

Bien plus encore, le Gouvernement du Canada est la source même de l’autorité politique au Canada. Quand un premier ministre gouverne le pays, c’est au nom du Gouvernement du Canada, et c’est le Gouvernement du Canada qui lui donne son pouvoir politique et toute l’autorité pour agir qui vient avec. Mais le premier ministre ne gouverne pas en son nom propre.

Le gouvernement Harper n’est que le titulaire actuel du poste de chef du gouvernement. Une photo dans le temps. Un nom sur une liste. Un portrait sur un mur. Un rang dans l’histoire. Rien de plus. Il ne s’agit que du 22e premier ministre du Canada. Il y en a eu 21 avant lui, et il y en aura d’autres après. Quand je paie des impôts, ce n’est pas à Stephen Harper que je les paie mais au gouvernement du Canada. Si demain Michael Ignatieff remportait ses élections, il serait le chef du Gouvernement du Canada, pas le chef du «Gouvernement Harper». Pourquoi alors s’auto-proclamer «Gouvernement du Canada»? Faudra-t-il parler de notre premier ministre dorénavant comme de Son Altesse, l’Empereur Stephen 1er? Cette confusion entre, si je puis dire, le mortel (le gouvernement) et l’immortel (l’État), est dangereuse. C’est le principe à la base des dictatures, celui qui justifie la main-mise d’un potentat sur un pays, ses institutions et sa population. «Vous me devez obéissance à moi, petit peuple ignorant, parce que je suis la seule autorité légale ici. J’ai droit de vie ou de mort sur vous parce que c’est mon pays, je me le suis approprié parce que je suis le plus fort et si vous voulez vous débarrasser de moi, vous devrez me tuer.»

Et bien pas ici, pas au Canada. Dans un État de droit comme le Canada, le seul dépositaire légal de la souveraineté populaire, c’est le Parlement, pas le gouvernement. Le Gouvernement du Canada représente l’ensemble des citoyens du Canada, pas uniquement ceux qui ont voté pour les conservateurs. Le chef de l’État, c’est la reine d’Angleterre, pas le premier ministre. Quelqu’un devrait peut-être expliquer ces principes à Stephen le Tout-Puissant.

Un geste qui s’inscrit dans la continuité?

Honnêtement, par contre, ce n’est pas un geste particulièrement étonnant de la part de ce gouvernement. Depuis qu’il a été élu, Stephen Harper s’emploie activement à accélérer l’érosion des contre-poids au pouvoir du gouvernement. Il veut être le chef, le seul, et ne tolère pas qu’on lui bloque la route.

Minoritaire aux Communes, il bloque les projets de loi de l’opposition grâce à sa majorité au Sénat. Il gouverne comme s’il était majoritaire depuis cinq ans à coup de menaces de dissolution, de votes de confiance et de prorogations. Il a noyauté le CRTC et poussé à la démission la présidente de la Commission de Sûreté nucléaire et le dirigeant de Statistiques Canada. Il a permis à une ministe de mentir impunément au Parlement, et à un autre de raconter n’importe quoi en chambre pour justifier une décision a priori injustifiable.

En cinq ans, le gouvernement Harper a réussi à mettre au pas des institutions normalement indépendantes du pouvoir exécutif. La prochaine étape, logiquement, c’était de s’approprier, sinon légalement, du moins nominalement, les pouvoirs publics. Voilà chose faite. What’s next?

 

Ugly Bevvy, ou la fin de la quarantième législature? février 19, 2011

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La ministre de la Coopération internationale, Bev Oda, s'adressant aux Communes.

Rappel des faits

Le 27 novembre (2009), aboutissait sur (le) bureau (de Bev Oda) une approbation finale pour un financement pluriannuel de 7 098 758 $ à Kairos. Cette somme représentait une augmentation de 4% de son financement passé. Les documents étaient accompagnés de lettres de 20 diplomates et spécialistes de l’aide internationale appuyant le travail de Kairos à l’étranger. La lettre précisait que le travail de Kairos était en accord avec les objectifs de l’Agence canadienne de développement international. La demande était signée de la main de la présidente Margaret Biggs. Le document a été signé par la ministre Oda à l’époque. Mais quelqu’un avait ajouté trois petites lettres à la missive officielle: «NOT», précisément indiqué dans une phrase… ce qui en changeait tout le sens. Au lieu d’un appui, Kairos faisait face à un déni de subvention. – Pierre Jury, dans Le Droit, édition du 16 février 2011.

  • Le 15 mars 2010, Jim Abbott, le secrétaire parlementaire de la ministre de la Coopération internationale, Bev Oda, affirmait à la chambre des Communes que l’ACDI (Agence canadienne de développement international) avait décidé de couper le financement d’un organisme non-gouvernemental du nom de Kairos. Apparemment, Kairos ne répondait pas aux critères de financement établis par le ministère, et donc il n’était pas conforme aux normes gouvernementales.

Sur le rapport émanant du ministère, pourtant, la recommandation initiale était plutôt de poursuivre le financement ; cependant, un «non» avait été ajouté à la main sur ledit rapport, ce qui bien sûr en changeait tout le sens et mettait ainsi fin aux subventions gouvernementales.

  • Questionnée au sujet de la provenance de ce «non» en comité parlementaire le 9 décembre 2010, Mme Oda affirmait ne pas savoir qui l’avait écrit. Elle répondait simplement que cette décision reflétait la volonté du ministère et du gouvernement.
  • Puis, le 14 février, Mme Oda revenait sur sa version antérieure et reconnaissait qu’elle était pleinement consciente que sa décision (de ne pas financer Kairos) était différente de celle du ministère. Elle ajoutait : «Je n’ai jamais dit que la volonté de refuser le financement était celle du ministère
  • Un peu plus tard au cours de la période des questions, elle admettait finalement que le  «non» avait été ajouté à sa demande.

Récapitulons…

Premier mensonge : «Je ne sais pas qui a ajouté le «non» au rapport».

Deuxième mensonge : «La décision que j’ai prise est conforme à celle rendue par le ministère».

Troisième mensonge : «Je n’ai jamais dit que ma décision était conforme à celle du ministère».

Mon analyse

Bev Oda a menti. Pas par omission, pas par ignorance des faits, mais volontairement. Délibérément.

Pourquoi? Peu importe. Je ne m’intéresse pas aux considérations politiques qui ont déterminé la décision et les cafouillages qui s’en sont ensuivis. Ce qui m’apparaît fondamental par contre, ce sont toutes les implications et les conséquences légales qui découlent des gestes commis par la ministre de la Coopération internationale.

Certains commentateurs politiques ont défendu l’idée que Bev Oda doit maintenant démissionner de son poste de ministre. Soit. Pour avoir menti et avoir sciemment induit le parlement en erreur, il va de soit que Mme Oda a perdu toute la légitimité que requiert l’acquittement de ses fonctions ministérielles.

Cependant, les conséquences dépassent ici largement la simple personne de Mme Oda. Ce n’est pas Beverly Oda, députée conservatrice de la circonscription de Durham qui est aujourd’hui mise en cause mais plutôt la ministre de la Coopération internationale.

La différence est fondamentale.

À titre de ministre, Mme Oda est liée par le principe de la solidarité ministérielle. Ce principe veut que tous les ministres soient solidairement et conjointement responsables des actions prises par le gouvernement, que celles-ci aient été prises collectivement (par tous les ministres ensemble lors d’une réunion en plénière du cabinet) ou individuellement (par un seul ministre).

Autrement dit, la confiance du parlement n’est pas divisible : elle ne saurait être accordée à une fraction seulement du gouvernement. Le parlement a confiance en tous les ministres ou il n’a confiance en aucun d’entre eux. Il y a un lien juridique qui lie les ministres l’un à l’autre. Si l’un d’entre eux tombe, ils tombent tous. Dans le système parlementaire britannique, lorsqu’un ministre perd la confiance de la chambre, c’est donc tout le cabinet qui la perd ipso facto. Ainsi va la convention constitutionnelle.

Dans la situation qui nous occupe, c’est précisément le cas : un ministre du cabinet Harper a menti au parlement. Le parlement ne peut donc plus avoir confiance en ce ministre. Par ricochet, c’est donc tout le cabinet qui ne jouit plus à l’heure qu’il est de la confiance de la chambre des Communes.

Et que disent les conventions constitutionnelles en ce qui a trait à la confiance du parlement? Elles disent que lorsqu’un gouvernement ne jouit plus de la confiance du parlement, celui-ci doit démissionner en bloc et demander au gouverneur général de dissoudre la Chambre afin que de nouvelles élections aient lieu.

Pour la suite des choses

Malgré tout, cette «perte de confiance» de la Chambre des communes vis-à-vis du gouvernement n’est pour l’instant que théorique. Afin qu’elle ait force de droit, elle doit nécessairement être rendue de manière explicite par le parlement, c’est-à-dire par le dépôt d’une motion de censure de la part de l’un ou l’autre des 308 députés que comptent les Communes. Comme il serait franchement étonnant de voir l’un des députés ministériels blâmer son propre gouvernement, il faudrait plutôt regarder du côté des partis de l’opposition.

Les libéraux, les néo-démocrates et le Bloc québécois ont été unanimes dans leur condamnation de Bev Oda. Tous ont parlé de disgrâce, de menace à la santé démocratique des institutions canadiennes, de recul de la démocratie, et ainsi de suite. Tous ont également exigé la tête de Mme Oda.

Mais pour donner des dents à leur indignation, les députés de l’opposition devront franchir le cap du «déchirage de chemises», aller au-delà de la simple indignation rhétorique, et déposer une motion de censure en bonne et due forme à l’encontre du gouvernement.

C’est là le seul moyen de sanctionner réellement l’indiscipline d’un ministre ayant affiché au grand jour son mépris pour l’institution du parlement.

Malheureusement, en cette ère de «gouvernance par sondages», il serait fort étonnant que le pays se retrouve convoqué aux urnes dans un avenir rapproché.

(À ce sujet, le chef du NPD Jack Layton a déjà un genou à terre et s’apprête maintenant à embrasser les pieds du premier ministre Harper. Les deux se sont rencontrés aujourd’hui pour discuter du budget. Autrement dit, Jack Layton tente de s’assurer que Harper lui laissera assez de miettes pour justifier son appui au gouvernement sans trop perdre la face, vu la piètre performance des néo-démocrates dans les plus récents sondages. Mais ça, c’est hors sujet…)

Pendant ce temps, le gouvernement, lui, collectivement ou individuellement, pourra continuer d’induire le parlement en erreur en toute impunité. Comme il l’a fait avec Statistiques Canada et l’histoire du sondage obligatoire.

En conclusion

Les partis d’opposition ont eu raison de dénoncer Bev Oda. Mais ils ont tort sur un point.

La véritable disgrâce, la vraie menace à la santé démocratique des institutions canadiennes, c’est que ces mêmes députés vont laisser la partisanerie politique emboîter le pas au bon sens que commanderait normalement le souci de faire respecter les institutions et les conventions constitutionnelles qui en découlent.

Le gouvernement conservateur a maintes fois affiché ouvertement son mépris pour les institutions canadiennes. Et grâce au manque de courage politique de certains députés d’opposition, il s’en tirera indemne une fois de plus.

Navrant…

 

Jean Charest doit partir novembre 15, 2010

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Quand le premier ministre libéral de la Colombie-Britannique, Gordon Campbell, a démissionné de ses fonctions la semaine dernière, il a dit ceci :

“When public debate becomes focused on one person, instead of what is in the best interest of British Columbians, we have lost sight about what is important. When that happens, it’s time for a change.” (Quand le débat public devient centré sur une seule personne plutôt que sur ce qui devrait être dans les meilleurs intérêts de la Colombie-Britannique, c’est que nous avons perdus de vue l’essentiel. Lorsque cela se produit, il est temps qu’un changement se produise.)

La situation décrite par M. Campbell s’applique parfaitement à Jean Charest et tant pour cette raison que dans le bien supérieur de la nation, le chef libéral doit maintenant tirer sa révérence et démissionner de son poste de chef du gouvernement québécois.

Depuis plus d’un an que fait rage toute la controverse autour des liens entre le Parti libéral et l’industrie de la construction au Québec, chaque jour qui passe semble ajouter de l’eau au moulin de la suspicion. Tant et si bien que ce sont maintenant les liens entre des entrepreneurs en construction et… la mafia qui soulèvent des questions.

Lors du conseil général des libéraux tenu à Lévis en fin de semaine dernière, Jean Charest n’a pas soufflé un mot à propos de son refus obstiné de tenir une commission d’enquête publique sur le monde de la construction. Réfugié dans sa tour d’ivoire, arguant qu’il vaut mieux laisser les policiers faire leur travail, Jean Charest contribue jour après jour à ce que la situation pourrisse. Chaque jour qui passe, on ne peut s’empêcher de se demander ce qu’il a à cacher.

Et pendant ce temps, en dépit du malaise populaire généralisé, le premier ministre distribue les contrats de construction à gauche et à droite…

Vrai, il serait absolument néfaste et contre-productif de tout interrompre les travaux d’envergure à l’échelle de la province (ou du moins à celle de la métropole) sous prétexte qu’il y a quelques pommes pourries dans l’industrie de la construction au Québec. Or il est tout aussi vrai que tant et aussi longtemps que notre premier ministre refusera de voir la situation en face, la population se demandera si finalement tout l’apparent système de collusion entre les entrepreneurs en construction et la mafia ne formerait pas dans les faits un triangle rejoignant nul autre que le PLQ.

Pourquoi cet apparente obstination de la part du chef du gouvernement, si ce n’est par peur des dommages collatéraux qu’une enquête publique serait susceptible d’engendrer?

Pourquoi rien n’est fait à propos du fameux cartel des 14 entreprises montréalaises de construction qui font artificiellement gonfler les prix des travaux publics dans la métropole et qui ont été jusqu’à menacer de mort un entrepreneur de Québec ayant commis l’affront (!) de soumissionner pour un contrat à Montréal à un prix moins élevé que celui qu’exigeaient le cartel des 14 entreprises?

Pourquoi de nombreux entrepreneurs appartenant à ce cartel ont-ils été aperçus dans certains cafés de Montréal reconnus comme les chefs-lieux de la mafia montréalaise, en compagnie de membres importants du clan Rizzuto?

Il y a quelque chose de pourri en ce moment au Québec, et Jean Charest, en jouant à l’autruche, ne contribue qu’à la détérioration du climat politique au Québec.

En jouant les vierges offensées, en se disant « offusqué » des propos tenus en chambre par Pauline Marois et les autres députés d’opposition, M. Charest essaie en fait de museler l’opposition. S’il n’en tenait qu’à Jean Charest, tout le sujet serait tabou et quiconque poserait des questions sur les liens qui unissent les libéraux à tout ce système pourri serait susceptible de poursuite en diffamation. Et on a vu que M. Charest affectionne particulièrement les poursuites en diffamation… il n’aime pas que l’on touche à sa réputation, M. Charest. Le pire, c’est qu’il ne se rend même pas compte (ou du moins il n’en donne pas l’apparence) que c’est lui-même qui alimente le plus les soupçons à son égard.

Jean Charest est indigne de la fonction qu’il occupe.

J’estime que M. Charest n’est plus digne d’occuper les fonctions de premier ministre et de chef du gouvernement du Québec. Pour cette raison, j’invite tous les lecteurs de ce blog à se rendre (si ce n’est déjà fait) sur le site de l’Assemblée nationale et de signer la pétition en ligne demandant la démission de Jean Charest, dont voici le libellé :

Pétition :

Demande de démission du premier ministre du Québec

 

CONSIDÉRANT QUE le premier ministre du Québec, député de Sherbrooke, et le gouvernement libéral refusent d’accéder à la demande populaire et des différents partis de l’opposition concernant la mise sur pied d’une commission d’enquête publique sur les liens étroits entre le financement des partis politiques et l’octroi des contrats gouvernementaux;

CONSIDÉRANT QUE le premier ministre du Québec, député de Sherbrooke, et le gouvernement libéral refusent d’accéder à la demande populaire et des différents partis de l’opposition concernant la mise sur pied d’un moratoire sur les gaz de schiste;

CONSIDÉRANT QUE le premier ministre du Québec, député de Sherbrooke, et le gouvernement libéral refusent de négocier, malgré l’opposition d’une forte majorité de la population québécoise, quant aux orientations du gouvernement et aux mesures prévues dans le budget deux mille dix;

Les signataires de cette pétition demandent la démission du député de Sherbrooke en tant que chef du gouvernement et premier ministre du Québec.

 

Alors voici, j’appose ma signature.

Jérôme Gagnon, Montréal, le 15 novembre 2010

 

En espérant que le message se rende tout en haut…

 

 


Kosovo = Québec? juillet 26, 2010

Posted by jay2go in Juridique.
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Pour les souverainistes, oui. Pour les fédéralistes, non. Pour la petite histoire, la Cour internationale de Justice (CIJ) vient de statuer que la déclaration unilatérale d’indépendance du Kosovo, en février 2008, n’était pas contraire au droit international.

Honnêtement, je ne vois pas comment un avis de la CIJ (au demeurant non contraignant) pourrait forcer la main du gouvernement fédéral…

(Et je ne compte pas embarquer dans l’argument des exactions serbes commises au Kosovo. Je laisse cet argument aux fédéralistes à la André Pratte.)

Dans le domaine des relations internationales, il n’existe pas de gouvernement supranational. Chaque nation, chaque État dicte le droit à l’intérieur de ses frontières et personne ne peut le contraindre à faire quoi que ce soit contre sa volonté. Même à respecter les droits de la personne – à moins de l’envahir, de lui déclarer la guerre, de faire des pressions économiques, etc. Mais forcer directement un dirigeant à faire quoi que ce soit, ça n’existe pas. Cela s’appelle la souveraineté. La souveraineté, c’est la norme ultime des relations internationales. En droit national, c’est la constitution : rien ne saurait y être contraire. En droit international, ce rôle est joué par le concept de la souveraineté étatique.

Traduction : au Canada, le gouvernement canadien est roi et maître au niveau juridique. La Loi sur la clarté entre parfaitement dans ses compétences, en plus d’être reconnue à l’étranger : plusieurs États se sont inspirés du Renvoi sur la sécession du Québec qui a donné naissance à la Loi sur la clarté.

D’autant plus que l’avis de la CIJ n’est aucunement contraignant. Même si la décision avait été contraire et que la Cour avait statué que l’indépendance du Kosovo s’était faite à l’encontre du droit international, personne n’aurait pu contraindre le Kosovo à réintégrer la Serbie. Je vois donc difficilement comment le Canada dérogerait mystérieusement à cet état de fait, même pour les beaux yeux des souverainistes. Souveraineté oblige, on n’est donc pas dans le domaine juridique ici, mais plutôt politique. Ce n’est pas la CIJ, la référence, mais plutôt l’ensemble des États de la planète.

Bon, mais qu’arrivera-t-il si les Québécois votent pour la souveraineté à, disons, 53%? Rien n’est certain, on est dans le domaine du théorique. La communauté internationale pourrait fixer le seuil à 55% pour reconnaître le nouvel État indépendant, comme elle l’avait fait pour la sécession du Monténégro en 2006.  Honnêtement, je ne crois pas que le gouvernement canadien pourrait fixer un seuil arbitraire – par exemple, 60%. La communauté internationale, d,après moi, se sentirait liée par le précédent monténégrin. Un seuil à 55%, donc. À moins que le Canada ne décide lui-même de fixer un seuil inférieur.

La reconnaissance internationale, faut-il le spécifier, est la base même de la souveraineté. Sans elle, aucun État viable ne peut exister. Prenons par exemple le Chypre du Nord. Avez-vous déjà entendu parler de la République turque de Chypre du Nord (RTCN) ? Dans les faits, celle-ci a proclamé son indépendance de la république insulaire, à majorité grecque. Or, comme personne ne l’a officiellement reconnue, la RTCN éprouve beaucoup de difficultés à exporter ses oranges – personne ne veut en acheter – et ainsi avoir une économie viable, gage d’indépendance.

Bref, si la communauté internationale refuse de vous reconnaître, vous aurez des problèmes. Voilà, entre autres choses, pourquoi la situation du Kosovo est plus enviable que celle des républiques d’Abkhazie et d’Ossétie du Sud, dont l’indépendance a été proclamée dans la foulée de la guerre russo-géorgienne d’août 2008 et qui n’ont à ce jour été reconnues que par la Russie, le Nicaragua et… un autre pays dont le souvenir m’échappe (mea culpa).

Voilà également pourquoi les souverainistes ont intérêt à jouer selon les règles. Parce que si les « Grands » ne veulent pas s’aliéner le Canada en vous reconnaissant, ils ne le feront pas. Point à la ligne.

Droit des peuples à disposer d’eux-mêmes? Les 14 points du président Wilson, élaborées à la suite de la Première Guerre mondiale, prévoyait bel et bien ce principe. Or celui-ci n’a pas fait long feu – pas plus que le concept de sécurité collective. 90 ans plus tard, le moins que l’on puisse dire, c’est que les États n’aiment pas beaucoup que les frontières bougent. Disons que le principe dominant des relations internationales en termes de sécessions, en cette ère post-Seconde Guerre mondiale, est davantage celui de la stabilité des frontières.

De toute façon, le droit à la sécession a toujours été un concept flou, modelé selon la situation et le contexte qui prévaut au moment où l’indépendance est proclamée. Exemple : en 1830, des soulèvements nationalistes font éruption en Belgique et en Pologne. Résultat : la Belgique obtient son indépendance, alors que les nationalistes polonais sont réprimés dans le sang par les troupes prussiennes et russes. La raison en est fort simple : la position géographique de la Belgique (aux portes de l’Angleterre et de la France, nations libérales appuyant les idées nationalistes à l’époque) a joué en sa faveur, alors que la Pologne était trop éloignée et ne justifiait pas un engagement militaire de la part des démocraties occidentales. Entourée par des nations conservatrices opposées aux principes nationalistes (Autriche, Prusse, Russie), la Pologne n’a pas eu cette chance.

Le véritable point tournant de la Seconde Guerre mondiale (modifié) juin 24, 2010

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Il y a exactement 69 ans (22 juin 1941), l’Allemagne nazie déclarait la guerre à l’Union soviétique. Après une guerre éclair couronnée de succès au cours de laquelle la majorité des nations européennes avaient été écrasées ou absorbées par l’Allemagne – Autriche, Tchécoslovaquie, Pologne, Norvège, France – Hitler, sans le savoir, venait de donner le coup de grâce à ses chances de remporter la victoire. C’était le début de la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Quoi, vous pensiez que c’était le débarquement de Normandie qui avait changé la donne en faveur des Alliés? Vous croyiez que c’étaient les Américains qui avaient remporté la Seconde Guerre mondiale? Eh bien non. Vous avez tort. Il faudrait rouvrir vos livres d’histoire les amis! On ne peut pas vraiment vous blâmer, remarquez. Après tout, c’est la version « officielle », ou du moins telle que relayée par nos médias occidentaux. Vous n’êtes pas les seuls à avoir adhéré à la version « américaine » de l’histoire!

Avec l’antagonisme idéologique et militaire mis en place par la Guerre froide dans l’immédiat d’après-guerre, il était de bonne guerre (sans jeu de mots) de blâmer les « méchants Soviétiques ». Comment ces infâmes bolchéviques, ces ignobles communistes, auraient-ils pu accomplir quoi que ce soit de bien?

Malheureusement pour la propagande d’après-guerre, c’est bel et bien l’Union soviétique qui a remporté la Seconde Guerre mondiale.

Quelle armée a été la première à marcher sur Berlin? L’Armée rouge.

Qui a fait signer la capitulation à l’Allemagne, le 9 mai 1945? L’URSS.

Qui a planté son drapeau sur le Reichstag allemand? L’Union soviétique.

Vous ne me croyez pas? Vérifiez par vous-mêmes.

Le moment décisif quant à l’issue de la guerre s’est produit sur le front Est. Après 18 mois de succès militaires consécutifs (sauf brève interruption avec la victoire soviétique lors de la bataille de Moscou de l’automne 1941), après un an et demi à conquérir le territoire soviétique et à faire reculer les positions ennemies, la Wehrmacht frappe un mur du nom de Stalingrad. La victoire de l’Armée rouge dans la bataille de Stalingrad (septembre 1942 à février 1943) constitue le début de la fin pour l’Allemagne nazie. Pour la première fois depuis septembre 1939, l’Allemagne perdait l’avantage stratégique : le rapport de forces se trouvait dès lors inversé en faveur des troupes soviétiques – et par extension, des Alliés. Stalingrad représente donc le point culminant de l’avancée allemande sur le front oriental : à partir de là, ses troupes ne firent que tenter de limiter les dégâts.

Pourquoi l’Allemagne a-t-elle perdu l’avantage stratégique? Pour deux raisons.

D’abord, l’objectif derrière l’offensive allemande vers une région aussi éloignée de Moscou que Stalingrad (pour les non-initiés, Moscou se trouve au nord du pays et Stalingrad à l’extrémité sud) était de mettre la main sur les riches gisements pétroliers de Bakou (aujourd’hui en Azerbaïdjan) et de la mer Caspienne. À défaut de pouvoir prendre la capitale, Hitler pourrait au moins assurer son ravitaillement en pétrole pour toute la durée de la guerre – et éliminer de ce fait toute possibilité pour l’Union soviétique (son plus coriace adversaire, rappelons-le. Les États-Unis ne sont pas encore activement engagés contre l’Allemagne, la France est écrasée et la Grande-Bretagne seule ne peut pas faire grand-chose) d’assurer le sien. En outre, couper la Volga en deux aurait permis à l’Allemagne de couper les vivres à l’URSS (autrement dit, à affamer l’ennemi).

D’autre part, bien que la bataille de Stalingrad ait été désastreuse en termes de vies humaines tant chez les Allemands que chez les Soviétiques, ces derniers disposaient d’un bassin démographique beaucoup plus imposant que les premiers. Le rapport de forces était, ni plus ni moins, de deux soldats soviétiques pour un soldat allemand. Le coût de ces pertes était donc beaucoup plus important pour Berlin que pour Moscou. En tout, 330 000 soldats allemands ont perdu la vie. Par ailleurs, et c’est dans cet aspect que réside la véritable inversion du rapport de forces, les pertes de matériel de guerre furent si importantes que la production de guerre allemande ne parvint jamais à produire plus d’équipement que ce qui était détruit. C’est l’Union soviétique qui allait désormais jouir de cet avantage stratégique et ce, jusqu’à la fin de la guerre.

Il faut également noter qu’après cette « guerre de tranchées » échelonnée sur environ six mois, les troupes soviétiques ont lentement acquis une expertise militaire de taille. De novice au départ, l’Armée rouge s’est transformée en une véritable machine de guerre.

En mars 1943 donc, avec des troupes décimées et un avantage matériel anéanti, les capacités militaires de l’Allemagne ne sont plus les mêmes que six mois auparavant. L’objectif de Berlin suit la même trajectoire descendante : d’offensive, la stratégie devient défensive. (Hitler a bien tenté une dernière offensive, à Koursk, en juillet 1943, mais il essuie là une cuisante défaite, qui consacre l’infériorité des forces allemandes face aux puissants Soviétiques). Le but de la Wehrmacht : conserver les acquis. Cette  « stratégie » échouera lamentablement.

À 13 mois du débarquement de Normandie, c’est le début de la fin pour l’Allemagne nazie.

Au même moment, un peu plus au sud…

En juillet 1943, coup de théâtre en Italie! Le gouvernement de Mussolini est renversé. Bien qu’il annonce qu’il continuera à se battre aux côtés de Hitler, le nouveau gouvernement italien amorce des négociations secrètes avec les Alliés. Le 3 septembre, l’Italie signe l’armistice. Le 8 septembre, les Alliés opèrent un premier débarquement… à Salerno, sur la pointe sud de la péninsule italienne. Hitler envoie ipso facto ses troupes protéger son flanc sud désormais à découvert.

Les Alliés s’embourbent en Italie : c’est la plus amère et la plus sanglante bataille des Alliés contre la Wehrmacht de tous les fronts de la Seconde Guerre mondiale. Ils n’atteindront la Gustav Line que le 15 janvier 1944, et ne la franchiront que le 11 mai. Les Alliés marchent finalement sur Rome le 4 juin 1944, plus de 10 mois après le débarquement de Salerno!

Entre-temps, les Soviétiques opèrent un véritable nettoyage des plaines soviétiques et est-européennes. À partir d’août 1943, et ce jusqu’en décembre, plus de 500 km sont parcourus par l’Armée rouge en direction de Berlin. L’Ukraine est libérée et en janvier 1944, les troupes atteignent la frontière polonaise avant de remonter vers le nord pour « nettoyer » la Biélorussie. Les troupes soviétiques sont maintenant aux portes de Varsovie. Au moment où les Alliés marchent sur Rome et que le débarquement de Normandie s’opère, à l’été 1944, les troupes soviétiques sont à 100 km du quartier général de Hitler.

Huit mois plus tard, le 20 avril 1945, les Soviétiques marchent sur Berlin.

C’est la fin.

Dix jours plus tard, Hitler se donnait la mort dans son bunker, situé sous le Reichstag allemand, laissant à ses généraux le soin de conclure la guerre au nom du Troisième Reich.

« At 3 pm on the afternoon of 2 May Soviet guns ceased to fire on Berlin. A great enveloping silence fell. Soviet troops cheered and shouted, breaking out the food and drink. Along what had once been Hitler’s parade route, columns of Soviet tanks were drawn up as for inspection, the crews jumping from their machines to embrace all and sundry at this new-found cease-fire.» *

En rétrospective

Pour être honnête envers l’Histoire, la bataille de Stalingrad à elle seule n’aurait peut-être pas réussi à infliger la défaite à l’Allemagne. Plusieurs autres facteurs entrent en ligne de compte. À ce titre, l’été 1943 représente un tournant majeur à plusieurs égards. Pour Hitler, c’est la fin de sa « lune de miel » militaire.

En plus de la défaite de Stalingrad, les bombardements aériens anglo-américains sur les villes allemandes s’intensifient considérablement et la Luftwaffe n’est pas de taille contre la Royal Air Force (la bataille aérienne contre l’Angleterre l’avait démontré trois ans plus tôt – l’Angleterre étant la seule nation que l’Allemagne n’a pu mettre à genoux lors de la guerre éclair).

La guerre dans l’Atlantique tourne au vinaigre pour la Kriegsmarine, dont les U-Boats (sous-marins de guerre) sont anéantis à un rythme plus rapide que la capacité de la prodution allemande à les remplacer.

Pour ajouter au tableau, la capitulation italienne constitue un mal de tête de plus pour les stratèges allemands, qui doivent dès lors retirer des troupes des fronts oriental et occidental pour empêcher les Alliés de remonter la péninsule italienne.

Pour toutes ces raisons, l’attention de Hitler n’était pas à son maximum pour l’offensive de Koursk, qui devait confirmer avec éclat la déconfiture allemande.

Cependant, s’il est certain que la bataille de Stalingrad n’est pas l’unique responsable de la défaite allemande, il est néanmoins encore plus évident que le débarquement de Normandie n’a joué qu’un rôle, somme toute, secondaire. D’ailleurs, la plupart des historiens s’entendent sur le rôle décisif qu’a joué Stalingrad dans la suite de la guerre.

La majeure partie de la Wehrmacht ayant été décimée au sacrifice de nombreux soldats soviétiques (dont les pertes lors de cette guerre dépassent de loin celles de tout autre pays allié) ; le débarquement de Normandie étant survenu alors que les troupes soviétiques étaient déjà pratiquement aux portes de Berlin, tout ceci fait en sorte que ce sont les Soviétiques, et non les Occidentaux, qui ont « remporter » la Seconde Guerre mondiale.

Tout le reste n’est que restants de propagande guerre-froidienne.

*John Keegan, The Second World War, New York: Penguin Books, 1989